Bienvenue à « Sovietland »

Article publié le 15 août 2005
Article publié le 15 août 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une énième guerre civile menace la Transnistrie, une bande de terre entre la Roumanie et l’Ukraine où le temps semble s’être arrêté.

Les élections en mars dernier ont assuré un nouveau mandat aux communistes moldaves qui ne cessent de plaider pour un retrait des troupes russes en Transnistrie. L'incapacité du gouvernement à sécuriser les bureaux de vote sur le territoire montrent la profonde division qui règne dans la région.

La Transnistrie, née du démantèlement des territoires de l’Union soviétique, s'est autoproclamée république indépendante, comme plusieurs de ses voisins. Comptant 700.000 habitants, cet espace -dont la capitale est Tiraspol- est situé entre le fleuve Dniestr et l’Ukraine. On y trouve un vieil attirail productif, dérivé de l’ancien district industriel soviétique. La problématique de l’indépendance à l'égard la Moldavie n’est pas la même qu’en Ossétie ou en Abkhazie - deux Etats non reconnus par la communauté internationale -, vu le maintien fidèle des traditions culturelles et militaires du vieil empire soviétique en Transnistrie.

La sécession

En 1991, lors de la dissolution du vieil Apparatik soviétique, la Moldavie - par l’intermédiaire de son président Snegur - s’est intéressée à l’annexion de la Roumanie, avec qui elle partage une histoire culturelle et linguistique. L’équipe politique à la tête de Chisinau, la capitale moldave, s’est donc empressée de ratifier une loi désignant le roumain comme langue officielle et réintroduisant l’alphabet latin et la monnaie « Leu ». Pourtant l’annexion de la Roumanie ne s’est jamais réalisée. La communauté pro-russe de Transnistrie, se sentant menacée, a commencé un processus de séparation qui entraîna une guerre civile sanglante soutenue par la division 14 de l’Armée Rouge, encore en activité et dirigée par deux généraux ukrainien et tchétchène. Aujourd’hui encore, aucune reconnaissance formelle n’a été conférée au petit Etat, pas même lorsqu’il était considérée comme une région fédérale de la Moldavie.

Arrêt sur image

On peut considérer la Transnistrie comme l’unique Etat soviétique ayant survécu après les années 1990 : langue officielle russe, les étoiles rouges et statues de l’ancien régime sont restées à leur place et les pouvoirs politique et économique sont sévèrement contrôlés. C’est la famille Smirnov qui gouverne la région d’une façon totalitaire. Le père, en sa qualité de président, et le fils, en sa qualité de dirigeant, exploitent l’unique industrie nationale qui a permis d’exporter des marchandises et de distribuer du carburant. Le président-propriétaire, Igor Smirnov, a formé un gouvernement pro-slave appuyé par la Russie et l’Ukraine. Un exécutif qui, d’après la rumeur, serait financé par le commerce illégal de matériel de guerre. Dans les faits, la Transnistrie, avec le plus bas PIB d’Europe, semble être la seule des régions moldaves à connaître une économie florissante dans le marché des armes. Beaucoup soutiennent qu’une grande partie des mouvements terroristes et illégaux acquiert ses armes directement via les usines dirigées par Smirnov.

Pendant les élections de 2001, le chef du parti communiste, Vladimir Voronin, a recueilli 70% des votes. Un tel résultat a suivi sa promesse de trouver une solution au problème de sécession grâce à des accords bilatéraux entre la Russie et l’Occident. Cependant, la pacification est loin d’être atteinte et les rapports entre les deux camps moldaves restent froids et instables. En 2004, des écoles en langue roumaine ont été fermées en Transnistrie et l’accès aux salles de classes interdit par les soldats de l’Armée Rouge, une attitude qui illustre bien cette tension. Le retrait préventif des troupes de Moscou n'a en outre jamais eu lieu.

Perdu dans l’oubli ?

La Moldavie a été abandonnée depuis des années, autant par l’Europe que par les Etats-Unis. Afin de prévoir une issue de secours, plusieurs personnalités ont entamé des négociations : représentants de Chisinau et Tiraspol ainsi que ceux de la Roumanie, de la Russie et de l’Ukraine. Bush a même rencontré récemment Voronin, l’actuel président moldave. Dans un accord bilatéral, ils ont approuvé un don du Fond monétaire internationale (FMI) permettant aux maigres caisses de Chisinau de souffler un peu.

Mais les aspirations pro-américaines de Voronin et l’implication conséquente de l’Occident risquent d’engendrer un nouveau conflit national qui assombrirait encore plus le futur déjà incertain de ce pays. Le commerce d’armes et d'enfants et le trafic d’organes sont les témoins actuels de cette instabilité. La Transnistrie s’identifie à une « réserve soviétique », un Etat de fait inexistant qui, s’il ne représentait pas de menace pour la stabilité de la région, pourrait être appelé « Sovietland », comme une sorte de parc d’attraction sur l’univers de l’ex l’Union des républiques socialistes soviétiques. Malheureusement la pression sur Chisinau est forte. Et vu l'actuel virage « à l’Occidentale » de l’Ukraine, personne n’est en mesure d'établir si des acteurs internationaux tenteront de chercher une solution pacifique. Ou, si cette terre déjà meurtrie par la pauvreté, devra subir le jeu d’une nouvelle guerre civile.

Article publié le 11 mars 2005 dans la rubriqueOrient Espresso