Berlinale : Barbara, heureuse en RDA?

Article publié le 13 février 2012
Publié par la communauté
Article publié le 13 février 2012
Impossible. En cet été 1980, Barbara (Nina Hoss) vient d'être mutée de force au fin fond du pays. Cette talentueuse médecin qui officiait jusqu'alors à la Charité, le meilleur hôpital d'Allemagne de l'Est, a eu le tort de déposer une demande de départ définitif vers l'ouest, où elle veut retrouver son mari.
Humiliée par la Stasi qui la soumet à des contrôles dégradants, Barbara, en sursis, prend ses distances avec un environnement qu'elle considère temporaire. Cependant, elle découvre qu'on a aussi besoin d'elle ici.

Christian Petzold explore dans « Barbara » les rapports versatiles qu'entretenaient les citoyens de la RDA avec les autorités du pays. Posant au début du film un cadre où les rôles entre « bons » et « méchants » sont clairement définis, il le dépasse progressivement et illustre la diversité des destins des Allemands de l'est, qu'un manichéisme étroit ne pourrait décrire. Etre heureuse en RDA ? Le « non » catégorique de Barbara s'étiole au cours du film.

Se doute qui entre progressivement en elle n'est pas le fruit d'une réflexion idéologique, mais la réaction d'une personne qui se sent utile à ses patients qu'elle sait réconforter. Partir signifierait les laisser à la merci d'un environnement dur, d'un hôpital aux méthodes parfois carcérales, des erreurs de diagnostic.

Mais c'est aussi le résultat d'une rencontre. André (Ronald Zehrfeld), le médecin principal de cette clinique, qui aux yeux de Barbara ne cherche qu'à rapporter ses faits et gestes aux autorités, se révèle être d'une nature plus profonde. De par son métier de médecin qu'il accompli en toute intégrité, au delà de la position sociale de ses patients et de leurs opinions, il fait découvrir à Barbara qu'il est malgré tout possible de garder une forme de dignité dans ce système. Oui, il collabore bien avec la Stasi. Mais est-ce bien de l'information ou de la désinformation qu'il lui livre ?

Ce n'est pas un hasard si le personnage de Barbara porte le nom de famille « Wolff », à l'instar de Christa Wolf, l'écrivain d'Allemagne de l'Est récemment décédée. Cette femme-courage dissidente fut durement critiquée par les écrivains ouest-allemands après la réunification et la révélation de son travail d'informatrice pour la Stasi. Christa Wolff a toujours maintenu n'avoir communiqué que des informations favorables aux personnes surveillées.

Comme le montre le film de Petzold, les citoyens de cette dictature peuvent être difficilement condamnés en bloc. Concéder des étiquettes de résistant ou de sympathisant est très délicat. Comme dans tout système, le quotidien a été fait de compromis entre l'idéal de justice désiré et la triste réalité. Si de nombreux esprits libres choisirent de rester en RDA malgré toutes ses contradictions, ce n'est pas par loyauté à un système qu'ils abhorraient, mais parce qu'une forme de vie digne leur y paraissait possible. Peut-être était-il même possible d'y être heureux.

Malgré un scénario parfois prévisible, Christian Petzold signe une oeuvre forte et juste, qui s'éloigne du traitement habituel réservé à la RDA au cinéma. De par une mise en scène soignée et grâce à des acteurs alternant savamment réserve et légèreté « Barbara » convainc, et a toutes ses chances pour l'Ours d'argent.

Photos : Hans Fromm © Piffl Medien