Babel Strasbourg « remercie chaleureusement » le Parlement européen

Article publié le 17 janvier 2008
Article publié le 17 janvier 2008
Par Léna Morel et Vincent Lebrou Strasbourg, Parlement européen, le 16 janvier2008 Rebaptiser le nom de la salle de presse du Parlement européen : la décision a été prise au moment de remettre le prix Sakharov à Salih Mahmoud Osman en novembre 2007.
Le prix fraîchement attribué, les députés européens ont tenu à honorer la mémoire d’Anna Politkovskaia, journaliste russe, assassinée le 7 octobre 2006 dans l’ascenseur de son immeuble. Et quoi de plus symbolique que d’attribuer à la salle de presse du Parlement européen, le nom de cette journaliste? « Organiser les futures conférences de presse en mémoire d’Anna Politkovskaia, c’est un petit acte symbolique mais qui a son importance », c’est avec ces mots que Marco Cappato, député italien, a débuté la conférence de presse de mardi au Parlement européen.

« Elle était les yeux et les oreilles de la démocratie »

Le sujet n’a pas mobilisé la foule des grands jours dans la salle de presse. Mais les rares personnes présentes sont impliquées, le sujet leur tient à cœur. Thijs Berman, député néerlandais, se souvient d’une de ses dernières rencontres avec la journaliste : « c’est un sentiment bizarre de manger avec quelqu’un quand vous savez qu’elle risque d’être assassinée à tout moment ». Anna Polikovskaia a été abattue de sang froid par un tueur à gage peu de temps après. Les réactions à l’époque avaient été nombreuses, indignées. Le Parlement européen, dans une résolution adoptée dès le 25 octobre 2006, invitait « les autorités russes à lutter activement contre les actes d'intimidation perpétrés à l'encontre de journalistes indépendants et de militants des droits de l'Homme, et à accorder leur entière protection aux journalistes indépendants qui dénoncent des cas d'injustice graves dans leur pays (…) ». Dans la foulée, il demandait « au Conseil de se pencher sérieusement sur l'avenir des relations avec la Fédération de Russie, (…) afin de placer la démocratie, les droits de l'Homme et la liberté d'expression au centre de tout nouvel accord éventuel et d'instaurer un mécanisme clair de surveillance pour la mise en œuvre de l'ensemble des clauses y figurant ».

"Le Parlement ne bradera pas ses idoles sur l'autel de la sécurité énergétique"

Cette conférence était également l’occasion pour Marianne Mikko, député estonienne, de revenir sur l’importance de la presse comme contre-pouvoir au sein d’une démocratie et sur la nécessité d’apporter les garanties de sécurité nécessaires à ce « 4ème pouvoir ».

Pour la députée, cette initiative devait témoigner du « respect qu'elle mérite en tant que symbole représentant la liberté de penser ». Anna Politkovskaia incarne deux choses selon elle : la liberté de la presse et la liberté des peuples et sociétés. Révoltée par la « tiédeur » des réactions qui ont suivi l’assassinat, la députée a également tenu à rappeler que 2007 avait été l’une des « pires années de l'histoire du journalisme ».

Faire honneur à la défense de ces journalistes, militants des droits de l'Homme. C’est cela que le Parlement a voulu mettre à l’honneur : un acte symbolique qui à travers l’engagement de la journaliste, reflète les valeurs de l’Union européenne. Si la règle officieuse aurait pu faire croire que les noms des bâtiments et locaux européens était réservés aux personnalités ressortissantes de l’un des 27 Etats de l’UE, le Parlement a, par sa décision, tenu à sensibiliser l’opinion publique à la préservation de la liberté de la presse comme étant une priorité de l’Union européenne. "Le Parlement montre qu’il ne bradera pas ses idoles sur l’autel de la sécurité": la construction européenne doit plus que jamais consister en l’affirmation d’idéaux profonds qui peuvent avoir une incidence sur le destin du reste du monde.

Anna Politkovskaia a été assassinée pour maintenir ce qu’elle dénonçait sous silence. Par cette décision, le Parlement européen a souhaité redonner une voix à son action. Et pour toutes ces raisons, nous tenons à «remercier chaleureusement » le Parlement.