Baal Novo : « Les langues, c’est notre cuisine ! »

Article publié le 4 août 2008
Article publié le 4 août 2008
Par Kerstin Acker Richard Doust, musicien et chanteur, auteur-compositeur, metteur en scène et comédien, est aussi le directeur artistique du Théâtre bilingue « Baal Novo» à Strasbourg. Babel Strasbourg l’a rencontré pour lui parler de son travail et de sa manière de mélanger deux langues sur une scène dans un théâtre qui se veut « saute-frontière ». Qu’est ce que « Baal Novo »?

« Baal Novo » est une compagnie de théâtre. Le nom se compose de deux parties : « BA » pour Baden-Wurttemberg et « AL » pour Alsace, car nous travaillons à cheval sur les deux régions. L’idée originelle était de créer des pièces qui ouvrent la possibilité au public d’écouter une langue qu’ils ne connaissent pas bien, c’est-à-dire la langue du voisin en général. Nous avons deux buts : sensibiliser un public à la langue du voisin tout en l’accompagnant avec sa langue maternelle et la coopération transfrontalière entre Strasbourg et Offenburg dans le milieu artistique. Celle-ci est possible car il y a également une association « Baal Novo » à Offenburg avec laquelle nous collaborons sur des créations de pièces.

Comment l’idée de « Baal Novo » est-elle née ?

Comme souvent, cette idée est née de rencontres et d’un désir de travailler au-delà des frontières, de les « repousser ». Le but était de ne pas faire exclusivement du théâtre national mais de tenter de faire un théâtre « européen ». Et qui dit Europe, dit variété des langues, des gens qui ne se comprennent pas toujours, des cultures différentes etc. Nous souhaitions nous confronter à ce problème : la création d’un théâtre qui met en scène plusieurs langues. Il s’agit donc à la fois d’un théâtre de la compréhension d’un théâtre de la non-compréhension. Et la question qui s’est justement posée à nous est de savoir comment dépasser cette non-compréhension.

Alors comment faites-vous pour la dépasser ? Car si les pièces sont jouées à la fois en allemand et en français, comment le public peut-il comprendre ?

Mais c’est justement cela notre cuisine ! C’est un projet expérimental et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été soutenu par l’Union européenne. Nous avons essayé et testé tout un tas de techniques, mais le théâtre est un médium très puissant. Il peut offrir beaucoup de possibilités si on sait le manier! On peut construire le dialogue de telle manière à ce que certaines informations parviennent dans la langue maternelle du public. Nous créons donc des dialogues qui ne dont pas des traductions. Nous avons aussi imaginé des personnages dont les pensées sont projetées sur une partie de la scène. Ce sont des espèces des projections poétiques et non pas du sur titrage. Et bien sûr, rien n’est traduit.

Les personnages, leurs manières de jouer, vous permettent de saisir naturellement les informations sans forcément comprendre les mots.

Les thèmes abordés sont-ils toujours des thèmes transfrontaliers franco-allemands ?

Si le bilinguisme ou le multilinguisme est toujours une contrainte dans notre théâtre, la vocation première est plutôt de confronter l’histoire française et l’histoire allemande ou de travailler sur des clichés français ou allemands, mais comme un symbole pour toutes les frontières. Nous avons d’ailleurs créé une pièce intitulée « La clé brisée qui mettait en scène deux filles séparées par un mur et ne parlant pas la même langue. Évidemment dans notre production, les deux langues en question étaient l’Allemand et le Français, mais les cultures représentées par les filles n’étaient pas la culture française et allemande. Elles avaient des costumes qui venaient d’autres pays et cultures : l’un orientale et l’autre indienne.

Nous essayons d’offrir la possibilité d’utiliser ces deux langues voisines comme une métaphore pour toutes les frontières.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous souhaitons actuellement étendre l’expérience que nous avons acquise pendant trois ans à d’autres langues et créer des liens avec d’autres pays en Europe. Nous sommes en train de lancer une collaboration avec un théâtre en Roumanie, et peut-être en Pologne l’année prochaine. Nous aimerions en toute modestie partager notre expérience avec d’autres théâtres, dans d’autres pays européens, afin de souligner l’aspect européen de ce projet.

Un autre projet qui reste à étoffer, serait de renfonrcer et d’approfondir les liens directs avec les personnes qui sont en train d’apprendre la langue du voisin, comme l’Allemand en France par exemple. Cela incluerait la création d’une dynamique d’ateliers et des petites pièces mobiles qui pourraient être jouées dans des écoles avec un soutien et un accompagnement des artistes qui interviennent. Nos comédiens comprennent d’ailleurs on ne peut mieux l’enjeu de l’apprentissage d’une langue étrangère. Nos comédiens sont tous des professionnels du métiers mais ils ne sont pas toujours bilingues : ils ont donc parfois une autre notion de la langue et nous essayons de les coacher pour qu’ils puissent bien dire les quelques phrases qu’ils doivent dire dans la langue étrangère.

Où peut-on venir vous voir ?

Dès la rentrée prochaine, vous pourrez découvrir de nouvelles pièces. Je dois nénamoins avouer que nous ne jouons pas uniquement dans la région : nous avons récemment joué la pièce « Marlène Piaf », qui parle de l’amitié entre Marlene Dietrich et Edith Piaf, dans l’est de l’Allemagne par exemple. Mais nous avons aussi des pistes pour jouer plus dans divers villes alsacienne. Vous l’aurez remarqué : nous sommes un théâtre mobile et c’est ce qui fait notre essence.

Pour plus d’informations, consultez le site Internet : www.baalnovo.com