Aux Pays-Bas, on hésite entre la régularisation et le rapatriement des sans-papiers

Article publié le 17 novembre 2009
Article publié le 17 novembre 2009
En moins de 20 ans, le nombre d’immigrants a triplé au Pays-Bas. Deux jeunes journalistes se sont rendus dans la banlieue d’Amsterdam, à Zuidoost, pour raconter les histoires de sans-papiers. Du centre de détention de l’aéroport de Schiphol aux îles de Curacao aux Caraïbes.

A Zuidoost, un quartier du Sud-est d’Amsterdam, la population est essentiellement « allochtone », une expression hollandaise pour désigner ceux qui ont au moins un parent né hors des Pays-Bas. Un dimanche après-midi pluvieux, les rues y sont quasiment vides. Il n’y a pas de coffee-shop, pas de magasins amusants pour touristes comme dans le centre « fashion » de la ville situé à 20 minutes de là en métro. Ici, vous trouverez plus facilement des coiffeurs africains, de la cuisine des Caraïbes, et des petits magasins indiens. Selon le ministère néerlandais de l’immigration, près de 75 000 sans-papiers vivent aux Pays-Bas.

D’après les dernières statistiques datant de 2007, Amnesty International en mentionne pas moins de 150 000, ce qui ferait près de 10 % de la population migrante générale. « Je suis sûre qu’il y a des immigrants illégaux ici, mais je n’en connais aucun personnellement », ajoute Pavel, un étudiant de 20 ans, originaire de Russie installé ici depuis ses cinq ans. « Les immigrants qui vivent ici sont très discrets et ne disent jamais ce qu’ils font ou où ils vont », commente Humphrey, 55 ans. Ce retraité de l’armée est né sur l’île de Curacao, une des îles néerlandaises des Caraïbes où environ 70 000 immigrants vivent sur les cinq îles néerlandaises. Un programme de régularisation y a été annoncé le 5 novembre.

Un « pardon général »

Après plusieurs décennies de politique de laissez-faire, les Pays-Bas ont commencé à favoriser une politique d’immigration plus dure dans les années 1990. L’Aliens Act 2000, entré en vigueur en 2001, a introduit plusieurs dispositions pour les services de l'immigration, comme de réaliser des fouilles dans les maisons et d’élargir leur spectre de recherches en demandant leurs papiers aux passants. En décembre 2006, le nouveau gouvernement centriste néerlandais a accepté une amnistie pour les demandeurs d’asile dont la demande avait été rejetée et qui refusaient de quitter les Pays-Bas : un permis de résidence a été accordé à 26 000 d’entre eux. Malheureusement, plusieurs milliers de sans-papiers furent laissés hors de ce processus de « pardon généralisé ».

« Comme dans le reste de l'Europe, la tendance croissante est de montrer les sans-papiers comme des fauteurs de troubles »

Frank de Nederlander, un chroniqueur de l’ancien quotidien résistant de la seconde guerre mondiale Het Parool, a participé à la « Nacht van de vervanging », la « nuit du remplacement » célébrée en septembre 2009. Lors de cette manifestation, des Néerlandais célèbres ont été, pour une nuit, les hôtes de migrants. Il s’agissait là de dénoncer la fermeture d’abris où vivent de nombreux sans-papiers. De Nederlander a lui reçu Mohamed, originaire du Tchad. « Il souhaite repartir. Mais son père est un ennemi du régime. Le gouvernement ne lui permet pas de rentrer dans son pays. A présent, il doit quitter les Pays-Bas mais il ne le peut pas. » Selon ce citoyen néerlandais, des nombreux habitants commencent à se montrer réticents envers les sans-papiers, avec en tête l’idée que la question de l’immigration a été bêtement résolue par le « pardon général » : « Comme dans le reste de l'Europe, la tendance croissante est de montrer les sans-papiers comme des fauteurs de troubles. »

A l’aéroport de Schiphol

Les heures de visites au centre de détention de Schiphol sont autorisées de 10 h à 13 h. Il est déjà tard dans l’après-midi, mais un jeune homme portant une valise attend encore à la réception. « C’est pour mon frère, il a besoin d’habits », dit Luis, un visiteur de 21 ans qui est venu aux Pays-Bas avec sa famille depuis la République dominicaine. Son aîné va être renvoyé le lendemain, mais Luis est arrivé trop tard, il ne va pas le voir ni lui dire au revoir. Pour éviter de nouvelles régularisations massives, le gouvernement a accru ses efforts pour encourager les demandeurs d’asile à rentrer volontairement chez eux en leur donnant un billet d’avion et une petite somme d’argent. « Mais les gens qui ont fui feront tout pour rester », explique Moriska Cheret, attachée de presse du Conseil national des réfugiés néerlandais.

Pour la plupart des réfugiés, l’expérience se termine souvent dans un centre de détention. Environ 20 000 d’entre eux passent par l’un des cinq centres de détention néerlandais chaque année. Les lois néerlandaises stipulent que les immigrants ont commis une « offense administrative » pour laquelle la pénalité est le rapatriement. « Un migrant peut seulement être considéré comme un suspect criminel s’il entre dans un pays avec des faux papiers », explique Gerald Roethof, un avocat qui travaille à la cour basée au centre de détention de Schiphol. Aujourd’hui, des centaines de dealeurs de cocaïne sont détenus chaque année avec des immigrants. Entre-temps, le centre de l’aéroport de Schiphol est devenu tristement célèbre après qu'un feu de trois heures a tué onze détenus en octobre 2005. Les survivants ont affirmé que les gardes avaient été très lents à réagir. En août 2009, le Libyen de 27 ans, responsable de l’incendie à cause d’une cigarette mal éteinte, est passé devant la justice.

« Les Pays-Bas ont une politique étrangère stricte mais juste », cite le site du service de rapatriement et des départs, qui est organisé par le ministère de la justice. Mais pour Moriska Cheret, du Conseil national des refugiés néerlandais : « Le gouvernement poursuit une politique décourageante pour mettre les immigrants sous pression et les faire repartir. »