Besancenot l'Européen (2) : à la recherche du service public....

Article publié le 2 septembre 2008
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Article publié le 2 septembre 2008
Résumé de l'épisode précédant : Le leader de la LCR demande plus d'Europe ( et pas moins) pour défendre le service public postal. Malheureusement, tout cela en reste aux déclarations d'intentions: Le traité constitutionnel européen, qui intégrait la notion de service public, a été rejeté, au motif que les "services économiques d'intérêt général" n'auraient rien à voir avec le service public.

Mais alors..qu'est ce qu'un service public ?

Le service public est il synonyme d'entreprise publique ?

Entreprise d'état et service public sont souvent confondus par le public. Ce sont pourtant deux notions très differentes.

On peut croire que l'état, en bon "père de famille", doive et surtout puisse tout faire. La faillite des "démocraties populaires" et de l'URSS, dans lesquelles toutes les entreprises étaient des entreprises d'État montre ( ou devrait montrer ) clairement qu'il n'en est rien.

Certes, les employés des entreprises d'état de l'URSS et de ses satellites bénéficiaient de "bons" revenus et de la sécurité de l'emploi. Mais c'était une grossière fiction.

Que l'on se souvienne des magasins vides de Pologne, des véhicules commandés en triple pour avoir des pièces de rechange en Union Soviétique, ou des dessinateurs "fonctionnaires" de studios de dessins animés Tchèques qui occupaient deux autres emplois quotidiens.

Les économies d'état étaient des économies de pénurie. Et qui dit pénurie dit non seulement pauvreté généralisée, mais aussi inégalités, le gâteau à se repartir étant bien plus petit. En clair: les citoyens étaient égaux...dans la pauvreté. A l'exception des plus malins des apparatchiks.

Ces carences sont l'une des causes du printemps de Prague. Hormis les libertés publiques, les réformistes n'exigeaient rien d'autre qu'une logique de recherche de profil pour les entreprises d'état, dont la gestion devaient être totalement indépendantes de l'état...en d'autres termes, des règles "non faussées" de gestion et de concurrence pour que les entreprises d'état puissent fonctionner de manière efficace.

En France aussi il existait encore récemment des entreprises d'état ( Renault...) qui n'étaient pas des services publics. Mais elles fonctionnaient selon les règles normales - et inévitables - d'une entreprise. C'est l'état qui était "l'exploiteur" dans tous les sens du terme.

A l'inverse, un des services publics les plus importants et les plus performants, l'eau, est géré par des entreprises privées. Et ce n'est pas une nouveauté de "l'ultra-liberalisme", puisque ce système est plus que centenaire.

Comment est-ce que cela fonctionne ?

L'état ( les collectivités territoriales), fixe le cahier des charges auxquelles les entreprises répondent via des appels d'offre. Les entreprises ne sont pas propriétaires, elles ne sont qu'exploitantes et doivent rendre des comptes périodiquement.

Ce système "que le monde nous envie" est d'ailleurs réputé à juste titre : il s'agit d'une manière des plus efficaces de gérer un service public, en conjuguant efficacité et respect d'un bien public essentiel, l'eau, qui continue d'appartenir à la collectivité.

La concurrence n'est pas l'ennemi

Il semble dans les esprits que "service public" ne souffre aucune concurrence, et doivent obligatoirement faire l'objet d'un monopole. Pourtant, la réalité quotidienne contredit ce principe, dans un des secteurs des plus importants: l'éducation.

Depuis le début des années 80, l'éducation est libre, cela signifie qu'il n'y a plus de monopole d'état. Cela n'a pas empêché Le service public ( l'éducation nationale) de poursuivre son chemin. La gratuité et la qualité n'ont pas été menacées.

L'éducation est peut être le meilleur exemple de service public qui soit. Car s'il s'agit d'un service qui peut être assuré librement, l'état, s'il veut garantir les conditions de l'égalité entre les citoyens ( au départ de leur vie, au moins de manière théorique), peut intervenir pour neutraliser les différences économiques les plus criantes : l'éducation primaire et secondaire sont demeurent donc gratuites en France.

Quant aux études supérieures ( l'université), le problème se pose en terme d'efficience ( le rapport entre les investissements et les retombées), car on n'échappe plus ici à l'environnement international...de fait les plus fortunés de citoyens français peuvent déjà, en France ou à l'étranger, faire bénéficier leurs enfants de formations prestigieuses.

Le risque pour une université publique sclérosée est de se transformer en ghetto d'éducation de seconde zone.

Le paradoxe n'est qu' apparent: pour rétablir de l'égalité, les universités doivent optimiser leur gestion, et donc se "libéraliser". Dans le cas contraire, elle ne feront qu'entériner une discrimination de fait entre riches et pauvres.

L'État n'est pas pour autant condamné à l'inaction. Bien au contraire, la notion de "service public" passe ici par une action non pas sur le service, mais sur les bénéficiaires.

Par l'intermédiaire de bourses d'études, d'allocations et d'aides visant à corriger les inégalités, l'état peut agir de manière ciblée et bien plus efficacement afin de promouvoir les principes d'équité.

L'apocalypse "libérale" pour demain ?

A chaque privatisation, depuis 25 ans, on nous promet l'apocalypse. A-t-elle eut lieu ?

Un exemple entre tous : la privatisation de France Telecom. Malheureusement, il ne reste aucun documents ( a part peut être à l'ina) sur les promesses régulières de fin du monde. Les syndicats dénonçaient déjà la séparation des PTT et de France Telecom comme une "privatisation rampante".

La privatisation de celle-ci devait apporter l'apocalypse: l'explosion des prix, la baisse de la qualité, l'absence de services dans toutes les zones...

La réalité, nous la connaissons tous: c'est le contraire qui a eu lieu.

En 1985, une communication internationale étaient destinée aux golden boys fortunés. Les immigrés espagnols, algériens ou portugais réservaient les appels aux grandes occasions.

Aujourd'hui, ces appels sont gratuits, ou presque.

En 1988, soixante minutes de Minitel coutaient autant... qu'un forfait ADSL mensuel vingt ans plus tard.

Non seulement l'apocalypse n'a pas eu lieu, mais absolument personne aujourd'hui ne songerait à revenir en arrière.

Surtout pas ceux qui mettaient en garde contre la fin du monde et qui ont aujourd'hui le "forfait-semaine-et-week-end" comme tout un chacun.

Les exemples sont aussi nombreux que triviaux : on pourrait en dire autant du secteur des transports aériens. Réservé aux hommes d'affaire, l'avion est devenu un mode de déplacement banal, parce que bien moins chers, pour les jeunes générations,

La conséquence majeure des privatisations été jusqu'ici, à chaque fois, de démocratiser un service autrefois réservé aux "riches", grâce notamment à la concurrence.

En d'autre terme, ce sont bien des entreprises privées qui, ironiquement, ont réalisé les objectifs de "service public".

50 % cul + 50 % foot = 100% service public télévisuel ?

Essayons nous à la définition. Un service public, comme son nom l'indique, est un service considéré comme d'importance vitale, et qui doit donc être accessible au plus grand nombre dans les meilleurs conditions ( au meilleur prix donc)

On peut déjà douter que la télévision soit d'une importance vitale. Mais pourquoi pas, si on la considère comme un vecteur d'éducation par exemple.

Or la télévision publique française se distingue toujours moins de ses homologues privées : soaps, talk-show et séries US se partagent le plus gros du PAF. A qui la faute ? au mode de financement de la télévision publique...qui est le même que celui de la télévision privée: la publicité ( plus les dotations de l'état: la redevance).

Résultat : les télévisions publiques courent après l'Audimat... qui n'est autre que le public.

Vous avez dit public ? Alors, il s'agit bien la de "service public" ? Pas tout fait puisque les premières chaines dans la course au plus large public ( l'Audimat) sont les chaines...privées.

De facto, ce sont elles qui répondent à la plus large part des attentes de français. Dans ce contexte, pourquoi faire payer une redevance aux citoyens pour obtenir la même programmation, avec un moins degrés de pénétration ?

Le question mérite d'être posée...

Ah! le bon vieux temps de la queue au guichet postal...

Si on se contente d'observer la réalité La Poste n'a aujourd'hui rien d'un service public : c'est un service marchand comme un autre...et finalement assez proche des télécommunications.

La libéralisation est d'ailleurs une réalité pour le secteur professionnel ( UPS et autres FEDEX). Reste la liberalisation des envois pour les particuliers, qui auront beaucoup a y gagner :a condition que la concurrence existe, les prix des envois postaux pour les particuliers vont fondre.

Cela sera bénéfique à tous, surtout aux revenus les plus modestes. Tout le secteur de la petite vente sur internet, va s'en trouvé relancé.

En effet, ceux qui pour arrondir leurs fins de mois vendent sur ebay, ou développent leur e-commerce pour leur modeste activité ( petite libraire de quartier, ou autre), savent que les colis, même petits, on des couts incompressibles minimum, encore plus importants pour les envois internationaux ( et européens...).

La concurrence obligera La poste a baisser ses tarifs, a moins que d'autres opérateurs soient encore moins chers. Le développement possibles de "low-cost postaux", ou de formules d'abonnement type téléphone portable promet d'en réjouir plus d'un, vendeurs et acheteurs...

Quand aux autres usagers, ils oublierons vite le temps - béni ! - des queues interminables aux guichets. Car ils auront souvent le choix entre plusieurs services postaux.

Reste en effet, peut être, la problématique de l'aménagement du territoire. C'est là que l'état peut intervenir par une série de mesures adaptées et qui ne concerne finalement que très peu d'usagers.

Et l'Europe dans tout ça ?

Comme l'a souligné Besancenot, et contrairement à ce que l'on entend trop souvent, l'europe ne contredit en rien l'existence d'entreprise d'état, ni de service public. Il est hélas pratique pour les responsables nationaux de se cacher derrière Bruxelles afin de réaliser leur propres objectifs.

L'union Européenne exige une seule condition : une concurrence non faussée .

il n'y a en effet aucune justification à ce qu'un état intervienne a tort et a travers auprès d'une entreprise ( sauf situation exceptionnelle) : cela inciterait les autres états à en faire autant, dans une surenchère dangereuse.

Par ailleurs, la notion de concurrence et d'entreprise privée sont tout à fait compatibles avec celle de "service public", comme le montrent les exemples cités.

Loin d'être un problème, la concurrence est le principal facteur de la baisse des prix, et donc de la démocratisation des services, précédemment qualifié de "public", mais de facto trop chers pour être réellement accessible aux plus grand nombre.

Ainsi, depuis 20 ans, la démontage des monopoles nationaux à considérablement amélioré notre qualité de vie. Nombre de ces services qui étaient autrefois considérés comme des "services publics" ( le téléphone , le transport aérien, etc...), sont désormais considérés à juste titre comme des services tout court.

Effet supplémentaire de la libéralisation, des champions Européens se sont constitués, qui peuvent maintenant rivaliser avec leur homologues américains ou japonais sur la scène mondiale.

La notion de "service public" , de plus en plus floue, à ainsi tendance à se dissoudre d'elle même...en même temps que la crispation sur le terme augmente.

Cela ne veut pas dire pour autant que certains secteurs ne doivent pas faire l'objet d'une attention et de règles particulières.

C'est le cas des biens vitaux, tels que l'eau par exemple, ou des services assurant les conditions de base de l'égalité des chances, comme l'éducation. Ou encore lorsque le secteur public se montre inadapté et ne peut fournir le service.

D'ou la notion européenne de "service économique d'intérêt général" que la constitution européenne reconnaissait et qui donnait un nouveau souffle à l'idée de "service public" en précisant sa définition et en l'inscrivant au cœur de la législation de l'UE.

Et pourtant, les plus virulents de "alter" et autres opposants à l'UE préfèrent s'en tenir à la sacralisation d'un terme devenu de plus en plus creux, qui a désormais plus a voir avec l'invocation mystique qu'avec la réalité. Ce n'est peut être pas un hasard.

L'un des plus engagés dans cette croisade pour les "service public", Olivier Besancenot, est sans surprise un employé de l'une des dernières entreprises d'état française à l'ancienne : La Poste.

Et pas n'importe quel employé, mais d'un employé à la "sécurité de l'emploi garantie".

Même à la poste, un tel statut est loin d'être la norme. Une grande partie des employés de l'entreprise " publique" sont depuis longtemps, comme dans n'importe quelle entreprise, de précaires corvéables à souhait, dont "l'aristocratie des CDI de la poste" fait peu de cas et qui sont, de ce fait, toujours plus nombreux.

L'État n'est autre que l'exploiteur, un exploiteur sans visage que l'on pare de toutes les vertus, si l'on se trouve du bon coté.

Par la magie du CDD et de l'inégalité des statuts, c'est ainsi avec la misère des uns que La Poste peut fonctionner comme une entreprise compétitive ...et financer la sécurité des autres.

La frontière devient mince entre un parti politique comme la LCR et une corporation de défense d'intérêts.

L'intérêt d'employés à conserver leurs avantages est légitime. Mais c'est leur intérêt, non l'intérêt collectif. Ni même l'intérêt de la majorité des employés de la poste, qui relèverait de la lutte syndicale commune.

Besancenot et ses collègues "titulaires" de La Poste auraient tout intérêt à troquer les nobles et vaporeux discours sur le "service public" contre une solidarité concrète avec ceux qui sont exploités à leurs cotés, quotidiennement, à la poste, aujourd'hui , dans la violation des principes d'égalité entre employés et l'indifférence de fait, au lieu de craindre une hypothétique privatisation mettant en question leur statuts à eux seuls.

Références

247 CDD en 30 ans

un exemple entre tous, qui s'est bien terminé avec l'intervention de la CGT...intervention qui demeure malheureusement anecdotique ( postulez a la poste si vous souhaitez vous convaincre du contraire..)

un autre exemple de "happy end', le probleme etant moins le non respect des regles sur les CDD que la discrimination systematique entre employés