Bienvenue à Cadavres-les-bains : un savoureux mélange des genres

Article publié le 2 septembre 2009
Article publié le 2 septembre 2009
A la Berlinale, les journalistes cinéphiles de cafebabel.com lui ont décerné une mention spéciale. Der Knochenmann (traduit par Bienvenue à Cadavres-les-bains dans les salles de cinéma françaises) est une comédie policière à l’humour grinçant qui sonde l’Autriche profonde.

(Dor Filmproduktion/Petro Domenigg)« Il s’est encore passé quelque chose. » Cette phrase culte du détective Simon Brenner déchaîne les foules en Autriche. Personnage principal des romans policiers du célèbre écrivain Wolf Haas, le détective reprend du service pour le sixième roman. Haas a donné naissance à un antihéros par excellence, l’enquêteur le plus flegmatique et déprimé du monde. On ne peut s’empêcher de s’attendrir sur le sort de ce Brenner car rien ne va plus dans la vie de cet ex-policier licencié pour nonchalance, sans compagne ni logement. Tête de mule frappée de migraine chronique, le justicier végète dans son coin.

Maigret le Français et Brenner l’Autrichien

Tandis que la France célèbre Maigret le magnanime et que l’Italie s’emballe pour le commissaire Montalbano, l’Autriche s’enthousiasme pour Brenner, le chômeur. Aucune agence touristique ne se risquerait à employer le style débridé de Haas pour vanter les atouts de la république alpestre. L’écrivain puise, en effet, dans les profondeurs de l’âme autrichienne en osant le mélange des genres : couleur locale, langage décomplexé et humour noir.

Adapté à l’écran par le réalisateur Wolfgang Murnberger, Vienne la mort (Komm, süβer Tod) a inauguré la série des Brenner. Ce film, qui a remporté l’un des plus grands succès de l’histoire du cinéma autrichien, pourrait bien être détrôné par Le Broyeur. Car, cette fois, le trio Haas-Hader-Murnberger excelle dans l’art de mêler scènes cocasses, grotesques, gore et bizarroïdes.

Folie meurtrière dans les caves autrichiennes

(Dor Filmproduktion/Petro Domenigg)

Dans cette nouvelle aventure, Brenner atterrit dans la campagne autrichienne, à l’auberge Löschenkohl, qui sert une bonne centaine de poulets rôtis par jour. La cave de l’établissement abrite une machine à broyer les os de volaille qui sont ensuite donnés en pitance à toute une population avicole. Les poulets sont nourris de manière 'naturelle' et le cycle de la vie suit paisiblement son cours dans la petite auberge... Toutefois, Brenner doit admettre que sous une apparente quiétude, se cachent les pires horreurs : le broyeur ne se contente pas de hacher des carcasses de gallinacés. La découverte d’un meurtre, que dis-je d’un carnage, va ébranler toute la province.

 Chaque scène est emplie de mystère ; chaque crime semble justifié ; chaque crapule a un côté attendrissant. Il n’est pas facile de démasquer le coupable. Est-ce le proxénète slovaque en chaise roulante qui parcourt la province en stop ? Ou bien le fils honni qui tente d’attirer l’attention tant bien que mal au volant de sa Porche ? En se présentant comme le « sauveur » d’un groupe de prostitués slovaques, le mystérieux aubergiste éveille lui aussi les soupçons.

Comme à son habitude, le détective Brenner passe d’une révélation à une autre, sans bien saisir, ni éclaircir le fond de l’affaire. Le ronron continu de la broyeuse hache ses nuits, mais il reste hôte de l’auberge car il s’entiche de Brigitte, la chef de cuisine. Le réalisateur Murnberger n’hésite pas à dire du Broyeur qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Cette étiquette ne sera certainement pas du goût des vidéothèques, qui le rangeront parmi les « comédies » ou des « films gores ». Une chose est sûre, il trônera sur l’étagère des chefs-d’œuvre, tout comme Vienne la mort souvent comparé avec A tombeau ouvert de Scorsese. Le Broyeur n’a pas dit son dernier mot.

Le Broyeur sortira en Autriche le 6 mars 2009 - et en France le 2 septembre 2009.

Article publié initialement le 9 mars 2009.