Bandeed : un nouveau souffle pour la musique live

Article publié le 26 mars 2014
Article publié le 26 mars 2014

Tout a com­mencé dans un fes­ti­val de mu­sique, le Te­le­co­gresca à Barcelone. C'est ici que se sont ren­con­trés Mi­quel Mon­talvo et Anxo Ar­mada, étu­diants et membres de l'or­ga­ni­sa­tion du fes­ti­val. Confron­tés aux dif­fi­cul­tés du di­rect, ils se sont lancés à la recherche d'une nou­velle approche pour renouveler l'industrie musicale. Bandeed était né. 

Au­jour­d'hui, l'in­dus­trie mu­si­cale semble com­men­cer à ac­cep­ter le pas­sage au for­mat di­gi­tal, avec tout ce qu'en­traîne l'uti­li­sa­tion d'In­ter­net. Après une pre­mière étape de né­go­cia­tions pour com­pen­ser les pertes oc­ca­sion­nées par la chute des vente de CDs, le triomphe des pla­te­formes de dif­fu­sion et de pro­mo­tion de mu­sique comme Mys­pace, Spo­tifyou Band­camp semble avoir ou­vert une voie sans pour au­tant l'ex­ploi­ter en­tiè­re­ment. Les uti­li­sa­teurs sont en­trés dans un monde plein de pos­si­bi­li­tés tan­dis que l'in­dus­trie de la mu­sique s'est ac­cro­chée à une struc­ture ar­chaïque de­ve­nue ob­so­lète. Le disque com­pact phy­sique a laissé place à un sup­port di­gi­tal et donc à une plus grande ca­pa­cité de dif­fu­sion, le tout à moindre coût. C'est en définitive le spec­tacle vi­vant qui risque de dé­ter­mi­ner la du­ra­bi­lité du sec­teur.

Ban­deed est né au milieu de panorama. Soit un outil d'au­to­ges­tion qui fa­ci­lite le contact entre un ar­tiste et ses adeptes pour or­ga­ni­ser des concerts. Le fonc­tion­ne­ment de Ban­deed est simple : un ar­tiste ou une salle pu­blie l'in­for­ma­tion du concert avec un ob­jec­tif à at­teindre. Une fois at­teint un nombre de ré­ser­va­tion mi­ni­mum, le concert est confirmé. L'ou­til com­bine donc ré­seaux so­ciaux et micro-mé­cé­nat (ou fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif).

Selon Anxo Ar­mada, l'un des créa­teurs de la pla­te­forme, « la levée de fonds via le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif est en­core à ex­plo­rer pour la mu­sique "live". C'est un sys­tème qui pro­fite à toutes les par­ties et à pré­sent, la seule chose qui im­porte, c'est com­ment or­ga­ni­ser la pro­mo­tion et la dif­fu­sion pour avoir au­tant de suc­cès que les autres pla­te­formes ».

Le pu­blic au centre du dis­po­si­tif

Chez Ban­deed, le pu­blic est perçu comme un mo­teur. Néan­moins, sa par­ti­ci­pa­tion s'est jus­qu'à pré­sent li­mitée à voter pour des concerts déjà pro­gram­més. Anxo Ar­mada nous ex­plique qu'ils « tra­vaillent pour que les voix comptent chaque fois un peu plus et un peu mieux ». Ils sont par exemple en train de tra­vailler sur une op­tion qui per­met­tra aux spec­ta­teurs de pro­po­ser des concerts. 

Les dé­ve­lop­peurs de la pla­te­forme af­firment ne faire au­cune sorte de tri dans l'en­re­gis­tre­ment des uti­li­sa­teurs et membres de la com­mu­nauté, ce qui est à double tran­chant. Ce choix bien qu'il fa­vo­rise la di­ver­sité et l'uti­li­sa­tion, n'est pas exempte de cer­tains risques. Comme par exemple la pré­sence de membres qui dé­teriorent l'image et la phi­lo­so­phie de la pla­te­forme. Ils peuvent aussi voir s'ac­cu­mu­ler un nombre élevé d'uti­li­sa­teurs pas­sifs, ce qui représenterait une en­trave à son bon fonc­tion­ne­ment. ­

De­puis son lan­ce­ment en dé­cembre 2012, et jus­qu'à au­jour­d'hui, l'évo­lu­tion et l'amé­lio­ra­tion de la pla­te­forme a été constante. En plus d'être plus at­trac­tive et in­tui­tive, de nou­veaux modes de ges­tion sont mis en place. Comme « l'Ar­tiste In­vité ». Bien qu'en­core en dé­ve­lop­pe­ment, il semble que l'ac­cueil de cette op­tion ait été po­si­tive. Comme l’ex­plique Anxo Ar­mada: « c’est in­croyable comme l’ac­cueil peut être si po­si­tif en si peu de temps. Notre pre­mier pari, c'est l’ar­tiste local The Lito en pre­mière par­tie de El Ca­nijo de Jerez (De­li­quentes) s'il vend 100 en­trées. Cela lui per­met­tra de jouer de­vant 800 per­sonnes et d’en­trer en contact avec une de ses plus grandes in­fluences sans avoir à se pré­oc­cu­per de la pro­duc­tion ou de la lo­ca­tion, et d’avoir en même temps une vi­si­bi­lité mé­dia­tique. De l'autre côté, cela per­met à El Ca­nijo de Jerez de tou­cher un pu­blic qui ne se­rait pas for­cé­ment venu à son concert ». 

Un des concerts de The Lito

Les créa­teurs de Ban­deed sont par­ve­nus à fa­ci­li­ter la ges­tion et la vente des en­trées sans fac­tu­rer de com­mis­sion. L'ob­jec­tif est clair : « nous avons tou­jours sou­hai­té pra­ti­quer la com­mis­sion la plus basse car nous n'avons ja­mais été à l'aise avec ce mo­déle de mo­né­ti­sa­tion. Voir un ar­tiste sous­traire les com­mis­sions sur une en­trée est hor­rible...21% de TVA, 10% pour la SGAE (So­ciété Gé­né­rale des Au­teurs-Com­po­si­teurs Es­pa­gnols, équi­valent de la Sacem, ndlr), 10% pour Ti­cke­ting... Ajou­tez à ça la part pour le ma­na­ger ou la mai­son de disque ! Eli­mi­ner les coûts de ges­tion a en­traîné une grande li­bé­ra­tion. Cela nous a per­mis d'ac­cé­der à des ar­tistes très in­té­res­sants et de créer de nou­veaux sché­mas de dé­ve­lop­pe­ments. Nous sommes en train de des­si­ner de nou­veaux mo­dèles com­mer­ciaux, une nou­velle façon de mo­né­ti­ser ce pro­jet en créant une plus grande va­leur pour nos uti­li­sa­teurs ».

Aux deux membres de l'équipe s'est greffé Marc Hill, qui gère la par­tie in­dis­pen­sable liée à la pro­gram­ma­tion de la pla­te­forme. Ils ont jus­qu'à au­jour­d'hui rendu pos­sible plus de 70 concerts, ce qui équi­vaut à la vente de 1600 ti­ckets. Un ex­ploit qui a main­te­nant la re­con­nais­sance qu’il mé­rite, puis­qu'ils ont entre autres gagné le prix « 10 up pitch » des deuxièmes Ren­contres Na­tio­nales Yuzz (qui ré­com­pensent les meilleurs pro­jets d'en­tre­pre­na­riat, nda), et un pre­mier prix en no­vembre der­nier lors du 5e congrès ibéro-amé­ri­cain de la culture.

Pour re­prendre les mots d'Anxo Ar­mada, ce der­nier prix « c'est la ce­rise sur le gâ­teau ». « Après une année dif­fi­cile dû au lan­ce­ment de la pre­mière ver­sion, avec ses joies et ses échecs, c'est un vé­ri­table coup de fouet au moral et un label de confiance ap­posé sur le pro­jet. C'est pour nos proches comme pour les pro­fes­sion­nels la conso­li­da­tion d'une idée en un pro­jet d'en­tre­pre­na­riat qui vise à aider une in­dus­trie en dif­fi­cul­té ». Ils voient cer­tai­ne­ment l'ave­nir comme quelque chose de pro­met­teur, convain­cus que « la mu­sique « live » est un do­maine dans le­quel il reste en­core beau­coup à faire ».