Berlin fête Cohen: Hallelujah!

Article publié le 28 septembre 2014
Article publié le 28 septembre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Eglise, chansons de Cohen, Nina Hagen : le décor glauque et macabre d´un enterrement ? Détrompez-vous ! Comment la Passionskirche berlinoise s´est transformée en coulisse festive  réunissant des mortels en l´honneur d´un vivant, que certains idôlatrent même. Petite interview avec l´auteur-interprète, producteur de musique et co-organisateur de la soirée, Andreas Albrecht.  

Le vieil homme, célébré avec amour et profond respect

C´est le jour même, où le grand maître canadien Leonard Cohen fête ses 80 ans, qu´un trio berlinois marque le coup avec un concert-anniversaire rassemblant plus de 700 spectateurs. Au menu d´une soirée affichée complet, des performances aussi variées que bien timbrées, sur fond de toile mélanco-méditative. Réka, Manfred Maurenbrecher, Jan Preuß und die Geheime Gesellschaft, Nina Hagen, Mokkapan Phongphit, Anna Loos, ScherbeKontraBass, Joa Kuehn, Max Prosa, Veronika Fischer, Johannes Oerding, Suzanna & Karsten Troyke : voici la liste des artistes venus se joindre en ce 21 septembre 2014 pour rendre hommage au grand maître Cohen, d´ores et déjà une légende de la chanson. Vieux lapins de la scène et étoiles montantes, c´est un concert d´un mélange agréablement coloré, un panaché de générations, que le public découvre sur scène en cette date distinguée.

Ce soir-là, Andreas Albrecht est lui-aussi sur scène en tant que chanteur et pianiste. Dans ce décor atypique et fortement symbolique, il interprète avec émotions et pétillement la chanson de Cohen "Bird on the Wire" (1969), en version allemande : "Wie ein Vogel" (2014; "Comme un oiseau", ndlr). Couronnement d´une soirée très appréciée du public, c´est sur un petit feu d´artifice vocal associé à un brin de kitsch, vaguement attendu, que le concert prend fin : tous ensembles, artistes et musiciens offrent une interprètation collective de "la" chanson culte de Cohen, "Hallelujah" - what else?! Rencontre post-concert avec le co-organisateur de l´évènement.

cafébabel : Bonsoir Andreas ! C´est aux côtés de Misha Schoeneberg et de Chris Biadacz que tu as organisé cet hommage. D´où est née cette idée-concert "Berlin feiert Cohen" ("Berlin fête Cohen", ndlr) ?

Andreas Albrecht : Ca fait quelques années déjà que Misha Schoeneberg traduit des chansons de Leonard Cohen vers l´allemand. Il est l´initiateur de l´album "Poem - Leonard Cohen in deutscher Sprache", sorti récemment dans les bacs. Ce projet réuni des artistes extraordinaires de la scène allemande comme Peter Maffay, Tim Bendzko, Jan Plewka, Nina Hagen, Reinhard Mey ou Anna Loos. L´idée était proche de fêter dignement cette sortie. J´avais produit une des chansons sur l´album ("Hymne", chantée par Manfred Maurenbrecher) et quand on m´a demandé si je ne voulais pas organiser un concert pour cet événement, j´ai très spontanément accepté et repoussé à plus tard les vacances que je m´apprêtais à prendre. C´est finalement en tant que trio, Misha G. Schoeneberg, Chris Biadacz et moi, que nous nous sommes lancés dans cette aventure et avons tout fait pour réaliser ce projet en l´espace de six semaines. Il était rapidement clair alors que nous ne réussirions pas à réunir sur scène tous les artistes qui ont  participé à l´album, à la date fixée. Nous avons finalement intitulé l´évènement "Berlin fête Cohen" pour permettre au public de découvrir d´autres artistes qui ont eux aussi une affinité pour les chansons Leonard Cohen.

cafébabel : Pourquoi avez-vous justement choisi la  Passionskirche comme scène ?

Andreas Albrecht : L´environnment joue un rôle souvent plus important qu´on en a conscience. Il ne faut pas être branché sur l´ésotérisme pour penser ainsi. On cherchait un lieu digne pour cet évènement, mais surtout un lieu approprié au contenu de l´oeuvre de Cohen. L´Eglise de la Passion correspondait à ce que nous recherchions. De par son architecture, elle dégage une ambiance-concert extraordinaire. D´ailleurs : un certain nombre d´histoires et de thèmes traités par Cohen se frotte à la religion et à des questions spirituelles. La Passionskirche nous a paru être le cadre parfait et malgrè une demande faite à très court-terme, la date était encore libre, et l´agence qui encadre l´église a tout de suite été conquise par le projet. 

cafébabel : Qu´associes-tu en tant qu´auteur-compositeur et musicien avec les textes et les mélodies de Cohen ?

Andreas Albrecht : Perso, j´ai découvert Leonard Cohen très tard et plutôt par hasard. Une amie m´avait fait cadeau d´un sac rempli de vieux disques vinyl. Parmi eux, un album de Leonard Cohen, humblement intitulé "Songs of Leonard Cohen". J´ai alors emprunté un tourne-disque et j´ai écouté. C´était pour ainsi dire ma première rencontre concentrée avec l´oeuvre de Cohen. Bien sûr, je connaissais déjà les tubes comme "Manhattan" oder "Suzanne" de la radio. Si Cohen a retenu mon attention, c´est parce que je trouve que dans sa voix, il y a une simultanéité d´un côté, de quelque chose de tendre et d´attirant et de l´autre, de récalcitrant. Bien plus tard, lors de la production d´un disque de Manfred Maurenbrecher, on a fait un enregistrement de la traduction allemande proposée par Manfred de "Heart with no Companion". C´était la toute première fois que je chantais du Cohen, comme choriste.

Faire l´ouverture du concert de la Passionskirche avec Réka et Mokkapan Phongphit était un honneur pour moi. "Bird on the Wire" est une chanson magnifique, et je me suis facilement retrouvé dans la traduction de Misha Schoeneberg. On y trouve les vers suivants : "Et si, si jamais je vous ai fait du tort - J´éspère que depuis longtemps vous m´avez pardonné - Mais si j´étais faux ou froid - J´éspère que tu sais que ce n´était jamais adressé à toi". Ces vers m´ont émus. Je ne peux pas l´expliquer, c´est individuel, ca m´a tout simplement touché.

Jusqu´à présent, je n´ai pas eu l´opportunité de voir Cohen sur scène, mais je me suis laissé dire que ce monsieur de 80 ans est un artiste phantastique, loin de toute auto-célébration. Et ca, ca donne une vision à d´autres auteurs-compositeurs, comme moi, pour cette époque de la vie, où les employés "normaux" profitent de leur retraite. Je trouve que si à 80 ans, j´écrivais toujours des chansons et que je les interprètais sur scène, j´aurai tout fait juste".

Peu de jours avant son propre anniversaire, Leonard Cohen a sorti un nouvel album, intitulé "Popular Problems". Au lendemain, des bons baisers d´Allemagne : l´album "POEM- Leonard Cohen in deutscher Sprache" se trouve dans les bacs depuis le 19 septembre 2014.