Bienvenue aux Etats Unis d'Europe?

Article publié le 7 mars 2013
Article publié le 7 mars 2013

United States of Europe est une exposition itinérante consacrée à l’identité européenne et à l’Europe d’aujourd’hui. Sujet difficile, le projet aborde tantôt l’identité européenne comme produit des frontières géographiques tantôt comme résultat de la machinerie administrative de Bruxelles (impénétrable, mais de plus en plus puissante). 

Rien de moins. cafébabel a vu l’expo à Paris et vous propose de fait une critique multinationale: italo-polaco-allemande.

L’identité européenne existe-t-elle?

Pendant 10 mois, cette question a traversé l’Europe avec l’exposition United States of Europe. Pourtant, ce n’est pas que Johanna Suo, collaboratrice du Goethe Institut de Paris et auteure du projet, qui se pose la question. Aujourd’hui, ce sujet fait la Une de tous les pays du Vieux Continent. Parmi les 27 pays membres qui forment l’Union européenne, seulement dix composent le parcours itinérant de l’expo. Installée dans la capitale française au mois de février, United States of Europe a entrainé avec elle toute une série d’interrogations, et de réponses, qui, malheureusement, découragent un peu les visiteurs. Premièrement, l’exposition se caractérise par l’absence, notable, des pays qui vivent actuellement une crise économique et politique à savoir l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Pourtant elle renvoie bel et bien le triste panorama européen qui est de plus en plus concentré sur l’économie et la situation des banques. Il faudrait apprendre à se détacher des questions financières et collective se rapprocher d’une conscience, dans l’espoir de rappeler aux citoyens européens qu’aujourd’hui encore les identités nationales ne se diluent que très peu dans un cadre international. Toutefois, à travers les œuvres d’artistes, tels que Kyriaki Costa, Anna Konik et Anu Pennanen, le spectateur comprendra qu’il existe une kyrielle d’idées dont l’exploration a toujours été condamnée par le nombrilisme des Européens.

Flavia (Italie)

Une identité européenne commune qui entretient des coutumes et traditions locales est ici présentée comme un sujet de conflit.En 2009, à l’occasion des élections au Parlement européen, le taux de participation officiel était de 43%. Un groupe d’artistes a décidé de prendre la parole et, à travers l’art, de poser la question fondamentale pour l’intégration européenne : Existe-il une identité européenne ? Ils ont créé un projet dont l’objectif répondait non seulement à l’initiation d’un débat mais aussi à la diffusion de ce concept. Chacun a répondu différemment en présentant son point de vue sur « tout État européen » (L’Europe mise en commun, ndlr). La Chypriote Kyriaki Costa nous montre un hélicoptère qui transporte les monuments célèbres dans un endroit inconnu et en même temps demande si l’identité commune pourrait nous mener à la perte de l’héritage culturel. Le groupe irlandais Kennedy-Browne se concentre quant à lui sur l’aspect économique de l’intégration et nous fait écouter la désillusion des employés d’une grande société. Pour ma part, j’étais particulièrement attirée par l’installation de l’artiste estonienne, Tanja Muravskaja. Elle ne s’arrête pas sur l’identité mais va plus loin et pose la question : Existe–il une race européenne ? La série de soldats rasés, tout pâles et identiques, choque et force spectateur à repousser cette idée affreuse. Et ce petit extrait pourrait bien être suffisant à susciter une vraie interrogation : l’identité européenne n’est-elle pas qu’une invention politicienne ?

Anna (Pologne)

En rappelant le mythe de la race, Muravskaja présente des jeunes hommes anonymes, mais qui semblent se caractériser par la « pureté estonienne ». Point de départ pour nous interroger sur l’existence d’une « identité européenne pure ».United States of Europe se veut à la fois une exposition d’art, une étude sociologique et une plateforme de discussion paneuropéenne. Et par-dessus le marché, ce projet aux multiples objectifs se consacre à « L’identité européenne », un sujet qui – pourrait-on penser – fait plutôt fuir que réfléchir. Alors plan trop ambitieux pour un projet intéressant ? Les annonces du type « interprétations artistiques de l’Europe » se présentent à mon goût souvent sans lien européen. Dommage aussi que les difficultés financières sont parfois manifestes, comme les traductions manquantes dans d’autres langues que celles considérées comme les plus importantes.  Ceci dit, le projet éblouit par son amour du détail : le guide de l’expo se présente sous la forme d’un Exhibition Passport. « United States of Europe », lit-on dessus. Voyager sans frontières partout en Europe – pour ma génération d’Erasmus et d’Interrail cela reste banal. J’ai du mal à me souvenir du temps où l’on payait avec la Lira en Italie et où l’on devait passer le contrôle de douanes pour aller en République Tchèque. En feuilletant le guide du musée indiquant les artistes venus de tous les coins du continent pour participer à l’expo, je me souviens qu’à l’époque, je m’amusais à donner mon adresse ainsi : « L’univers –voie lactée – système solaire – Europe – Allemagne… ». Si je me présente aujourd’hui, je n’utiliserai guère la phrase « Je suis Européenne ». J’avoue que cela ne fait sans doute pas preuve d’un sentiment europhile extraordinaire. Après ma visite de l’expo, je sais au moins que ce n’est pas un problème personnel, mais un souci « européen ». 

Kathrin (Allemagne)

Après avoir démarré à Łódź (Pologne), l’exposition itinérante United States of Europe s’est arrêté en Finlande, en Lituanie, au Portugal, au Chypre, en Allemagne, en Bulgarie et en France. La prochaine station sera Cork (Irlande) où elle résidera du 7 au 31 mars 2013, avant de prendre fin dans la « capitale européenne », Bruxelles.

Illustrations : Une : courtesie de ©United States of Europe ; en-texte : courtesie de ©Guillaume Coulanges