Azerbaïdjan : entre reproche et reconnaissance

Article publié le 17 avril 2007
Article publié le 17 avril 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Du 16 au 20 avril, le Conseil de l‘Europe va examiner le respect des engagements pris par l’Azerbaïdjan en matière de droits de l’homme et de démocratie.

Le Conseil de l'Europe n’est pas la seule institution à s’intéresser de près à la république caucasienne. La dernière session du Conseil des Nations Unies pour les droits de l’homme qui s'est tenue à Genève en mars dernier a débattu du sort des populations déplacées à l’intérieur du territoire azéri. Cet exode est causé par le conflit avec l’Arménie et se concentre dans les environs du Haut-Karabagh [une région peuplée d’Arméniens qui a fait sécession avec l’Azerbaïdjan en 1991].

Pour l’instant, aucun Etat dans le monde n’a reconnu l’indépendance de la zone. Début 2007, l’ONG ‘Amnesty International’ insistait encore sur le manque de liberté d’expression et les menaces dont étaient victimes les journalistes locaux.

Si l’ex-république soviétique est depuis quelques temps dans l’actualité, ce n’est pas le fruit du hasard. Après le « silence radio » qui a suivi les élections législatives troublées de novembre 2005, la société azérie semble vouloir se réveiller et se préparer à affronter ce que certains qualifient déjà de « défi politique » : les élections présidentielles de 2008.

L’actuel gouvernement devra démontrer que les « petits gestes » réalisés par l’exécutif d’Ilham Aliyev au cours de ces derniers mois - la grâce accordée à certains prisonniers politiques, quelques remaniements ministériels, une ouverture vers l’extérieur - n’ont pas uniquement été une façon de se « racheter une conduite » afin d’éviter les critiques de la communauté internationale mais constituent aussi un véritable premier pas vers la maturité démocratique.

Une occasion en or pour l’opposition

L’échéance électorale 2008 est donc une occasion en or pour l’opposition. Les présidentielles de 2003 et des législatives en 2005 ont fait office de ‘répétition générale’ pour l’échéance à venir : à l’époque, l’opposition avait regroupé ses forces au sein d’une union politique afin de faire échec à à la « mascarade électorale » mise en place par le gouvernement d’Aliyev.

Pour Razi Nurullayev, activiste azérie et fondatrice du mouvement de résistance ‘Yox!’, le principal défi de l’opposition aujourd’hui est de réussir à mobiliser et à impliquer les citoyens, principalement les jeunes.

« La jeunesse est engourdie par la routine et les problèmes qu’elle rencontre pour s'en sortir, » explique Nurullayev, qui oeuvre aujourd’hui pour un renouveau de la ‘Coalition de la société civile’, un réseau d’ONG locales et internationales, d’associations civiles et de personnes influentes, créé pour favoriser le débat social et tisser des liens entre la vie politique et la société civile.

« La passivité des citoyens est la base idéale pour de mauvaises élections », poursuit Aliyev. Elle est ainsi convaincue que « la démocratie n’existera pas en Azerbaïdjan tant que les Azéris ne s’impliqueront pas quotidiennement dans la politique de leur pays ».

Une pièce fondamentale sur l’échiquier euro-asiatique

Pour le moment, le gouvernement azéri a accepté de mettre en oeuvre certaines des recommandations émises par la Commission de Venise du Conseil de l’Europe et l’OSCE, notamment en matière de législation électorale. A l’heure actuelle, le gouvernement et l’opposition sont représentés de manière équitable parmi les membres qui composent les commissions électorales.

Pour autant, il est probable que le Conseil de l’Europe exige de nouveaux engagements de la part de l’Azerbaïdjan. La réforme du système judiciaire, la lutte contre la corruption et le crime organisé, la situation des ONG qui défendent les droits de l’homme, la liberté d’expression et de réunion figurent déjà à l’ordre du jour. Le gouvernement azéri n’a pas hésité à reprocher au Conseil de l’Europe de ne pas appliquer ces critiques à certain de ses membres.

L’Azerbaïdjan est une pièce fondamentale sur l’échiquier euro-asiatique car l’une de ses frontières longe l’Iran. En outre, 30% des habitants de l'Iran sont Azéris, soit une population de 30 millions qui vient s’ajouter aux 9 millions qui résident en Azerbaïdjan.

Grâce à ses importantes ressources énergétiques, l’Azerbaidjan reste le pivot du Caucase dont l’importance sur la scène géopolitique ne cesse de croître. L’Azerbaïdjan n’hésite plus à se tourner vers l’Europe tout en sachant que sa crédibilité dépend des avancées démocratiques qu’il sera en mesure d'insuffler à sa vie politique dans les mois à venir.