Bénévole d’amour et d’eau fraîche

Article publié le 20 décembre 2006
Article publié le 20 décembre 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le 5 décembre dernier, on célébrait la Journée mondiale du bénévolat. Plus d’un Français sur 4, soit 13 millions d’acteurs, sont aujourd’hui impliqués dans le volontariat. Des citoyens modèles ?

Le bénévolat a le vent en poupe. Plus d’un million d’associations existent dans l'Hexagone : 70 000 se créant chaque année –contre 20 000 dans les années 70- et 80% d’entre elles fonctionnant uniquement avec des bénévoles. Qui sont ces personnes de bonne volonté qui consacrent une partie de leur énergie et de leur motivation à un but dit « d’intérêt général » ? Sans aucune contrepartie financière. Dans un monde de plus en plus individualiste, la question mérite d’être posée.

Des recherches suggèrent que la majorité des bénévoles serait âgée de 35 et 55 ans. Le plus faible pourcentage de bénévoles est d’ailleurs retrouvé dans les jeunes démocraties d’Europe centrale et orientale ou plus au Sud, en Grèce et au Portugal. Darek Pietrowski, le directeur du Centre des bénévoles de Varsovie, souligne que « dans les nations post communistes, le bénévolat conserve une connotation négative dans la mesure où la notion reste attachée à l’idée d’obligation et de travail collectif. »

Les faits

Les centres de bénévolat sont des établissements spécialisés qui créent des bases de données utiles pour mettre en relation la demande –des associations cherchant des bénévoles- et l’offre –des personnes ayant du temps et de la motivation à consacrer à une cause-. Tout est question de personnalité : si les volontaires sont désireuses de consacrer leur énergie à une activité particulière, ils ont aussi leurs attentes. Pour autant, l’infrastructure suffisante ou les disposition légales encadrant le bénévolat sont souvent manquantes. Une raison pour laquelle les bénévoles bénéficient rarement de privilèges sociaux, comme des assurances ou des déductions fiscales.

Le bénévolat a néanmoins une vocation citoyenne indéniable et permet de développer les communautés locales. L’activité stimule l’intégration sociale des plus âgés, des personnes sans emplois ou des immigrés, en contribuant à pallier certaines injustices économiques.

Beaucoup de gouvernements ne recensent pas les bénévoles dans leurs statistiques nationales. Même si elle ne peut en aucun cas remplacer un travail rémunéré, l’activité bénévole contribue largement à l’économie nationale. Au Royaume-Uni, la valeur du bénévolat a été estimée à près de 7,9% du produit intérieur brut (PIB). En Pologne, elle pèse près de 124 millions d’euros. En France, selon des estimations de 2002, le temps consacré au bénévolat au sein d’associations représenterait l’équivalent de 716 000 emplois à temps plein.

En vouloir ou pas

Cependant, le citoyen lambda n’est pas souvent conscient des diverses modalités d’expression du bénévolat. Plus de la moitié des responsables d’association reconnaissaient en 2006 rencontrer des difficultés dans leur recrutement en France. Les maisons des jeunes et de la culture (MJC), les orphelinats, les foyers de personnes handicapées, les refuges d’animaux sont ainsi quelques exemples d’institutions locales fortement demandeuses de recrues motivées et désintéressées.

Mais avec l’essor d’Internet est née une nouvelle forme d’engagement : le cyber bénévolat. Sans quitter sa maison, on pourrait dorénavant traduire des articles en ligne ou aider une personne à résoudre ses problèmes. L’équivalent d’un SOS Amitié à l’échelle web en quelque sorte.

Outre ces formes d’engagement, le volontariat international reste une formule très prisée. Les programmes d'action ‘Jeunesse’, mis en place par la Commission européenne, offrent notamment aux jeunes de participer à des projets locaux à l’étranger. En plus de l’apprentissage d’une autre langue, les avantages sont multiples.

Monika a passé un an dans l’Hexagone à travailler avec des enfants handicapés. Elle est revenue avec une perspective différente : « je me sens plus courageuse et cette expérience me permet de regarder mes soi disants problèmes dans un angle complètement différent, » reconnaît-elle. Selon Markus Held, directeur du Centre pour le volontariat européen (CEV), « notre fédération de 43 centres régionaux et nationaux a lancé en mars dernier un Manifeste pour le Bénévolat en Europe. L’idée est de sensibiliser les dirigeants européens et de proposer des actions plus concrètes. »

Le secteur privé aussi prête attention à l’émergence de cette tendance altruiste : nouveau discours marketing, les multinationales multiplient désormais les références à la responsabilité sociale et environnementale (RSE) de leur structure, brandissant des programmes innovants ou des campagnes de citoyenneté. Les salariés sont en outre encouragés à développer les passerelles entre business, bénévolat et autorités publiques.

Bénévolat mondialisé

Alors que le bénévolat a longtemps été associé à la charité et à l’aide aux plus pauvres et aux défavorisés, un certain nombre d’organisations professionnelles ont bâti leur réputation sur cette image. Entre autres : ‘Greenpeace’, ‘Amnesty International’ ou les ‘Jeux Olympiques’.

Le bénévolat incarne aussi une certaine réponse à la mondialisation galopante. Les gens trouvent le temps de s’engager contre le virus du sida ou les maladies génétiques (Téléthon), de nettoyer les effets des catastrophes écologiques –on se souvient des milliers de bénévoles venus spontanément nettoyer les plages bretonnes lors du naufrage de l’Erika en 1999- ou jouer un rôle actif dans les missions humanitaires.

Tout n’est pour autant pas rose dans l’univers du don gratuit : certaines entreprises ou ONG n’hésitent d’ailleurs pas à utiliser ces bénévoles comme main d’oeuvre peu cher tandis que ceux-ci espèrent en contrepartie se forger une certaine expérience professionnelle. C’est méconnaître la valeur du « vouloir du bien » si l’on reprend l’étymologie du mot ‘bénévolat’ ['benevolus']. Bonne volonté et désintéressements constituent les deux fondements de l’engagement volontaire. Et c’est seulement en les respectant qu’une satisfaction totale peut être garantie.