"Au Kosovo, les communautés s'éloignent de plus en plus"

Article publié le 11 juin 2012
Article publié le 11 juin 2012
Par Margaux Pastor Elbert Krasniqi est le coordinateur local de l'Association ALDA au Kosovo. L'Association des Agences de la Démocratie Locale est une ONG basée au Conseil de l'Europe à Strasbourg dédiée à la promotion de la bonne gouvernance et au développement de la participation des citoyens au niveau local.
ALDA est particulièrement concentrée sur les activités qui facilitent la coopération entre les autorités locales et la société civile. C'est dans le cadre d'un séminaire sur l'environnement à Peja Péc, que CaféBabel a saisi l'occasion de l'interroger sur la situation au Kosovo et sur son ressenti sur les questions de minorités et les relations avec l'Europe.

Quelles sont les difficultés principales entre les Kosovars et les minorités serbes depuis la fin de la guerre? Il y a t-il des difficultés d'intégration pour d'autres minorités et quelles sont-elles?

Le Kosovo est un pays de culture musulmane, c'est vrai. La plupart du temps, vous entendez qu'il n'y a que 2 ou 3 communautés, mais en réalité il y a au moins 10 communautés différentes qui ont chacune leurs caractéristiques. Les relations entre la communauté albanaise et la communauté serbe ont changé depuis 1999. Les partis albanais qui n'étaient pas au pouvoir, sont arrivés au gouvernement, et les serbes ne sont plus en position de faire partie du gouvernement, ils boycottent le nouveau système dans ce nouvel état. Les communautés s'éloignent de plus en plus.

Ont elles les mêmes droits?

Il est difficile de juger si elles ont les mêmes droits ou non de façon générale, la constitution est valable pour tout le monde, le droit des minorités est garanti par cette nouvelle constitution, même s'il n'est pas toujours respecté. D'un autre côté, toutes les communautés ne se réfèrent pas aux droits édictés dans la constitution.

Qu'est ce que vous pensez du rôle de l'U ç K?

Il est vrai que l' UçK est le héro, l'armée nationale d'Albanie qui a libéré le Kosovo. Pour les Albanais cela ne changera pas, comme vous pouvez le voir avec tous les monuments autour du pays.

Est ce que le gouvernement utilise la propagande pro-UçK pour repousser la communauté serbe ou essayent-ils de les intégrer?

Je ne peux pas parler pour le gouvernement mais je pense qu'ils essayent vraiment de faire participer les Serbes aux institutions et certains d'entre eux participent à celles-ci. Un quart des parlementaires sont serbes et deux ou trois ministres sont issus de cette communauté. Une partie des Serbes accepte et s'intègre dans cette nouvelle réalité kosovare, mais une autre partie n'accepte pas l'autorité de Pristina et suit un système parallèle.

Comment voyez-vous le Kosovo dans 10 ans? Quels sont vos espérances pour votre pays et vous même?

Dans 10 ans, le Kosovo aura une identité kosovar. Les citoyens seront kosovars et plus Kosovars albanais et Kosovars serbes. Je veux rester au Kosovo, j'ai choisi de rester, même si j'avais l'opportunité de partir et d'étudier davantage d'avantage. J'ai ma vie planifiée ici et je vais construire mon futur ici. Je suis d'une minorité égyptienne, je n'ai pas un rapport aussi émotionnel à mon identité que les Albanais ou les Serbes, c'est peut-être la raison pour laquelle il est plus facile pour moi d'accepter cette nouvelle identité du Kosovo. Mais pour l'instant, il existe un Kosovo mais pas réellement de Kosovars, ce qui est plutôt étrange.

Pensez vous que le Kosovo peut prétendre à rentrer dans l'Union Européenne?

Faire partie de l'Union Européenne n'est pas idéaliste. Et vous savez très bien ce qu'il risque de se passer si la Serbie rentre en premier.

Dans une approche européenne, il semble peu envisageable cependant, que vous entriez dans l'Union sans avoir réglé vos problèmes...

Même si l'on règle nos problèmes, nous ne rentrerons pas dans l'Union européenne, même dans 100 ans. La situation n'a pas réellement évolué en Macédoine ou en Serbie. Les problèmes politiques en Macédoine sont énormes. Si nous attendons de régler les différends, et que nous attendons encore pour rentrer dans l'Union, c'est sans fin. Même les membres actuels n'ont pas tous remplis les standards pour rentrer. Pourtant beaucoup d'Européens d'ex-Yougoslavie se sentent plus Européens que la Bulgarie et la Roumanie!

Si certains pays européens ne reconnaissent pas le Kosovo, c'est encore plus compliqué...

Oui en effet l'Espagne, Chypre, la Slovaquie, la Roumanie et la Grèce n'ont pas reconnu le Kosovo, et c'est un énorme obstacle pour nous car nous ne pouvons avoir de relations avec l'Union Européenne. Rien, n'est possible sans la reconnaissance de ces pays. C'est un problème que l'UE doit résoudre elle-même, pour nous rendre candidat officiel.

Maintenant l'Europe doit affronter une crise, l'Union européenne doit rester un espoir pour tous les nouveaux arrivants, mais pour certains Européens, ce n'est déjà plus un espoir...

Ici, c'est différent, l'adhésion est vue comme la solution à tous les problèmes du Kosovo, surtout les problèmes économiques auxquels nous faisons face. Les jeunes travailleraient 3 à 4 ans pour acheter leur visa. Si nous avions la libéralisation des visas, les jeunes pourraient acheter leur billet pour voir comment ça se passe là-bas...

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