Béa Palya : « Les Balkans sont une caverne emplie de trésors »

Article publié le 27 août 2007
Article publié le 27 août 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

De la petite paysanne à la starlette de Cannes, la chanteuse Béa Palya, 30 ans, est devenue la représentante de la nouvelle scène hongroise, mélangeant allègrement musique folklorique de l’Est au jazz en passant par de la poésie chantée perse ou hindi.

La vie de Béa Palya est souvent présentée par les journalistes comme un véritable conte de fée : dans un XXème siècle bruyant et hagard, cette jeune fille, originaire d'un minuscule village hongrois, est partie à la conquête de l'Europe.

En 2004, Palya chante lors des Jeux Olympiques d'Athènes ; un an plus tard, elle compose la bande originale de ‘Transylvania’, le film de Tony Gatlif dans lequel elle a fait également une petite apparition, la conduisant à monter les marches lors du Festival de Cannes. En 2006, Palya signe avec un label français, et le cru 2007 s’annonce d’ores et déjà très chargé avec au programme, une multitude de dates de concerts dans son pays comme à l'étranger. Béa Palya a en outre été désignée ‘Ambassadrice hongroise de l'égalité des chances’.

Surexposée

La jeune femme que nous rencontrons ce jour-là semble calme et chaleureuse. Lorsque j’évoque le feu médiatique actuel qui l’entoure, susceptible d’affecter son quotidien, Palya me répond que « la poésie, l'intimité exigée par le travail de composition, le refus de suivre la mode, la natation, le yoga, l'eau sont autant de batteries qui me permettent de me recharger après un tel stress. A la fin, le résultat est plutôt positif. Car c'est merveilleux de voir sa carrière s'épanouir de cette manière ».

Palya affirme cultiver «l'art musical et humain. Les gens sont à la recherche de valeurs et je pense répondre à leurs besoins à travers différents thèmes dans mes chansons : l'amour, le voyage, la capacité à dire non, le fait d'être une femme, un enfant ou un mari... Quand elle veut atteindre directement les oreilles et le coeur, la bonne musique est une manière d'aider les gens. »

Avec son groupe, Béa Palya multiplie les tournées et concerts un peu partout dans le monde. A force de voyager, elle a fini par considèrer les villes du continent comme des personnalités distinctes, parfois même comme des amies. « Je trouve que Paris par exemple ressemble à une femme bavarde qui porte des vêtements colorés, » dit-elle dans un sourire. « Amsterdam elle est envahie par la corruption tout en restant libre : en s’y baladant à vélo, on peut apercevoir des canards sur les canaux, des lapins comme dans un petit village. Comme j'ai aujourd’hui l'impression d'être constamment en mouvement, Budapest fait figure de havre de paix particulièrement confortable. Toutefois, je n'y reste jamais longtemps. Je me sens à l’aise un peu partout dorénavant que ce soit à Paris, Amsterdam, Sofia ou Londres. »

Union dans la diversité

Je demande soudainement quelle perception Palya éprouve à propos de l’Europe. « J'aime la diversité culturelle, » répond t-elle. « A partir de morceaux issus de différentes cultures, je m’attache à créer quelque chose de nouveau : c’est cela l’unité. La musique juive et les chansons balkaniques par exemple sont deux sources musicales que vous pouvez passer votre vie à explorer, tant elles comprennent de variantes rythmiques et mélodiques. Ce métissage fonctionne aussi si vous incluez d’autres éléments comme la musique tzigane, la musique traditionnelle hongroise ou les éléments de l'est. Comme je n'ai qu'une vie et qu'elle est courte, j'essaie de sélectionner le meilleur de ces matériaux ».

Palya se réjouit encore de l'élargissement de l'UE à l'Est parce que cela permet de voyager plus librement pour rencontrer des musiciens ou découvrir de nouvelles sonorités. « Les Balkans sont une caverne remplie de trésors mais il faut se montrer attentif. Il serait vraiment dommage de voir perdues ces valeurs issues d’une ancienne civilisation. Au lieu de séduire de force les machos des Balkans comme une voluptueuse fille de joie, l’Europe devrait plutôt opter pour un rapprochement en douceur afin de tisser un véritable lien d’amour fusionnel.»

Traduit du hongrois par Dániel Beke