Berlusconi, Sarkozy, Thatcher... Nos dirigeants crèvent l'écran !

Article publié le 18 mars 2011
Article publié le 18 mars 2011
Détournés, réinventés ou glorifiés : de François Mitterrand à Margaret Thatcher, en passant par Nicolas Sarkozy et naturellement Silvio Berlusconi, les décideurs européens sont de plus en plus joués à l'écran. Mais en Italie, la censure rôde autour des malins qui veulent en dire trop. De Citizen Berlusconi à La Conquête, retour un nouveau genre cinématographique en Europe.

On dit souvent de l'Italie qu'elle est capable de vivre dans un présent éternel. Zéro passé, zéro futur. Un comportement semblable s’observe actuellement : la bande annonce du film Silvio Forever de Roberto Faenza et Filippo Macelloni a été censurée par la Rai, la télévision publique, selon la faible justification de la présence d'« images inopportunes ». Cela concerne des déclarations de la mère du président du Conseil italien, aujourd’hui décédée, qui en parlant de son fils (une personne « bonne et généreuse ») affirme qu'« on ne verra jamais des photos de Silvio au bras de femmes ou je ne sais quoi d’autre ». Mamma Rosa est morte en 2008, c'est peut-être à ce moment là que son fiston s'est transformé en senex libidinosus (personnage libertin présent dans le théâtre comique de Plaute, ndlr).

Berlusconi, star de cinéma

Lucky Red, la société qui a produit le documentaire, jubile. La censure pourrait évidemment entraîner un engouement pour aller voir son film. Déjà sur Internet, la bande-annonce est de plus en plus visionnée. Ce collage de personnages et de situations grotesques tend involontairement à sanctifier et à célébrer le mythe. Une approche différente a été choisie par Eric Gandini. DansVideocracy, (2009, également boycotté par la Rai et Mediaset) le réalisateur avait mêlé l'horreur à la réflexion sociologique pour filmer la société de l'apparence et le « Berlusconi qui est en nous ». Cette-fois ci, il s'agissait plus d'une opération esthétique qu'étique.

En réalité, les œuvres sur Berlusconi sont gaspillées. Parmi les premières, Quando c'era Silvio - Storia del periodo berlusconiano (Quand Silvio était là - histoire de la période berlusconienne, 2005) et Uccidete la democrazia! Memorandum sulle elezioni di aprile (Tuez la démocratie ! Mémorandum sur les élections d'avril, 2006), deux œuvres d'Enrico Deaglio, Beppe Cremagnani et Ruben H. Oliva, journalistes qui ont enquêté sur les richesses sorties de nulle part du président du Conseil, le pouvoir des images et sur certains détails grotesques (comme le mausolée construit chez le président du Conseil, sur le modèle de la tombe de Toutankhamon !). Citizen Berlusconi d'Andrea Cairola et Susan Gray (coproduit par la Stelfilm de Turin, la chaîne de télé finlandaise Yle et Channel 13 de New York), est à l'inverse une enquête programmée par plusieurs émetteurs américains et européens... Encore une censure : les téléspectateurs italiens n'ont jamais eu l'occasion de le visionner sur leurs chaînes habituelles. Il a par contre été diffusé sur la chaîne satellite Current. L'ambassade italienne a même réussi à faire retirer Citizen Berlusconi de la programmation du European Documentary Festival d'Oslo en 2004, bien que le directeur Vigdis Liam refuse de parler de censure. Une destinée plus difficile pour Le dame e il cavaliere (2010) de Franco Fracassi, qui n'a jamais été distribué par les journaux et les télévisions italiennes.

Nicolas Sarkozy rendu « humain» par Podalydès

Dans le reste de l'Europe, les décideurs se retrouvent aussi sur nos grands écrans, que ce soit sous forme de satire ou d'hommage. En France, Karl Zero et Michel Royer ont suscité des éclats de rire et beaucoup de bruit avec leurs biographies non autorisées de Jacques Chirac et de George W. Bush : Dans la peau de Jacques Chirac et Being W (inspiré du titre du film de Spike Jonze Being John Malkovitch). Le même Karl Zéro était apparu dans le montage vidéo Peuple Fiction, un film où Jean-Louis Debré, Alain Juppé et Jacques Chirac se font assassiner par un rmiste et un manutentionnaire. Suite à cette participation, Karl Zéro a été licencié de Canal Plus où il animait avec succès Le Vrai Journal.

Ces dernières années, Robert Guédiguian avait déjà mis à nu le roi en racontant les derniers jours de François Mitterand dans Le Promeneur du Champs de Mars. Nicolas Sarkozy lui n’attendra pas sa mort pour voir sa vie reproduite sur le grand écran : la 5 mai sortira dans les salles françaises le thriller politique de Xavier Durringer La conquête. Ce film retrace le parcours du Nicolas Sarkozy depuis sa nomination à la tête du ministère de l’Intérieur en 2002 jusqu’à son élection à la tête de l’Etat en 2007. L’ancien maire de Neuilly sur Seine y est interprété par Denis Podalydès, un acteur déjà vu dans À l’attaque! de Guédiguian, Laissez-passer de Bertrand Tavernier et Il est plus facile pour un chameau de Valeria Bruni Tedeschi, sœur de l’actuelle première dame.

Au sujet de son rôle, l'acteur a déclaré : « En interprétant Sarkozy, le minimum que je pouvais faire était de ne pas le juger et surtout de ne pas en faire une caricature. Mon devoir a été de le rendre humain, de lui donner de la profondeur, de jouer avec ses contradictions ». La réponse du président ne s'est pas fait attendre, ironique et fanfaronne : « Ce n'est pas juste! Podalydès à moins de cheveux que moi ! »

Thatcher, une vie hollywoodienne

En Angleterre, Patricia Hodge a prêté son visage à Margaret Thatcher dans le docufiction de Michael Samuels The Falklands Play (2002). A la télévision Lindsay Duncan a interprété l'ancienne Première ministre dans Margaret de James Kent, alors qu’a lieu actuellement le tournage de The Iron Lady, un film de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep dans le rôle de Margaret Thatcher. Dans les autres rôles, Jim Broadbent sera le mari Denis Thatcher et Anthony Head interprétera Geoffrey Howe.

En Allemagne, The Man from the Palatinate (2009) a déclenché de nombreuses polémiques. Ce film sur la vie d'Helmut Kohl, chancelier de l'Allemagne de l'Ouest de 1982 a 1990 puis de l'Allemagne réunie jusqu'en 1998, a été diffusé à la télévision publique allemande. La polémique a été créée par les déclarations de Walter Kohl, le fils d'Helmut, qui a jugé inacceptable la manière dont le réalisateur a décrit son père, comme un homme détaché de sa famille et intéressé exclusivement par le pouvoir. Enfin, en Italie, Berlusconi n'est pas le seul politique qui a été joué sur grand écran. Comment oublier Il Divo (2008) de Paolo Sorrentino, la biographie de Giolio Andreotti, Premier ministre italien à 7 reprises. 40 années d'histoire politique italienne contenues dans une paires de lunettes, une bosse et une poignée de blagues foudroyantes. Beaucoup d'Italiens espèrent que le titre du film Silvio Forever ne donnera pas envie au président du Conseil de battre son record de longévité.

Illustration : l'affiche du film Silvio Forever