Beethoven à la berlinale : «Kinshasa Symphony»

Article publié le 19 février 2010
Article publié le 19 février 2010
La passion de jouer de la musique avec d'autres personnes est toujours un bon matériau pour un film. Loin des difficultés et des conflits traités dans Trip to Asia, Kinshasa Symphony montre la passion avec laquelle des hommes peuvent surmonter toutes adversités.

Foules bigarrées sur les marchés de la capitale congolaise, Kinshasa, des poulets courent dans la boue, des hommes vendent tout ce qui est vendable, le bruit de la rue est assourdissant. Au milieu, une centaine de personnes, assis et debout, jouent la musique classique de Georg Friedrich Händel. Derrière eux, un chœur chante... Seulement jusqu’à ce que la poussière de la rue les oblige à tousser.

Les documentaristes allemands Martin Baer et Claus Wischmann « ont suivi la musique européenne en Afrique », comme ils disent, et ont dû tout d’abord s’adresser le reproche de ne poser que des « questions européennes » pour leur film. « Pourquoi jouez-vous du Beethoven et pas autre chose ? », « N’est-ce pas difficile de jouer dans des conditions aussi chaotiques ? », « Comment avez-vous appris à jouer de ces instruments ? ». A un moment ou à un autre, ils disent avoir simplement accepté le fait qu’un orchestre africain joue du Beethoven. On ne s’étonnerait pas plus d’un orchestre symphonique japonais. Certains musiciens trouvent même des parallèles avec des rythmes africains dans la neuvième symphonie de Beethoven. « Jouer Beethoven avec la passion du Kongo » : pour Diangienda, c’est ce que l’application de son orchestre si singulier signifie.

Complications et passions

Les conditions dans lesquelles ces personnes jouent de la musique classique sont évidemment difficiles. Aucun d’entre-eux n’a appris à jouer de son instrument de façon professionnelle, presque tous ces musiciens sont autodidactes et se la journée, il se concentrent sur leur métier : infirmières, électriciens, vendeuses de robes de mariées. Le chef d’orchestre Armand Diangienda a une formation de pilote. La chaleur et l’humidité endommagent les fragiles instruments qui, par manque d’argent, ont été fabriqués à la main, par un assemblage minutieux. Les coupures de courant empêchent la continuité des répétitions le soir et les familles et les voisins ne comprennent pas ces efforts musicaux. Mais les membres de l’orchestre s’enthousiasment tant pour la musique de Beethoven, Verdi, Händel et Mozart qu’ils surmontent toutes les résistances. « Quand je chante, je suis toute avec moi-même, je suis dans un autre monde », explique une des choristes pour exprimer ses sentiments.

Sur plus de cent musiciens, Wischmann et Baer en ont choisis huit, les suivent presque incidemment dans des logements miteux, chez des vendeurs d’œufs trop chers et des parents agaçants... Parfois un peu trop incidemment. Ils auraient pu opter de façon tout à fait consciente pour une voix off, expliquent-ils, pour contrecarrer la position européenne qui explique tout et s’explique elle-même à partir de ses explications. Ils voulaient présenter les personnes de l’orchestre sans ajouter aucun récit. Il en résulte quelques passages étrangement mis en scène, dans lesquels les musiciens jouent tout seul de leur instrument, dans la rue, à la gare routière ou sur le quai d’embarquement d’un bateau, tandis que le bruit de la rue est des hommes s’estompe peu à peu. Restent les visages fatigués et les merveilleuses musiques.

Retrouvez une critique du film sur le babelblog de Berlin qui a couvert la Berlinale 

Photo ©kinshasa-symphony.com