Azerbaïdjan 2012, foot, pop et alcool : « Bakou Calling »

Article publié le 6 juillet 2011
Article publié le 6 juillet 2011
Suite à la victoire cette année de l'Azerbaïdjan au Grand Prix de l´Eurovision avec le duo Ell/Nikki, beaucoup d'Européens se sont rendus compte que les connaissances qu'ils avaient de ce pays d'Asie mineure constituaient tout au plus un « dangereux demi-savoir» . Grand temps alors de porter le regard sur ce pays littoral, dont la surface et le nombre de la population sont comparables au Portugal.

Nous marquons la date du 11 octobre 2010, lorsque Rashad F. Sadigov devient le héros de la nation. Nous sommes à la 39ème minute du match de qualification pour la Coupe d´Europe (qui aura lieu en Pologne et en Ukraine), opposant à domicile l'Azerbaïdjan à la Turquie. Les Turcs, donnés très largement favoris, ont de bonnes occasions et se voient déjà victorieux, lorsque suite à une combine au poteau de corner, le capitaine de l´équipe va réussir à rentrer le ballon dans le but à 14 mètres de distance. « Cette victoire était extrêmement importante pour nous », déclare Abbas, qui doit bien le savoir, puisqu'il travaille pour l'UEFA à Bakou. Rashad F. Sadigov, qui avait joué plusieurs années pour la « Süper Lig » turque, est une idole absolue dans son pays. La première qualification de l'Azerbaïdjan pour une Coupe d´Europe, avec l'entraîneur allemand Berti Vogts, est à portée de main.

L'Azerbaïdjan engrange une nouvelle victoire surprise la semaine dernière, lorsque le duo Ell/Nikki s'impose au Grand Prix de l´Eurovision 2011 avec sa chanson Running Scared  et ramène la tenue du prochain concours à Bakou.

En route pour Bakou, alors?

Depuis 1991, l'Azerbaïdjan est un État indépendant et dès lors, une république présidentielle avec un parlement monocaméral (une seule chambre). Que les élections ne se déroulent pas démocratiquement génère un malaise auprès d'un bon nombre de fans de l´Eurovision. La question, s'il faut alors participer à l'évènement ou plutôt le boycotter intégralement, se posera certainement, comme ce fut le cas lors des Jeux Olympiques de Chine.

Bakou – le nouveau Dubaï ?

Ell et Nikki représentent une face moderne du pays, souvent comparé à Dubaï en raison du boom dans le secteur du bâtiment dans sa capitale et de ses artères commerciales de luxe. Abbas aime la vue qui s'ouvre sur sa ville depuis la montagne du Parc de Bakou. Il se passerait bien, en l´occurrence, de l'effervescence qui règne dans les rues et des provinciaux, qui viennent récemment peupler Bakou et se comportent comme des « vrais paysans ». Tural détient un bachelor (licence) en sciences des religions et il désapprouve la mentalité de certaines personnes âgées : « Quand je porte des shorts en été, certains me regardent, comme si j'étais en train de commettre un grand péché. » Les jeunes Azéris aiment leur pays et pour autant, ils sont aussi mobiles que d´autres membres de l'eurogénération. Beaucoup d´entre eux quittent le pays pour aller étudier à l´étranger et revenir ensuite, d´autres émigrent, comme Nikki par exemple.

Il y a quelques années, la chanteuse, de son vrai nom Nigar Jamal, avait suivi son grand amour, Lukas, à Londres. La vie nocturne effrénée à Bakou est également très vantée et les fêtards internationaux considèrent la capitale comme le « prochain site le plus déchaîné », après Tel-Aviv et Beyrouth. Le Dj allemand, David Traenke, vit actuellement à Tiflis en Géorgie, et décroche sans relâche des contrats d'engagements en Europe de l´Est et au Proche-Orient. Néanmoins, le concert qu'il a donné au Face Club, un établissement branché de Bakou, en avril, reste un souvenir inoubliable : « On remarque que dans une ville en pleine ascension, la communauté fêtarde se lâche un max ». 

Cela dit, il faut débourser bien plus d'un Manat (monnaie du pays, ndlr) pour passer du bon temps dans un des clubs branchés de la capitale. Réserver une table, autour de laquelle on demande une consommation minimale d´un équivalent de 300 euros, y est chose courante. Ces sites ne sont pour autant pas uniquement fréquentés par la haute société, mais également côtoyés par des personnes au revenu moyen qui aiment se faire passer pour des riches. Avec son refrain entraînant, la chanson Running scared  a guidé l'Azerbaïdjan vers la victoire de l´Eurovision, mais cette chanson pop, issue d´une plume suédoise, ne représente qu'une fraction de la scène musicale locale. La scène du jazz y est importante et c'est en particulier le « Jazz-Mugam », une fusion de jazz et de folklore, que l'on aime écouter.

À Bakou, la consommation d'alcool sur la voie publique est autorisée alors qu’elle fait l’objet d’une interdiction formelle dans beaucoup de villes d´Europe de l´Ouest.

La diversité de l'Azerbaïdjan n´est pas seulement culturelle. « L' « Azéri typique » n´existe pas. Nous sommes fiers de nos différences et de voir que dans cette hétérogénéité, il existe bien des valeurs qui nous unissent », affirme Abbas: « Ici par exemple, on peut acheter de la viande de porc ou de l´alcool dans presque tous les magasins. » Peut-être trouve-t-on là une piste pour expliquer, pourquoi un pays comme l'Azerbaïdjan, qui compte une majorité musulmane dans sa population, choisit d´envoyer une chanteuse comme Nikki, lookée à l'occidentale, pour représenter le pays à Düsseldorf.

Mais l'esprit de tolérance s'arrête dès que l’on atteint la province du Haut-Karabach, région majoritairement peuplée d'Arméniens, qui avait été attribuée à l'Azerbaïdjan au lendemain de la dissolution de l'Union soviétique. Après les affrontements militaires des années 1990, le conflit est actuellement gelé, mais impossible de parler de paix, même si l´armistice règne officiellement depuis 1994. Sur son profil dans le réseau de voyage « Couchsurfing », un jeune internaute déconseille fortement l´entrée dans cette république qui n'est pas reconnue par la communauté internationale. « Ne venez pas, ou vous ne pourrez plus retourner en Azerbaïdjan, peu importe que vous ayez un visa ou non. »

Le Grand Prix de l´Eurovision 2011 a eu pour conséquence l’intérêt inédit et soudain de l'Europe pour l'Azerbaïdjan. Une chance unique pour le pays de renouveler son image. Les Azéris de l'eurogénération semblent avoir une orientation pro-occidentale et se réjouissent de savoir que l’on ne songe plus uniquement à la situation politique problématique ou à l´industrie du pétrole quand on pense à leur pays. « À l´étranger, les gens ont souvent une image bizarre de notre pays et de notre vie ici », souligne Emin. Bakou se nomme « ville des vents ». Et il semble qu'un vent nouveau est en train de souffler à travers le « pays du feu».

Photos : Une (cc) sugarmelon.com/ Flickr; eurovision © Pieter van den Berghe/ EBU/ Affiche de soirée au Face courtoisie de la page Facebook de FACE CLUB BAKU / video (cc) eurovision channel/ youtube