Bakou 2015 : la jeunesse sur les starting blocks

Article publié le 30 juin 2014
Article publié le 30 juin 2014

Bakou 2015, un an avant l’ou­ver­ture : le compte à re­bours est lancé pour les Jeux eu­ro­péens qui se dé­rou­le­ront en Azer­baïd­jan du 12 au 28 juin 2015. Une occasion en or pour le pays et une expérience bénéfique pour ses jeunes qui s'impliquent professionellement dans l'organisation de l'événement. 

« Le dra­peau de l’Azer­baïd­jan ré­sume le passé, le pré­sent et le futur du pays : le vert sym­bo­lise l’is­lam, le rouge, le crois­sant de lune et l’étoile évoquent l’em­pire ot­to­man et le bleu fait ré­fé­rence à l’Eu­rope et ses va­leurs », me dit Farid, mon guide, au début de notre en­tre­tien. Farid, qui m’em­mène à la dé­cou­verte du centre his­to­rique de Bakou, en est sûr : le futur de son pays, c’est l’Eu­rope. Ce n’est pas un ha­sard si les pre­miers Jeux eu­ro­péens de l’his­toire au­ront lieu dans la ca­pi­tale en juin 2015. C’est une chance pour tout le pays, et pour les jeunes en par­ti­cu­liers.

Une op­por­tu­nité rêvée pour les jeunes

Pour Azad Ra­hi­mov, mi­nistre de la Jeu­nesse et des Sports, les Jeux eu­ro­péens, c’est la chance de faire d’une pierre deux coups. D’une part, c’est l’oc­ca­sion de pla­cer l’Azer­baïd­jan sous les feux des pro­jec­teurs en tant qu’or­ga­ni­sa­teur de grands évé­ne­ments spor­tifs (un bu­si­ness qui donne le ver­tige, entre la spon­so­ri­sa­tion, les droits TV et toutes les ac­ti­vi­tés en­tre­preu­na­riales qu’une telle ma­ni­fes­ta­tion gé­nère). C'est d’autre part la pos­si­bi­lité de pro­po­ser aux jeunes (66 % de la po­pu­la­tion azer­baïd­ja­naise a moins de 25 ans et 32 % a entre 14 et 29 ans) un moyen de faire ses armes et d’ac­qué­rir des com­pé­tences dans ce contexte in­ter­na­tio­nal. « Nous vou­lons que ces jeux soient une source d’ins­pi­ra­tion pour nos jeunes », af­firme le mi­nistre. « C’est très im­por­tant pour un jeune pays comme le nôtre, in­dé­pen­dant de­puis seule­ment 21 ans, d’oc­cu­per une telle po­si­tion dans le monde et de faire par­tie de l’Eu­rope. Ces jeux per­met­tront à de nom­breuses per­sonnes, no­tam­ment aux jeunes, d’ap­prendre et de gran­dir. Pour eux, pour leur ave­nir, ces jeux consti­tue­ront une ex­pé­rience fan­tas­tique », ex­plique-t-il.

Shahla Al­la­hya­rova, étu­diante à l’uni­ver­sité en sciences po­li­tiques et re­la­tions in­ter­na­tio­nales, voit les Jeux eu­ro­péens à Bakou comme « une chance unique de tra­vailler et de ga­gner en ex­pé­rience dans un en­vi­ron­ne­ment in­ter­na­tio­nal ». Shahla, qui étu­die gra­tui­te­ment à l'uni­ver­sité comme tous les jeunes azer­baïd­ja­nais, a été ré­cem­ment en­ga­gée comme as­sis­tante de com­mu­ni­ca­tion au sein de l’équipe de Ba­kou 2015. Une fois son contrat d’une durée d’un an achevé, elle dis­po­sera de com­pé­tences at­trayantes pour le mar­ché na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal.

Des cen­taines d’autres jeunes comme Shahla voient naître des pers­pec­tives de tra­vail si­mi­laires. Des pers­pec­tives beau­coup plus rares pour des jeunes ayant fait la même for­ma­tion en Ita­lie, en Es­pagne ou en France, où le taux de chô­mage des jeunes de­meure élevé. « Tra­vailler pour Ba­kou 2015, c’est une im­mense op­por­tu­nité de se sen­tir un ac­teur de l’his­toire : les Jeux eu­ro­péens se­ront le plus grand évé­ne­ment spor­tif que l’Azer­baïd­jan aura ja­mais ac­cueilli », dé­clare avec en­thou­siasme Nigar Eyyu­bova, 25 ans, Re­sident Centre Ma­na­ger du co­mité or­ga­ni­sa­teur des Jeux. « L’en­vi­ron­ne­ment est sti­mu­lant. Qu’il s’agisse de pro­fes­sion­nels très ex­pé­ri­men­tés ou de jeunes bé­né­voles sans au­cune ex­pé­rience. En tra­vaillant en­semble, tous ont un rôle clé à jouer dans la réus­site de ces jeux », ajoute-t-il. Pirim Pi­ri­mov, 21 ans, Press Ope­ra­tions Spe­cia­list du co­mité or­ga­ni­sa­teur des Jeux eu­ro­péens, es­time éga­le­ment que tra­vailler pour Ba­kou 2015 est un pri­vi­lège : « l’équipe in­ter­na­tio­nale, l’es­prit in­no­vant et l’ex­ci­ta­tion qui règne parmi nous, c’est l’oc­ca­sion de gran­dir tant sur le plus hu­main que pro­fes­sion­nel. »

Le pro­gramme de re­cru­te­ment de bé­né­voles, qui s’ap­puie sur une pla­te­forme té­lé­ma­tique ac­ces­sible sur le site ba­ku2015 com­men­cera à par­tir du mois pro­chain, avec une for­ma­tion pour les jeunes re­cru­tés. 

Par ailleurs, on compte ac­tuel­le­ment plus de 100 offres d’em­plois ré­mu­né­rés à temps plein dans des sec­teurs al­lant de la tech­no­lo­gie à la ges­tion d’évé­ne­ments, en pas­sant par les trans­ports, les ser­vices de tra­duc­tion et d’in­ter­pré­ta­tion, l’af­fec­ta­tion des lo­ge­ments, la ges­tion des res­sources hu­maines, le mar­ke­ting et la ges­tion de pro­jets. Aucun doute que le nombre d’em­plois créés, un an avant le début des jeux, est tout à fait re­mar­quable. « Mon équipe est, à ce jour, com­po­sée d’en­vi­ron 500 per­sonnes, dont 55 % sont azer­baïd­ja­naises. Mon ob­jec­tif est d’aug­men­ter ce chiffre », af­firme Simon Clegg, chief ope­ra­ting of­fi­cer de Ba­kou 2015. Les 45 % res­tants sont des ex­pa­triés, sur­tout des An­glais ou des an­glo­phones, cer­tains pré­sents dans les équipes de com­mu­ni­ca­tion des JO de Londres en 2012.

Presque tous les jeunes qui par­ti­cipent au pro­jet ont moins de 30 ans. Et ils n’y ont pas ré­flé­chi à deux fois avant de s’ins­tal­ler à Bakou pour un an. « Nous sommes dans un pays jeune, dy­na­mique et en constante crois­sance. C’est ex­ci­tant de vivre dans une ville où les chan­ge­ments sont aussi ra­pides et où de nou­velles ini­tia­tives ne cessent de prendre forme », me ra­conte un jeune du BEGOC (Baku Eu­ro­pean Games Ope­ra­tion Com­mit­tee) ori­gi­naire de Londres, de père ir­lan­dais et de mère ita­lienne, pour qui l’aven­ture à Bakou ne fait que com­men­cer.

UN nou­veau Dubaï ?

Le vent du chan­ge­ment se res­sent sim­ple­ment en par­cou­rant la ville, avec des di­zaines et des di­zaines de chan­tiers dont les pro­grès se constatent au quo­ti­dien. Gratte-ciels, centres com­mer­ciaux, ha­bi­ta­tions, bu­reaux et en­ceintes spor­tives se dressent à grande vi­tesse sous les yeux des ci­toyens.  

Le mo­dèle de crois­sance de Bakou, l’hé­do­nisme de la vie ci­ta­dine, les lieux à la mode, l’at­mo­sphère in­sou­ciante, la sil­houette des gratte-ciels comme les Flame To­wers… La res­sem­blance avec Dubaï est frap­pante. Mais ce pa­ral­lèle, que bon nombre de jour­na­listes ont fait par le passé, est dé­menti par Alex Corp, di­rec­teur de comptes au sein de la so­ciété JTA. Ori­gi­naire de Londres, il est venu tra­vailler quelques jours par mois à Bakou pour l’or­ga­ni­sa­tion des Jeux. « Pour moi, les deux villes ne sont pas com­pa­rables. Le mo­dèle des Émi­rats arabes unis est plus su­per­fi­ciel, tout semble éphé­mère et axé sur le luxe. À l’in­verse, la crois­sance de Bakou est basée sur son pa­tri­moine, sur des prin­cipes so­lides et les jeunes sont les pre­miers à bé­né­fi­cier des avan­tages de cette crois­sance ver­ti­gi­neuse ».

Une crois­sance bien ra­pide, comme le vent qui souffle en continu sur la ville. Et si le nom de la ca­pi­tale azer­baïd­ja­naise vient du mot Badu-kube (« la ville où le vent souffle »), avec les Jeux eu­ro­péens, il souffle en­core plus fort.