Au nom de la Rose

Article publié le 28 février 2011
Article publié le 28 février 2011
Par Maxence Peniguet Le 8 février dernier, Marie-Rose Morel, personnalité belge, s'est éteinte à la suite d'un cancer . Cette première phrase aurait pu commencer les articles des rubriques internationales des journaux étrangers, mais ça n'est pas comme cela que ça c'est passé. Car avant d'être belge, Marie-Rose Morel était flamande. Avant de mourir d'un cancer, elle était élue d'extrème droite.

Dans le Nord, Miss Flandre 1993 était une icône

C'est le 12 février qu'ont eu lieu les funérailles de Marie-Rose Morel, dans la cathédrale d'Anvers. Plus de 2 500 personnes sont venues assister à la cérémonie. Bart De Wever, leader du premier parti flamand et ancien ami de la défunte, était présent pour prononcer un discours de 11 minutes. On l'aura compris : dans le Nord de la Belgique, Miss Flandre 1993 était une icône. Son combat contre son cancer de l'utérus dans les journaux, sur internet, et dans un livre, l'a mené à devenir une véritable image publique ; une représentation courageuse d'une mère de famille se battant conte une grave maladie.

Dans le Sud, Miss Flandre 1993 était une extrémiste 

Mais les médias francophones ne l'ont pas entendu de cette manière. La RTBF a notamment diffusé un reportage qui a déclenché le début d'une polémique. Peut-on organiser des funérailles nationales à une ancienne extrémiste flamande ? Car politiquement, le CV de Marie-Rose Morel est plutôt bien rempli. À titre d'exemple, elle fut élue en 2004 au Parlement flamand sous la bannière du Vlaams Belang, parti indépendantiste et xénophobe, reconstruit sur les ruines du Vlaams Blok dissous la même année, la justice belge ayant jugé certaines associations proches du parti de racisme.

Sur les traces de Marie-Rose Morel

Deux semaines après la polémique, que reste t-il de tout ça ? Une Belgique toujours sans gouvernement(260 jours aujourd'hui), et toujours divisée entre son Nord et son Sud. Mais le pays existe bel et bien encore. Il suffit de se déplacer à Schoten, cette ville flamande en bordure d'Anvers dont Morel était une élue, pour s'en rendre compte. L'endroit est très calme, on y entend aussi des gens parler français, comme dans un pays bilingue (trilingue, puisque l'on oublie souvent les Germanophones). Alors bien sûr, il y a une antenne locale du Vlaams Belang. Un mal historique : Jean Quatremer dans Libération rappelle que la Flandre a fourni plus de Waffen SS à elle seule que l’ensemble des pays d'Europe de l'Ouest occupés.

À Anvers, berceau du VB, on marche dans les rues avec les yeux miroitants les blondes et les bâtiments historiques. La faculté d'histoire, jadis fréquentée par Morel, est toujours la même. Enfin, devant l'entrée de la la cathédrale, il y a un violoniste d'origine asiatique qui joue pour les passants. Une autre manière de dire qu'il n'y a pas que la musique qui soit universelle.