Au théâtre Baltazàr de Budapest, le handicap est une force

Article publié le 3 mars 2011
Article publié le 3 mars 2011
Aujourd'hui, en Hongrie, la vie n'est pas toujours rose pour les personnes à mobilité réduite ou atteintes d'un handicap mental. Trouver sa place dans la société n'est pas chose aisée. Cependant, unique en son genre, le Théâtre Baltazàr de Budapest permet à ces déshérités de trouver une voie nouvelle vers une plus grande intégration.

Dora Elek a 43 ans. C'est une pro. Rigoureuse, elle ne supporte aucun laisser-aller durant les répétitions. Le fait que la petite troupe qu'elle dirige ne soit pas constituée d'acteurs au sens conventionnel du terme ne représente pas pour elle un argument valable en faveur de la négligence. Dès que le rideau se lève, obtenir des treize personnes présentes sur scène le meilleur d'eux-mêmes constitue son seul souci. C'est pour cela qu'elle travaille chaque jour. C'est de cela qu'elle vit. Avec un handicap mental.

Dóra ElekDepuis sa fondation en février 1998, le Théâtre Baltazàr animé par des acteurs exclusivement atteints de déficience mental représente en Hongrie une expérience unique en son genre. L'ensemble par son travail innovateur ne cherche pas à montrer le handicap des participants comme un manque, mais au contraire à mettre au premier plan le potentiel artistique contenu en chacun d'eux. « Cela permet de prendre conscience que les handicapés peuvent vivre de leurs propres capacités. »

En 1992, le 3 décembre a été décrétée Journée internationale des handicapés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette date doit rappeler au monde les problèmes d'intégration sociale dont souffrent les femmes et les hommes atteints d'un handicap. Particulièrement en Hongrie où les obstacles sur le chemin de l'insertion restent nombreux. D'après les statistiques du ministère des Affaires sociales magyare, de telles entraves concernent environ 577.000 personnes. Or, seulement 10,5% d'entre-elles exercent une activité.

Jusqu'à une date récente, dans les petites communes et en province, il n'existait pour cette population aucune possibilité de formation, aucune chance d'apprendre un métier, pas d'école adaptée pour les enfants ni assez d'éducateurs spécialisés. C'est le verdict d'une étude rendue publique en 2003 par la fondation KézenfogvaMain dans la main ») qui lutte depuis 1993 pour l'amélioration des conditions de vie des handicapés. Le théâtre Baltazàr, qui a ouvert ses portes en 2005, est le seul établissement à se payer le luxe d'une formation artistique sans objectif thérapeutique. Le but ? Offrir aux intéressés les outils pour une meilleure intégration par l'intermédiaire d'une formation dramaturgique.

En retrait du domaine public, le fondement de son activité ne vise pas à présenter ses participants en fonction de leur handicap mais en tant qu'acteur. Mission accomplie.

Photos: ©Dusa Gábor/baltazarszinhaz.hu