Biélorussie, la dernière dictature d'Europe

Article publié le 9 septembre 2005
Article publié le 9 septembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans cette lettre ouverte, Václav Havel, ancien président de la République Tchèque, ainsi que douze autres personnalités, tentent d’attirer l’attention sur la situation en Biélorussie, pays dirigé d’une main de fer par Alexandre Loukachenko.

Bien que l'on soit aujourd'hui enclins à croire qu’il n'existe plus de problèmes sérieux que nous puissions ignorer, de nombreux faits importants restent méconnus ou seulement connus d'un nombre restreint de personnes. L’un de ces « trous noirs de l’information » concerne la Biélorussie, un territoire situé à la frontière orientale de l'Europe.

Ce pays de dix millions d'habitants est soumis depuis 11 ans à Alexandre Loukachenko pour qui gouverner est synonyme de violations répétées des droits fondamentaux de l'homme et du citoyen, d'enlèvements et d'emprisonnements de ses opposants et des journalistes et de duperies à l’égard de ses compatriotes qu’il trompe par le biais de médias manipulés.

L'été dernier, Loukachenko a fait supprimer la limite de deux mandats présidentiels au terme d’un référendum truqué, premier pas visant à proroger son règne au-delà de 2006, terme de son actuelle fonction.

Depuis plusieurs mois, les derniers vestiges d'ONG, d’organes de presse indépendants et de partis politiques susceptibles de contrecarrer les projets de règne perpétuel de l'autocrate biélorusse sont systématiquement supprimés. Ce phénomène reste largement ignoré de la majorité des médias et des hommes politiques du monde démocratique. Le blocus de l'information subi par le pays n’a fait que se renforcer, les opportunités pour les jeunes d'étudier à l'étranger s'amenuisent et le dernier quotidien indépendant, Narodnaïa Volja est sur le point d'être interdit. Alexandre Loukachenko sévit ainsi en toute impunité, non seulement grâce à l'héritage nauséabond de structures sociales post-soviétiques totalement décimées mais également grâce au peu d'intérêt suscité par le sort de la Biélorussie dans les pays démocratiques.

Nous sommes par conséquent convaincus qu'il est nécessaire de profiter de toutes les occasions pour ouvrir une brèche dans ce manque d'empathie existant dans le monde démocratique, afin de faire front à ce despote post-soviétique et à ses tentatives d'éradiquer les dernières initiatives indépendantes locales. Dans le même temps, il est important de poursuivre le développement de la coopération avec les volontés indépendantes biélorusses.

L'Union européenne, qui n'a pas été capable jusqu'à présent de soutenir les efforts de construction d'une Biélorussie basée sur des valeurs démocratiques, doit se hâter de chercher des instruments permettant de mener à bien cette procédure. Il faut que l'UE ouvre complètement ses programmes d'éducation et d'échange aux jeunes Biélorusses aspirant à la démocratie. L'Union doit, avec l'Ukraine, réagir rapidement à la proposition des parlementaires européens Janusz Onyszkiewicz et Bogdan Klich, visant à permettre au peuple biélorusse un accès non censuré à une information libre, par le biais de programmes de radio et de TV émanant de pays voisins. Nous appelons à l’élaboration d'une stratégie commune pour l'Union européenne, les États-Unis et toutes les autres nations démocratiques qui devraient s'intéresser à la démocratisation de la Biélorussie.

Les signataires de cette lettre ouverte sont l'ancien président de la République Tchèque Václav Havel, l'ancienne présidente de la République d'Irlande Mary Robinson, le philosophe français André Glucksmann, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, l'ancien président allemand Richard von Weizsäcker, SAR El Hassan bin Talal du Royaume hachémite de Jordanie, l'ancien Premier ministre de Nouvelle Zélande et ancien directeur général de l'OMT Mike Moore, le président de la Carnegie Corporation of New York Vartan Gregorian, le président de la fondation japonaise Yohei Sasakawa, l'ancien président d'Afrique du Sud Frederik W. de Klerk, l'auteur et théologien américain Michael Novak, le sénateur Karel Schwarzenberg de la République Tchèque et le président de l'Open Society Institute Georges Soros.

© Project Syndicate www.project-syndicate.org

NDLR : Le 24 août dernier, soit deux jours après l'écriture de cette lettre, l'Union européenne a annoncé qu'elle financerait une station de radio pro-démocratique en Biélorussie.