Berlinale 2010 : Ben Laden, Israël et espoir à Gaza

Article publié le 23 février 2010
Article publié le 23 février 2010

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Pour sa 60ème édition, la Berlinale nous plonge dans l’actualité du Moyen-Orient, avec des personnages hauts en couleur, d’un garde du corps repenti de Ben Laden aux enfants de Gaza, en passant par un couple gay germano-israélien. Malgré certaines faiblesses formelles, les témoignages de ce drame aussi brûlant qu’actuel s’imposent par la seule force de leur histoire. Panorama.

The Oath

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Djihadiste ou travailleur manuel ?»

Cette question, Abu Jandal, un ancien garde du corps d’Oussama Ben Laden, la pose à son fils de cinq ans. Sans hésiter, le petit garçon aux grands yeux bruns répond qu’il voudrait faire comme son papa. The Oath est un film « sous la surveillance du radar » précise Laura Poitras, la réalisatrice new-yorkaise, qui a failli ne pas pouvoir venir le présenter en personne à la Berlinale 2010. Ses voyages répétés au Yémen et en Arabie Saoudite l’avait en effet rendue persona non grata aux yeux des compagnies aériennes américaines et européennes. Il faut dire que Laura Poitras a déjà à son actif des interviews sulfureuses et des scènes de documentaires filmées au Yémen et à Guantanamo. Cette fois encore, son portrait d’Abu Jandal laisse planer la contradiction. Depuis qu’il a rompu le serment de fidélité qui le liait à son chef, Oussama Ben Laden, Abu lutte contre l’insomnie, le désespoir et le mal être… Mais même s’il a arrêté ses activités délictueuses et qu’il a adressé ses excuses aux victimes, il reste délicat d’accorder sa confiance à cet homme au visage rond. Son goût de la mise en scène dans les médias américains et européens et sa capacité à manipuler l’opinion nous rappellent malgré lui que c’est grâce à de tels stratagèmes que, hier encore, il gravit les échelons de sa sinistre carrière auprès d’Oussama Ben Laden.

Soreeret / Black Bus

Dans le documentaire d'Anat Yuta Zuria, il est aussi question de décalage et de vies parallèles. Shulamit et Sarah en ont assez de la discrimination et n’acceptent plus la ségrégation sexuelle dont elles sont victimes, qui sévit jusque dans les autobus. Après un mariage précoce, elles se détournent de leurs familles issues du milieu ultra-orthodoxe hassidique et tentent - par le biais d’un blog pour l’une d’elles et de la photo pour l’autre - de mener une vie nouvelle, plus séculière. Colère, maladie et deuil comptent parmi les nombreux thèmes développés dans Close Ups, à travers le quotidien douloureux des deux jeunes femmes. Mais paradoxalement, l’intensité des images décline à partir du moment où elles reviennent sur leurs tentatives de suicide et que les premières larmes coulent sur leurs visages.

I shot my love

Le metteur en scène israélien Tomer Heyman n’a pas ce genre de problèmes. Lui, il est amoureux et le fait savoir ! L’objet de son désir n’est autre que le danseur et chorégraphe allemand Andreas Merk. Or, dans I shot my love, on peut dire qu’il le mitraille. Caméra portée oblige, les images en deviennent presque parkinsoniennes à force de trembler. A ce point là, ce n’est plus de l’amour c’est de la rage. Toutefois dans sa monomanie, l’auteur sait faire amende honorable : « Je filme en permanence mon environnement de façon obsessionnelle ». C’est donc pas à pas qu’il traque le danseur dans le moindre recoin de ses activités : Andreas sur scène, Andreas à la plage, Andreas en train de faire le ménage… en slip ! Séquence après séquence, le corps hautement entraîné du danseur est magnifié en une succession de gros plans qui s’enchainent dans un enrobage de commentaires très souvent superficiels, bien que parfois non dénués d’une certaine profondeur. Le tout débité dans un impeccable anglais de… cuisine ! Toutefois, comme le très cher Andreas lui suggère à la fin du film, conseil que l’on pourrait aussi lui donner, il serait préférable d’utiliser ce document pour son usage personnel plutôt que de le présenter dans les salles. Une recommandation qu’il lui serait avisé de tenir en compte...

Aisheen- Still alive in Gaza

Nicolas WadimoffJets de pierre, individus cagoulés arborant le drapeau vert du Hamas, maisons en flammes et ambulances remplies de blessés agonisants : ces images de la bande de Gaza récurrentes dans les médias ne sont pas celles qui intéressent Nicolas Wadimoff. Le documentariste helvétique préfère plutôt nous laisser entrevoir le vide mental et géographique que la dernière guerre a creusé, comme un fossé, dans le quotidien des habitants du territoire occupé par Israël. Dans Still alive in Gaza, on voit des crocodiles et des lions empaillés car les animaux du zoo sont meurent de faims. La caméra filme une attaque où sont tombés des martyrs. Elle suit un groupe de rappeurs très motivés qui sont contraints, faute d’électricité, de renoncer à enregistrer l’album qu’ils rêvaient de produire. Elle surprend deux jeunes hommes sur la plage, dégustant l’unique poisson qu’ils aient pu attraper dans la zone de pêche ultra-réduite qui leur est impartie. Quant aux enfants, c’est avec impatience qu’ils continuent d’attendre que le Parc d’attraction local ouvre à nouveau ses portes. Ce sont d’ailleurs les enfants et les jeunes qui se désolent le plus de cette situation où aucun espoir, aucune formation pédagogique et aucune perspective d’avenir ne s’offrent à eux. Et si d’une voix fataliste, ils déclarent : « Nous avons abandonné nos rêves », Nicolas Wadimoff ne se livre lui à aucun commentaire surplombant. Il se contente de poser son objectif devant les protagonistes de ce drame muet. Et les images figées et silencieuses qu’il projette laissent apparaître l’absurdité d’une bande de terre dévastée qui ne représente rien de plus aux yeux des hommes qui y vivent qu’une sorte de prison à ciel ouvert.

Budrus

Les territoires israéliens et palestiniens sont-ils deux mondes dissociés ? Pour répondre à cette question, Julia Bacha nous met pour ainsi dire au pied du mur… Celui qui traverse les territoires palestiniens où soldats de Tsahal et civils laissent pour un instant leurs oliviers. Face à un conflit arbitraire, la manifestation pacifique du village de Budrus autour d’Ayed Morrar, à laquelle se sont joints les activistes de la gauche israélienne, se clôture sur une note d’espoir. L’espoir en démocratie. Le tracé du mur a été modifié.

Photos : ©Berlinale.de