Barroso: Qui ne tente rien… reste président

Article publié le 26 juin 2009
Article publié le 26 juin 2009
En ces temps de crise économique, José Manuel Barroso pouvait être inquiet en présentant son bilan de ses 5 années passées comme Président de la Commission européenne. Heureusement pour lui, les chefs des 27 Etats membres de l’Union ont visiblement apprécié son inaction et ne l’enverront grossir les files du chômage. Avec 57% des voix, les abstentionnistes gagnent les élections européennes.
Il est donc logique que nos dirigeants nationaux, défenseurs inconditionnels de la démocratie, entendent remettre  M. Barroso au pouvoir pour les 5 prochaines années. Pour ceux qui ne le connaissent pas, José Manuel Durão Barroso, homme politique d’origine portugaise de 53 ans, est le président d’un des organes les plus puissants de l’Union européenne, la Commission, depuis 2004.

Si on tient compte de la manière dont il a découragé les espoirs des Européens et miné l’action de leurs institutions, le bilan de M. Barroso est exceptionnel. Après les « Non » français et néerlandais à la Constitution européenne, le Président de la Commission a su maintenir le cap qu’il s’était établi. A la place de prendre en considération les critiques des citoyens européens, il a souhaité « redonner une chance » aux Européens en proposant à nouveau le même texte mais en changeant son nom en « Traité de Lisbonne ». Forcément, les rejets populaires ne pouvaient être causés que par le terme de « Constitution ». En grand prince pédagogue, José Manuel Barroso permettra d’ailleurs aux Irlandais de revoter après leur refus du Traité en juin 2008. Attentif, le Président de la Commission a bien compris qu’il fallait du temps pour comprendre son texte illisible de 300 pages.

Les critiques sont nombreuses sur la manière dont M. Barroso a mené la politique de l’Union européenne ces 5 dernières années. Mis au pouvoir grâce au soutien de Tony Blair, il est accusé d’avoir dérégulé à outrance les marchés… Le quotidien Libération critique l’absence de vision du président actuel et affirme qu’il « a été incapable de proposer la moindre idée nouvelle pour relancer l’Union »[1].  Jacques Attali va plus loin encore sur Euronews. Considéré comme « l’éminence grise » de François Mitterand, M. Attali estime d’abord que les « dirigeants politiques européens sont ravis d’envoyer les plus médiocres d’entre eux à Bruxelles (…) Parce que comme ça ils conservent le pouvoir réel dans les pays. »[2]  Il attaque ensuite directement M. Barroso en déclarant que « Mise à part Jacques Delors, nous n’avons jamais eu, depuis 30 ou 40 ans de Président de la Commission qui soit quelqu’un de haut niveau. »[3]

Si la grogne retranscrite dans les médias semble faire écho aux protestations de la population européenne, José Manuel Barroso a une fois de plus compris l’essentiel. En utilisant le moins possible les pouvoirs de la Commission et en laissant les égoïsmes nationaux s’exprimer au maximum, il s’est assuré le soutien de ceux qui décident de son sort, les leaders nationaux. Après tout, 500 millions d’Européens, ça intéresse qui ?

Michaël Timmermans

Bruxelles, Belgique

→ Cinq raisons de ne pas reconduire Barroso (Libération)

[2] EuroNews

[3] Idem