Au quotidien, après l’entrée dans l’UE

Article publié le 9 novembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 9 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans les nouveaux pays membres de l’Union européenne, pour les étudiants, l’optimisme fait place au désenchantement. Le quotidien au sein de l’Union réserve en effet bien des mauvaises surprises.

Du fait de leur long passé commun, la République tchèque et la Slovaquie ont toujours entretenu des relations particulières. Pour rendre visite à des proches ou à des amis de l’autre côté de la frontière - que personne ne considère d’ailleurs comme telle- nul n’était besoin d’un passeport, la carte d’identité suffisait. Les étudiants de l’autre pays étaient considérés comme des concitoyens.

L’adhésion à l’Union européenne a radicalement changé le caractère de la « frontière verte ». Finie la générosité : on ne peut désormais franchir la frontière qu’aux passages prévus à cet effet.

La bénédiction du formulaire E111

Jusqu’au 1er mai 2004, un Tchèque pouvait recevoir des soins médicaux en Slovaquie en montrant sa carte de sécurité sociale tchèque - et inversement. La facture était directement prise en charge entre le médecin et la caisse maladie. Depuis le grand jour de l’adhésion, les consignes bureaucratiques de la « famille européenne » ont aussi fait leur entrée dans l’ex- Tchécoslovaquie : la carte d’assuré social ne suffit plus - avec Bruxelles arriva le formulaire E111. Selon les critères européens, l’éventualité d’un système de protection unifié à l’intérieur de l’Union est sûrement une bonne idée mais en République Tchèque et en Slovaquie, cela signifie un papier supplémentaire. Remplir le document prend inutilement du temps et il faut réitérer cette belle procédure tous les six mois.

Technocratie surréaliste

Le comble du comble reste la visite au service des étrangers. L’année dernière encore, pour un Slovaque, l’inscription auprès des services de police de Prague était réglé en deux heures dans un bureau facilement accessible près d’une station de métro. On remplissait un formulaire d’une page et l’on recevait une confirmation un mois après. Mais voilà que des directives surréalistes sorties du giron de l’Union européenne assurent des plaisirs insoupçonnés à tous les étrangers ayant l’intention de s’inscrire auprès de ces services. Tous les bureaux ont été déplacés dans la banlieue de Prague et les files d’attente sont si longues qu’elles sortent parfois du bâtiment. En lieu et place d’un formulaire à peu près compréhensible, on remplit désormais six pages de texte abscons.

Et même quand votre tour arrive enfin, pas de quoi se réjouir : la photo d’identité ne correspond pas aux normes (européennes). L’espoir naïf selon lequel on aura bientôt tout surmonté est rapidement anéanti : ce n’est que 60 jours plus tard qu’on aura le droit de revenir pour retirer la confirmation de son inscription ; après avoir de nouveau fait la queue, on se la verra peut-être délivrer. Mais que se passera-t-il si d’ici là, une nouvelle idée de génie traverse la tête d’un de ces bureaucrates fous de Bruxelles ?

Illusion de générosité

La communauté étudiante est elle-aussi sans nul doute extrêmement enthousiaste vis à vis de l’Europe unifiée. La baisse rapide du nombre de bourses dispensées encore il y a peu aux étudiants des pays postcommunistes ne les inquiète sûrement pas. On nous l’a tellement bien expliqué : le niveau de vie des pays de l’Union Européenne est très haut, c’est pourquoi les aides sociales de l’Union Européenne sont redirigées vers des étudiants du sud-est de l’Europe. Argument qui ne permet aucun débat. La politique conseille en effet depuis la nuit des temps de tendre la main à ceux dont on aura bientôt besoin. Ces étudiants là s’engageront donc avec l’optimisme, la culture occidentale et le bagage linguistique qui sied à tout bon européen, pour continuer à modifier de manière significative les frontières de l’Union Européenne.

Pour finir, encore un mot sur la réputation de générosité qui fut un des rayon de miel sucré qui attira les abeilles de l’ancien bloc de l’est. On s’est rapidement rendu compte que 80% des apiculteurs de l’Ouest fermaient leurs ruches à la nouvelle main d’œuvre venue de l’Est. La déception, en particulier celle des étudiants qui voulaient améliorer leur situation financière en travaillant l’été à l’Ouest, fut grande. Peut-on parler de trahison ? Il s’agit peut-être tout simplement de la réalité sans travestissement.