Barroso ou le retour du clientélisme à Bruxelles

Article publié le 7 septembre 2004
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Article publié le 7 septembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

A peine nommé président de la Commission européenne, Barroso a mis de côté le strict code de conduite mis en place par la Commission Prodi. Regain de népotisme à Bruxelles ?

Flash back : peu avant la fin du mandat de la «  Commission Santer », tout part à vau-l’eau à Bruxelles. Le spectre du clientélisme plane sur la structure phare de l‘Union qui doit finalement démissionner. Romano Prodi, à la tête de la nouvelle Commission, est chargé de faire le ménage dans l’étable bruxelloise. Au cœur de ses préoccupations : empêcher que les commissaires ne nomment à leurs côtés des ressortissants de leur propre pays. En 1999, il instaure un code de conduite strict. Dorénavant, commissaires, directeurs généraux et porte-paroles ne devront plus être originaires de la même contrée.

La probité était aussi à l’ordre du jour de la première réunion de l’équipe Barroso. Mais de toute évidence, les leçons du «  scandale Santer » se sont perdues dans la jungle de la bureaucratie bruxelloise. Certes, le Portugais s’est lui aussi prononcé pour un code de conduite. Un rapport allant dans ce sens a même été publié. Mais comparé au texte Prodi, il a été, comme le dit Barroso, « adapté ». En clair : les règles ont été noyées. S’il est dit quel service doit décider si un commissaire est autorisé à accepter ou non un cadeau venant de l’extérieur, la délicate question de la composition des cabinets passe à la trappe. Sur le sujet, les chefs bruxellois concernés se soumettent à une réglementation provisoire jusqu’à l’été 2005. Or pourquoi adopter une réglementation provisoire alors que l’on se revendique attaché aux règles en vigueur depuis cinq ans ? La Commission ne le dit pas.

La confortable moquette en feutre de Bruxelles

Les commissaires désignés prennent en tout cas la nouvelle liberté qu’on leur accorde avec enthousiasme. Qui ne fournirait pas avec plaisir à ses amis et compatriotes un travail fort bien payé ? Chacun attribue donc consciencieusement à ses congénères des postes, parmi les plus lucratifs. Quid de ces fonctionnaires extrêmement bien payés quand l’ancienne réglementation entrera en vigueur l’été prochain - c’est à dire lorsque le commissaire et le directeur général devront venir de pays différents.

La troupe de Barroso prend déjà quelques libertés avec le code, selon lequel le commissaire doit effectuer ses tâches «en toute indépendance ». Ainsi, la Danoise Mariann Fischer Boel a-t-elle été chargée par Barroso du portefeuille de l’agriculture. Léger hic, Madame Boel possède elle-même une exploitation agricole et reçoit chaque année l’équivalent de 60 000 euros de subventions communautaires. La Commission lors de l’examen de son cas, l’a considéré comme non problématique : la ferme étant dirigée par son époux, il n’y a pas de conflit d’intérêt ! Reste à savoir si l’argent des contribuables européens est plus important pour Marianne Boel que les revenus de son mari.

L’affaire de la Danoise met en évidence le principal problème du code de conduite : le texte de 23 pages ne prévoit aucune sanction en cas de manquement. Les citoyens de l’Union l’auraient plutôt amère si la rumeur de clientélisme dans les couloirs des autorités de Bruxelles reprenait du poil de la bête. La Commission n’a pas seulement besoin de règles de conduite, il faut aussi qu’elle fixe clairement les conséquences de toute violation. Sinon, c’est à nouveau la porte ouverte aux magouilles en tous genres.