Bienvenue dans l’Union européenne… mais pas dans mon pays !

Article publié le 2 avril 2008
Article publié le 2 avril 2008
par Alicia Alongi et Daniela Prepeliuc Au moment de leur entrée dans l'UE en 2007, nombre de
romania.jpgRoumains et de Bulgares se sont réjouis à l'idée de pouvoir enfin circuler librement en Europe. Pour beaucoup, et en particulier pour les jeunes, l'Europe était synonyme de vie meilleure, notamment grâce à la possibilité de travailler légalement dans un autre pays que le leur. En somme, l'Union européenne était synonyme d'Eldorado. 1 an après, pour ceux qui ont tenté l'aventure ou pour ceux qui étaient déjà partis et qui espéraient une régularisation, le bilan est loin d'être rose. Récit d'une expérience amère...

Ioan est Roumain, il est en Belgique depuis 15 ans : « La Roumanie connaît une période économique critique. Il est difficile de trouver un emploi et les salaires sont bas. Le salaire moyen est de 200 euros par mois ». C'est pourquoi les jeunes Roumains les plus instruits, connaissant une langue étrangère, tentent de conquérir l'Ouest. Mais cette aventure est semée d'embûches.

Trouver un travail légal n'est pas évident : lois sociales nombreuses et lourdes, propositions de travail limitées et souvent réduites aux travaux saisonniers, tâches pénibles dont les autochtones ne veulent pas: « Je travaille pour 5 euros de l'heure, et je travaille plus longtemps que les autochtones », raconte Ioan qui supporte mal le sentiment de rejet et d'exploitation. Parfois ce sont les patrons eux-mêmes qui incitent les ouvriers de l'Europe de l'Est à travailler au noir, au lieu de les déclarer, dans l'espoir de réaliser plus de profits.

Pour toutes ces raisons, la majorité des Roumains optent pour le travail au noir, malgré les risques que cela comporte. Et le Traité d'adhésion complique encore plus la recherche d'un job légal.

Dimitri est Roumain. Mais il a quitté son pays pour s'établir en Belgique. Son désir ? Trouver un travail stable, pour avoir une vie plus décente qu'en Roumanie. Cependant atteindre ce but ne fut pas évident. Et pour s'en approcher le plus possible, Dimitri a dû se tourner vers le travail au noir. Il nous raconte son histoire..."

1. en français, 2. en roumain

« Tu rentres dans l'UE mais tu ne viens pas dans MON pays »

Même si les Roumains et les Bulgares sont entrés dans l'UE, ils subissent une discrimination. Ce n'est qu'en 2014 qu'ils seront enfin européens à part entière. La politique européenne vis-à-vis d'eux se résume en un seul mot d'ordre : restriction ! Chaque Etat membre a tout d'abord voulu se protéger contre une flambée de l'extrême droite qui agite le spectre des Roms ou des gitans dès qu'il est question des pays de l'Est. Les Etats membres ont également voulu protéger leur marché en évitant l'accroissement de l'immigration et l'afflux d'une main-d'œuvre bon marché.

Comment ? Dans le Traité d'adhésion, des restrictions transitoires ont été mises en place. Ces mesures sont étalées sur trois périodes : 2 + 3 + 2 ans. Au total, elles durent au maximum 7 années. Concrètement, de 2007 à 2009, chacun des Etats membres de l'UE décide de la politique qu'il veut employer envers les travailleurs bulgares et roumains. Certains ont décidé de leur ouvrir entièrement leur marché du travail, d'autres exigent un permis de travail. Au terme de ces deux premières années, chaque Etat décidera s'il maintient sa politique de restriction, pour trois ans encore, ou s'il ouvre son marché.

En théorie, 5 ans après l'entrée de leur pays dans l'UE, les travailleurs roumains et bulgares doivent bénéficier de la libre circulation totale. Cependant, il reste possible pour un Etat de demander à la Commission de maintenir ses restrictions, pour encore 2 années au maximum.

En Belgique

Le marché belge de l'emploi est relativement fermé aux derniers adhérents de l'UE. En effet, la Belgique a mis en place des restrictions sectorielles à la libre circulation des travailleurs, issus des nouveaux pays membres. La principale raison : un taux de chômage supérieur à 8%. Les travailleurs roumains et bulgares n'ont pas accès au marché belge du travail à moins d'obtenir un permis de travail. Cela favorise le travail au noir.

Même s'il est difficile de mesurer le travail au noir et qu'il n'y aura jamais de statistiques officielles sur le sujet, on sait que les secteurs qui ont le plus recours au travail au noir en Belgique sont l'agriculture, la construction, le nettoyage, le bâtiment, et l'industrie manufacturière. La plupart du temps se sont des secteurs qui ont besoin d'une importante main d'œuvre.

Il y a tout de même une avancée pour les professions connaissant une pénurie de main d'œuvre : la procédure pour obtenir un permis de travail a été accélérée, elle se fait dans un délai de 5 jours ! Pour tous les autres, il leur faut encore attendre 7 années avant de bénéficier de ce droit. Ils doivent donc s'armer de patience et s'accrocher à leur rêve européen…