Berlinale 2013 : un drôle d’oiseau

Article publié le 11 février 2013
Article publié le 11 février 2013
Boven is het stil - scénario et mise en scène de Nanouk Leopold - est fidèle au bestseller de l’auteur néerlandais Gerbrand Bakker. Critique en direct de la Berlinale.

« Tu dois partir ». « Je veux rester ». Père et fils ne partagent que l'accablement de leur difficile cohabitation. Leur communication est balisée de contradictions, d’incompréhensions. La perte d’autonomie du père grabataire ne les rapproche pas. Sans confiance, pas de place pour des confidences sur l’oreiller. Au contraire, le moment est venu pour Helmer de « ranger » son père au dernier étage, de faire table rase du passé. Il réaménage le rez-de-chaussée de la ferme familiale et repeint la chambre de son frère décédé. La cinquantaine passée, Helmer semble vouloir prendre pied dans la vie.

Avec le quotidien rudimentaire de la ferme, les vaches à traire et les moutons à garder, le fils mal aimé n’évolue toutefois qu’en apesanteur. Le plat pays et la pluie battante ne l’aident guère à chasser la rancœur. Pourtant, Helmer paraît doucement être à l’écoute de soi-même. Les regards du laitier le troublent et les approches du jeune garçon de ferme touchent une tendresse toute mutilée.

Le poids des sentiments refoulés

Le quinquagénaire plutôt beau gosse joue une rude partie de cache-cache avec soi-même. La lenteur du film est amplifiée par une musique réduite à quelques accords de piano de-ci de-là, par des dialogues laconiques. Mais le compte à rebours de la vie est lancé.

Le jeu de l’acteur principal, Jeroen Willems, est remarquable : derrière cette sensualité bourrue, il est possible d’entendre bourdonner les questions introspectives d’Helmer sans même qu’elles soient formulées ! Le silence assourdissant révèle un être torturé, si strict avec soi-même qu’il en fait même souffrir son entourage.

C’est caméra à la main que le scénario de la Néerlandaise Nanouk Leopold, adapté du bestseller Boven is het stil de Gerbrand Bakker, a été filmé. Scénario et mise en scène sont fidèles au premier roman de l’auteur néerlandais dont Télérema disait : « Gerbrand Bakker se révèle un écrivain de la mélancolie, de la résignation, des émotions suspendues – amours avortées, sexualité interdite. »

Jeroen Willems ne pourra recueillir les louanges de son interprétation lors de la Première du film Boven is het stil (Là-haut tout est calme) à la Berlinale : le formidable acteur et comédien néerlandais est décédé de manière inattendue en décembre dernier d’une crise cardiaque.

Cette critique a été originalement publiée par le babelblog officiel de Berlin.

Photo © courtoisie de la page Facebook officielle deBoven is het stil ; Vidéo (cc) dannyvideoprod/YouTube