Berlusconi et la fin du bipolarisme à l'italienne ?

Article publié le 13 octobre 2005
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Article publié le 13 octobre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quelques mois avant les élections législatives italiennes, Silvio Berlusconi veut changer les règles du jeu électoral et revenir à un canevas de représentation proportionnelle, pourtant synonyme d’une instabilité qu’il a lui-même constamment combattu.

Mélange des pouvoirs, conflits d’intérêts entre son rôle de politique et de magnat des médias, mépris de l’institution judiciaire : on peut certes affubler le Président du Conseil italien Silvio Berlusconi de tous ces maux. En réalité - et du moins jusqu’à aujourd’hui- il lui revient un mérite : celui d’avoir favorisé l’émergence d’un système bipolaire dans la péninsule italienne. Après des années de turpitudes publiques et d'instabilité inégalées en Europe.

Le système Mattarellum

Avec son arrivée inattendue dans l’arène politique peu de temps avant les élections de 1994, le milliardaire d’Arcore a su fonder une coalition de centre-droit, baptisée « Pôle de la Liberté », seule alternative à un parti de centre-gauche savourant déjà sa victoire dans une bataille sans adversaire digne de ce nom. Le résultat des courses fut surprenant : le « Pôle de la Liberté », comblant le vide laissé par la dissolution du parti Démocrate-Chrétien au sein de l’électorat moderne, conquit la majorité au Parlement et remporta la présidence du Conseil.

Evidemment, ce gouvernement ne dura pas, la faute entre autres, au désaccord entre syndicats autour de la réforme des retraites. Berlusconi néanmoins parvint à consolider sa coalition grâce à une alliance décisive avec la « Ligue du Nord » d’Umberto Bosi, un parti de droite aux accents régionalistes, qui le conduisit à la victoire électorale de 2001. Cette fois, Berlusconi aura mené au pouvoir le plus long gouvernement de l’histoire de la République italienne et incarnera probablement le premier politique à terminer le cycle entier de cinq ans de gouvernement prévu par la Constitution nationale. Berlusconi doit probablement cette performance à un système électoral désigné sous le nom de « Mattarelum » : un système de vote à la majorité que les Italiens ont préféré à l’ancienne méthode de la proportionnelle lors du référendum de 1993. Ce dernier modèle ne faisait en effet que garantir l’instabilité gouvernementale comme en témoigna en 1972, le bref passage au pouvoir en 1972 du cabinet Andreotti, pendant 9 jours très exactement.

Pouvoir personnel prime sur la stabilité

Aujourd’hui en revanche, le leader du centre-droit italien semble surtout souhaiter détruire cette crédibilité internationale que l’Italie a péniblement gagnée –et pas seulement grâce à lui-même- depuis 1994. Berlusconi est actuellement en train d’essayer de faire approuver une réforme électorale qui envisage un retour à la représentation proportionnelle pure. La proposition a été approuvée par la Chambre des députés et la navette parlementaire poursuit son chemin vers le Sénat. Certes, le nouveau système préconise un (maigre) « prix de majorité » pour la coalition gagnante mais ses effets seraient dévastateurs pour la stabilité de la démocratie italienne. Non seulement les partis redeviendraient des acteurs absolus mais l’émergence d’une troisième coalition de chrétiens-démocrates deviendrait indispensable au fonctionnement de n’importe quelle coalition de gouvernement. Détruisant ainsi ce bipolarisme si chèrement acquis.

Fait encore plus surprenant, cette proposition de réforme intervient près de 6 mois avant les élections générales de 2006, sans le moindre accord conclu avec l’opposition. L’objectif de Berlusconi est en fait de bouleverser la stratégie du leader de centre-gauche, Romano Prodi, basée sur un système majoritaire. L’ex-président de la Commission européenne qui n’est pas à la tête d’un parti unique s’est toujours présenté comme le leader d’une large coalition formée de diverses sensibilités politiques. Le geste de Berlusconi équivaut ainsi à un cadeau empoisonné à un Prodi désigné par les sondages comme le vainqueur probable des élections. Celui-ci a d'ailleurs déclaré que « cette loi électorale est faite pour que la personne qui l'emporte gagne mal et gouverne encore plus mal ». Berlusconi veut ainsi compromettre la manoeuvre de Prodi et lui rendre impossible l’accès au pouvoir avec un système proportionnel visant, de facto à instaurer une instabilité. Le problème ? La victime de ces intrigues restera l’Italie, une Italie en déclin, déjà fragilisée en terme de compétitivité et de réformes à effectuer. Une Italie pour qui il en va, en outre, de sa crédibilité à l'échelle européenne.