Big Boss Man : groovy et solidaire

Article publié le 11 juin 2014
Article publié le 11 juin 2014

Après un pas­sage au fes­ti­val Dau­funk de Pa­ris-Dau­phine et sur les ra­dios eu­ro­péennes, le groupe de Nas­ser Bou­zida, mul­ti-ins­tru­men­tiste cha­ris­ma­tique, a tra­versé la Manche pour le plus grand bon­heur du pu­blic fran­çais. Mais Nas­ser par­tage aussi son ta­lent avec les en­fants sourds en An­gle­terre.

C’est dans la cam­pagne an­glaise du Berk­shire que j’ai ren­con­tré Nas­ser Bou­zida, fon­da­teur de Big Boss Man et The Bon­go­lians. J’étais alors une col­lègue de tra­vail comme une autre. Du moins, je ne l’ai pas su avant qu’on m’in­vite à le voir jouer sur la scène du Ar­ling­ton Art Cen­ter. Là, j’ai ap­pris qu’il était pro­fes­seur de mu­sique dans l’école pour en­fants sourds où je tra­vaillais. Un choc psy­ché-funk-rock m’a alors sai­sie. Ayant hé­rité d'une mé­lo­ma­nie fa­mi­liale et sur­tout parce que je connais­sais la mu­sique de Pierre Henry dont Nas­ser est ama­teur, j’ai tout de suite pu abor­der la star, qui était d’abord celle de l’école, mais aussi d’un pu­blic plus large en­core. Je me suis alors em­pres­sée d'in­ter­vie­wer « notre Nass » pour ca­fé­ba­bel, l’homme qui fait jouer deux groupes, dans les­quels l'orgue Ham­mond rap­pelle Spen­cer Davis Group, Boo­ker T & the MG’s ou en­core Brian Auger.

ca­fé­ba­bel : Qu’est-ce qui t’a amené à la mu­sique et par quel ins­tru­ment as-tu com­mencé ?

Nas­ser Bou­zida : J’ai com­mencé la bat­te­rie à 12 ans, en ta­pant sur des cas­se­roles jus­qu’à ce que je les casse toutes. Ma mère n’était pas contente, alors elle m’a acheté la pre­mière par­tie d'une bat­te­rie pour Noël et le reste pour mon an­ni­ver­saire en avril. Je jouais des heures après l’école et je ren­dais les voi­sins dingues. Gin­ger Baker des Cream et John Bon­ham de Led Zep­pe­lin ont été mes pre­miers bat­teurs mo­dèles. En­suite j’ai monté un groupe avec des amis en m’ins­pi­rant des groupes de ska du mo­ment, Mad­ness, The Beat ou Se­lec­tor. On s’est bap­ti­sés The Loa­fers et on a dé­cro­ché notre pre­mier contrat avec une mai­son de disque.

ca­fé­ba­bel : Tu joues de la bat­te­rie, mais  aussi de la basse, de la gui­tare, du cla­vier, du bongo, et tu chantes ! Ça fait quoi d’être multi-ins­tru­men­tiste ?

Nas­ser Bou­zida : En fait, on peut tout as­sem­bler et en­re­gis­trer sans avoir à dire à un mu­si­cien com­ment jouer. Il n’y a pas de li­mites, sauf ton propre ta­lent. Le pro­blème, c’est que tu de­viens vite mon­sieur-je-sais-tout-faire mais c’est le prix à payer quand on touche à tout.

ca­fé­ba­bel : Chaque ins­tru­ment te donne-t-il une sen­sa­tion par­ti­cu­lière ? 

Nas­ser Bou­zida : Oui, la bat­te­rie donne un sen­ti­ment de puis­sance, la basse ins­taure le groove, l’orgue Ham­mond rugit comme un tigre, et les bon­gos dansent comme des ser­pents à son­nette. J’adore jouer des bon­gos avec notre bat­teur Des. Pour moi, c’est le cœur et l’âme du son.

Big Boss Man en live

ca­fé­ba­bel : Quelles sont tes prin­ci­pales in­fluences mu­si­cales ?

Nas­ser Bou­zida : Du point de vue du style, on est dans le Soul/Funk/Latin/Jazz/Psy­che­de­lia/Boo­ga­loo. Sinon mes héros sont Jimmy Smith pour l’orgue, Jack Cos­tanzo pour les bon­gos et Jean-Jacques Perry et Pierre Henry pour le syn­thé.

ca­fé­ba­bel : Tu as créé deux groupes, Big Boss Man et The Bon­go­lians. Peux-tu nous dire en quoi leur mu­sique se res­semble ou dif­fère ?

Nas­ser Bou­zida : Big Boss Man est un groupe d’ins­pi­ra­tion six­ties basé sur l’orgue Ham­mond et les bon­gos avec quelques pas­sages vo­caux. D’ailleurs notre der­nier album laisse la place à la voix de chan­teurs in­vi­tés pour l'oc­ca­sion. The Bon­go­lians est une for­ma­tion plus ins­tru­men­tale es­sen­tiel­le­ment concen­trée sur les bon­gos et le syn­thé en concert.

ca­fé­ba­bel : Penses-tu faire par­tie d’une re­nais­sance du Bri­tish Blues Boom ?

Nas­ser Bou­zida : Si cette re­nais­sance se pro­longe de­puis 20 ans, oui.

ca­fé­ba­bel : Tu en­seignes aussi la mu­sique à des en­fants sourds. Pour­quoi as-tu choisi ce job ? 

Nas­ser Bou­zida : Je tra­vaillais dans un ma­ga­sin de mu­sique quand un jour, Chris, pro­fes­seur à Mary Hare School  m’a de­mandé si je vou­lais en­sei­gner la bat­te­rie à deux élèves. J’y suis allé et j’ai adoré.

ca­fé­ba­bel : Est-ce que la mu­sique te semble être un bon moyen pour les en­fants sourds de mieux faire face à leur han­di­cap de ma­nière gé­né­rale ?

Nas­ser Bou­zida : J’ai eu le plai­sir d’en­sei­gner la mu­sique à de nom­breux jeunes mu­si­ciens de ta­lent ces der­nières an­nées. Ils ont étu­dié la mu­sique à l’uni­ver­sité en­suite. Pour quelques-uns, c’est une chance de per­cer pro­fes­sion­nel­le­ment quand ils sont moins bons dans les ma­tières plus aca­dé­miques. D’autres veulent juste res­sem­bler à leur « gui­tar hero ».

ca­fé­ba­bel : Peux-tu nous dire quand tu joue­ras-tu en France pro­chai­ne­ment ?

Nass : On a fait notre der­nière date à La Ro­chelle le 26 avril der­nier. Pour le mo­ment rien de prévu. Notre nou­vel album Last Man On Earth va sor­tir pro­chai­ne­ment. On re­vien­dra en France pour en faire la pro­mo­tion !

Celui qui a ins­piré le nom du groupe. Jimmy Reed in­ter­prète Big Boss Man.

Écou­ter : Big Boss Man, Full En­glish Beat Break­fast