Barroso et les « portes tournantes » de la Commission

Article publié le 20 juillet 2016
Article publié le 20 juillet 2016

L’annonce faite par Barroso, ancien président de la Commission européenne, de rejoindre la banque américaine Goldman Sachs International retentie comme un coup de tonnerre au sein de l’UE. Au point où des parlementaires européens demandent des sanctions contre l’ancien chef de la Commission. Possible ?

Sven Giegold, eurodéputé vert a parlé de « dégâts pour la réputation de l’UE ». D’autres observateurs, comme le journaliste Jean Quatremer iront jusqu'à dire que c'est un « Bras d’honneur à l’Europe ». Le 8 juillet 2016, le monde apprenait que l'ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avait accepté l'offre de la banque Goldman Sachs qu'il rejoindra en qualité de président non exécutif des activités internationales. Protestations tous azimuts parmi la société civile, silence gênée à Bruxelles.

Pantouflage chez Uber

Pourtant, le cas de Barroso est loin d’être le premier. Bon an mal an, de nombreux anciens commissaires européens rejoignent des postes de choix au sein de grands groupes industriels. Pour preuve, une analyse du 20 janvier 2016 de l’ONG Corporate Europe Observatory qui explique qu'un tiers des commissaires « dont le mandat s’est achevé en 2014 (Barroso II) ont poussé une "porte tournante" et exercent aujourd’hui des rôles au sein d’entreprises ou d’autres organisations reliées aux grandes entreprises » faisant craindre, selon eux, « une relation malsaine entre l’organe exécutif de l’Union européenne et les intérêts privés ». 

Plus tôt encore, en 2011, après le mandat des commissaires de Barroso I (qui s'est terminé en 2010) 6 commissaires sur 13 ont quitté leur fonction pour être ensuite immédiatement engagés au sein de grands groupes industriels ou de grands lobbys. Que faut-il en conclure ? Au moins que cette situation de vases communicants montre une forte perméabilité entre les deux milieux, celui des grands groupes industriels et de l’exécutif européen.  

Alors, qui va où ? Toujours selon le rapport de CEO, la liste est longue et le message sans appel. Prenons quelques exemples de la Commission Barroso II (février 2010- octobre 2014, ndlr).  Viviane Reding, femme politique luxembourgeoise, ancienne commissaire en charge de la justice, des droits fondamentaux et citoyenneté sous Barroso II. Elle est aujourd’hui, députée européenne (élue en 2014) et plusieurs sources affirment qu'elle siège au conseil d’administration de la société minière Nyrstar (chose démentie par l'entreprise elle-même, ndlr) de l’entreprise Agfa-Gevaert et de la Fondation Bertelsmann. Neelie Kroes, femme politique néerlandaise, ancienne commissaire à la compétition sous Barroso I et ancienne commissaire aux nouvelles technologies sous Barroso II, rejoint la Bank of America Merrill Lyinch puis Uber en tant que conseillère en négociation pour l’organisation. Dernier exemple, l’ancien commissaire au Commerce Karel de Gucht, homme politique belge, reçoit l’accord de la Commission actuelle pour rejoindre le conseil d’administration de l’entreprise de télécommunication Proximus. 

Goldman Sachs et l'UE : une grande histoire

De grands noms de la gouvernance européenne se trouvent sur la liste des anciens employés de la Banque Goldman Sachs. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, Carlos Moedas, le nouveau commissaire portugais pour la recherche, la science et l'innovation, et Mario Monti, ancien commissaire européen à la concurrence, ont tous travaillé pour la banque américaine. Barroso n’est donc pas un cas particulier, il ne fait que confirmer les liens très étroits qui lient la banque américaine avec l’exécutif européen. 

Cette relation est d’autant plus problématique que la banque américaine a aidé à maquiller les comptes et cacher les dettes de la Grèce en 2001-2002 afin de lui permettre de rester dans l’euro. C’est lors de la découverte de l’état des comptes par le premier ministre grec de l’époque, Giórgos Papandréou, en 2009, que la Grèce entre dans la terrible récession qu’elle connaît encore aujourd’hui. 

Lundi 11 juillet, la délégation socialiste française du Parlement européen a appellé à des sanctions contre Barroso. En effet, le Traité sur le fonctionnement de l’UE prévoit en son article 245 des sanctions contre les anciens commissaires : « Les membres de la Commission s'abstiennent de tout acte incompatible avec le caractère de leurs fonctions (…). Ils prennent, lors de leur installation, l'engagement solennel de respecter, pendant la durée de leurs fonctions et après la cessation de celles-ci, les obligations découlant de leur charge, notamment les devoirs d'honnêteté et de délicatesse quant à l'acceptation, après cette cessation, de certaines fonctions ou de certains avantages.(...) En cas de violation de ces obligations, la Cour de justice, saisie par le Conseil (États membres), statuant à la majorité simple, ou par la Commission, peut prononcer la démission d'office ou la déchéance du droit à pension de l'intéressé ».

Il est encore trop tôt pour savoir ce que va faire le Conseil. Quant à la Commission actuelle, elle ne s’est pas prononcée sur ce sujet. Mais jeudi 14 juillet dernier, employés des institutions européennes ont lancé une pétition pour des mesures fortes et exemplaires contre José Manuel Barroso qui « déshonore la fonction publique européenne et l'Union européenne dans son ensemble ». Aujourd’hui, elle compte plus de 2 500 soutiens.