Belfast : ridicules « émeutes récréatives »

Article publié le 28 janvier 2013
Article publié le 28 janvier 2013
Il n’est pas facile pour moi, protestant né à Belfast, d’écrire un article sur cette ville que j’aime tant, parce que pour cela je dois forcément être rationnel. Mais ceux qui participent aux émeutes dans les rues de la ville depuis début décembre 2012 sont mus non par la raison mais par l’anarchie.

Belfast fait de nouveau la Une de l’actualité avec des images de cocktails Molotov, d’émeutes et d’affrontements entre la police et les manifestants. À l’origine des troubles, le vote, par une majorité formée de conseillers municipaux nationalistes mais également neutres, visant à ne faire flotter le drapeau britannique, l’Union Jack, sur l’emblématique Mairie de Belfast (le City Hall) que lors de 17 occasions spécifiques, au lieu de 365 jours par an. Des loyalistes protestants, qui considèrent le drapeau britannique comme faisant partie intégrante de leur identité, se sont opposés à cette décision. Leurs manifestations sont devenues violentes à de nombreuses reprises.

L’image de marque de Belfast, gravement écornée, semble difficile à restaurer.

Les émeutiers qui portent atteinte à l’image positive et paisible de Belfast, durement gagnée, ne représentent pas la voix de l’écrasante majorité des habitants de la ville. Le sentiment le plus partagé dans les rues de Belfast est la gêne. L’image de marque de Belfast, patiemment construite au cours des dix dernières années par une majorité des citoyens qui ne souhaite que la paix, est gravement écornée et semble difficile à restaurer. En général, on essaie de trouver des raisons politiques ou socio-économiques pour expliquer ces troubles. Cette décision d’enlever le drapeau britannique n’était pas des plus heureuses, mais elle était néanmoins démocratique. La vraie raison à l’origine de ces troubles est une oxymore presque aussi ridicule que l’expression « tirs amis ». On parle « d’émeutes récréatives ».

Nuit après nuit, des personnes de tout âge bloquent les rues de Belfast. La violence est aveugle. Ironie du sort, ce sont les protestants les plus affectés. Il est impossible d’avoir des activités normales car des barricades se dressent à intervalle régulier dans toute la ville. Ceux qui approuvent les émeutiers affirment qu’ils appartiennent à la communauté qui a le plus souffert au cours des trente ans du conflit nord-irlandais. Mais leur argument ne tient pas lorsqu’on lit dans des rapports que des enfants de huit ans participent à ces émeutes. Belfast est devenue leur cours de récréation et leurs jouets sont des pierres et des cocktails Molotov. Il existe une majorité importante qui ne demande que la paix mais leur voix est couverte par la cacophonie du sectarisme et de la bêtise. Au départ, les secteurs protestants de l’Irlande du Nord avaient une certaine sympathie pour des protestations se déroulant dans le calme. Mais maintenant qu’un chahut sans fin touche leurs vies et leur ville, la patience des gens atteint ses limites. La situation à Belfast commence à rappeler la chute de Saigon : le coût pour les commerces du centre-ville ainsi que pour le maintien de l’ordre sont incroyables. Mais les véritables frais sont ceux causés par le fond de ces soulèvements qui affectent la réputation de Belfast. Et ceux-là, sont quasiment impossibles à estimer.

Cet article est une publication de cafebabel.com Dublin, toute nouvelle équipe locale de notre réseau paneuropéen de blogueurs, journalistes et photographes. Venez découvrir leur nouvelle plate-forme de blogs début 2013 et rejoignez ici leur groupe facebook.

Photo : (cc) Michal Osmenda/ flickr