Baobab, un nouveau style d'accueil des migrants à Rome

Article publié le 9 février 2017
Article publié le 9 février 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En défiant le froid et le mauvais temps à Rome on tombe sur le centre d’accueil autogéré pour les migrants en transit qui attendent de partir vers l’Europe du Nord. Dans une ville qui refuse de garantir des structures adéquates, le Baobab est un ensemble d’histoires d’accueil participatif.

«Les migrants étaient de la chair à canon» dixit le Ministère Public Ilda Boccassini qui a présenté les résultats de la maxi opération de la Police de Crémone visant à lutter contre le phénomène du trafic de migrants. Des arrestations dans plusieurs provinces italiennes, y compris la zone à la frontière de Vintimille tristement célèbre pour les conditions inhumaines dans lesquelles voyagent les migrants. La police coordonnée par le District Antimafia de Milan, a découvert une bande de trafiquants d’êtres humains qui opéraient au niveau international. L’enquête a mis au jour 62 "voyages" durant lesquels les migrants, dont des enfants, étaient transportés dans des camions fermés par un cadenas, ils pouvaient être jusqu’à 40 à être entassés à l’intérieur, presque sans air. Il s’agit de réfugiés qui, après avoir affronté un voyage en mer qui leur a coûté jusqu’à 5 milles dollars, rejoignent Catane où ils affrontent une nouvelle étape pour traverser l’Italie en train pour fianlement arriver à Vintimille. Ils dépensent ensuite près de mille euros pour traverser la frontière et rejoindre l’Europe du Nord. 

Migrant | Cortesia di @BaobabExperience

Qui sont et que vivent les migrants en transit vers l’Italie avant d’arriver à ces camions où ils jouent le tout pour le tout ? Avant cette étape du voyage, certains d’entre eux s’arrêtent à Rome où il trouve un lieu d’accueil temporaire grâce aux bénévoles de Baobab Experience.  

Une histoire d’accueil et d’évacuations

Baobab Experience s’est inspiré de l’ancien centre culturel Baobab de la rue Cupa, transformé en centre d’accueil autogéré pour migrants provenant principalement de la Corne de l’Afrique, du Soudan, de Gambie, de Lybie, mais surtout d’Erythrée,  ils fuient des régimes corrompus ou au bord de la guerre civile, en transitant par l’Italie dans l’optique d’arriver dans les pays d’Europe du nord pour y retrouver des proches ou des amis, ou pour simplement commencer une nouvelle vie dans un pays plus plaisant à leurs yeux. Entre 2015 et 2016,  plus de 35.000 migrants en transit sont passés par le centre Baobab de la rue Cupa. Puis la structure a été évacuée le 6 décembre 2015. En l’absence de structure et de réponses concrète de la part de la Commune et de la Mairie, le groupe de bénévoles du Baobab a continué d’offrir un accueil "fait maison" dans la même structure rue Cupa.

Ce fût un accueil basé sur énormément de force de volonté et le précieux soutient d’associations médicales et juridiques et  d’associations d’activistes nationaux et européens. Jusqu’au 30 septembre 2016, date à laquelle a eu lieu l’évacuation définitive du bâtiment pour "des questions de sécurité".  Pendant plusieurs jours, les migrants ont dormi rue Tiburtina, à proximité du cimetière Verano. Puis les autorités ont formellement interdit toute réunion ou rassemblement à cet endroit. Pendant plusieurs nuits, les réfugiés ont dormi dans le jardin de la Basilique de San Lorenzo. Mais durant la journée, ils étaient près de 500 à vagabonder dans la ville en attendant de repartir. Ce jusqu’à ce que les bénévoles de Baobab aient réorganisé l’accueil à l’esplanade Spadolini, à l’est de la gare  Tiburtina.

Un cours de musique au Baobab | Cortesia di @BaobabExperience

Un nouveau style d'accueil

C’est ainsi qu’est né "Baobab Experience": les principes d’accueil du Baobab sont identiques à ceux de la structure de la rue Cupa qui n’est plus, mais l’esprit qui l’a animé perdure bel bein. C’est un accueil basé sur l’engagement d’une poignée de bénévoles qui réussissent, jour après jour, à servir deux repas chauds aux migrants installés là-bas, en attendant de meilleures conditions pour prendre la direction du nord et franchir la frontière. Ces derniers mois, en défiant la vague de froid et le mauvais temps, les bénévoles ont offert un soutien psychologique, des soins médicaux et une assistance légale, ainsi que des vêtements, de la nourriture, de la culture et de la distraction aux migrant en transit,  Les migrants installés à l’esplanade Spadolini sont désormais "tolérés" par les autorités qui ont tout simplement décidé de ne pas s’occuper de la situation. Même si quelques évacuations ont été effectuées au cours de ces derniers mois. Aucune structure, aucun abri, c’est juste la rue qui accueille ces hommes, ces femmes et ces enfants en quête d’une vie meilleure que celle qu’ils ont fui. Le Baobab a été qualifié de "phénomène de civilité", les bénévoles parlent de leur engagement comme étant un “acte de désobéissance civile”. En vérité, c’est eux qui, tous les jours coordonnent par le biais d’un groupe fermé sur Facebook la préparation et la distribution de 2 repas par jours pour au moins 50/60 migrants en transit. Si ces bénévoles n’étaient pas là, ces derniers seraient complètement livrés à eux-mêmes en attendant le voyage fatidique dans ces camions décrits par Ilda Boccassini.

Les repas typiques préparés par les bénévoles de Baobab Expérience sont par exemple du riz et du poulet au curry, des paninis à l’omelette ou au thon des gâteaux faits maisons. Via leur groupe Facebook, les bénévoles s’échangent des conseils sur quoi et comment cuisiner pour une quantité aussi importantes de personnes, comment transporter la nourriture tout en la maintenant chaude, et quelles épices privilégier. Ils organisent des sorties photos et des excursions culturelles dominicales pour faire découvrir aux" hôtes" les beautés qu’offre Rome.

Roberto Viviani, président de Baobab Experience, définit cet élan de solidarité d’«incroyable expérience d’activisme et de citoyenneté». Avec un ingrédiant fondamental, poursuit Roerto iviani : « Nous y mettons de l’empathie »

En dépit de l’indifférence des institutions de Rome, le Baobab Experience est parvenu à attirer l’attention des médias outre-manche. Dans un reportage  du New York Times consacré aux "Samaritains italiens" qui aident les migrants, Andrea Costa de Baobab Experience a été interviewé : « Notre idée de l’accueil est complètement différente de celle du gouvernement » - a expliqué Andrea au NYT- pour beaucoup de migrants l’Italie n’est qu’un premier pas vers une vie meilleure. Ils veulent se rendre dans les pays les plus riches. Mais Rome est la celle capitale en Europe à ne pas posséder de centre pour les migrants en transit ».

Outre les migrants en transit qui font une halte à Rome quelques jours avant d’aller à l’étranger (principalement en France, en Allemagne, en Finlande ou aux Pays-Bas), d’autres migrants s’arrêtent aussi au Baobab, en l’occurrence ceux qui ne parviennent pas à accéder à la procédure d’asile ou qui attendent la relocalisation.

Les négociations

Les "négociations" entre Baobab Experience et la Mairie de Rome ont duré plus de cinq mois pour finalement mal se terminer en décembre 2016, lorsque le dialogue avec le département des Politiques Sociales de la Commune de Rome s’est définitivement interrompu, ce dernier ayant rejeté toutes les demandes des associations présentes. Les requêtes de Baobab étaient les suivantes : organiser un espace humanitaire de premier accueil gérée par Baobab Experience, MEDU, Intersos et par le réseau juridique ( (Cir, A Buon Diritto, Action e Radicali)  en collaboration avec l’administration de Rome. La location demandée était un parking inutilisé qui aurait permis d’offrir un repas chaud, des vêtements propres, un premier bilan des conditions psycho-physiques et une première information légale aux migrants tout juste arrivés.  Le tout à coût zéro pour la ville de Rome. La réponse de la Mairie a en revanche été d’octroyer une voiture et deux opérateurs pour quelques heures par jour pour adresser ces migrants aux centres d’hébergement en réalité indisponibles, puisqu’ils sont déjà pleins à craquer. « Les institutions compétentes sont incapables d’offrir des solutions à long terme », dénoncent les bénévoles de Baobab Experience.

«Depuis presque deux ans, nous nous trouvons dans cette situation absurde – explique Giovanni Visone à Cafébabel, il est le porte-parole d’Intersos – des tentes déplacées d’un endroit à l’autre de la ville et un système d’accueil qui repose sur les épaules des bénévoles et des associations. Cette situation en plein hiver a toutes les chances de provoquer une situation d’urgence en été. Mais il ne s’agit pas d’une urgence mais d’un phénomène structurel, lié au poids des règlements européens sur les systèmes nationaux. Ces personnes sont les victimes de la bureaucratie ».