Au Jardin paradisiaque des Délices

Article publié le 5 juin 2014
Article publié le 5 juin 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le temps d'une nuit, l'Hô­tel de Ville de Vienne devient la scène d'un spec­tacle plein d'ex­tra­va­gance et de gla­mour. Le mot d'ordre pour le Li­fe­ball : aucune tenue n'est trop osée. C'est un signe fort qui est envoyé pour la lutte contre le sida lors de la plus grande fête de cha­rité du monde. On y fête la vie avec en­train et créa­ti­vité.

Fleurs, ser­pents, pommes rouges, peau nue - la place de l'Hô­tel de Ville de Vienne se trans­forme le 31 mai en Jar­din d'Eden. Car le temps du Li­fe­ball (NDLT : Bal pour la vie) est arrivé à nouveau, sous le slo­gan de cette année : "Jar­din des dé­lices". Vienne est pour la vingt-deuxième fois le théatre de cet événement, la plus grande fête de cha­rité au monde pour la lutte contre le sida. À cette oc­ca­sion, la tra­di­tion des bals vien­nois est re­vi­si­tée avec beaucoup d'ex­tra­va­gance, de gla­mour et en grande pompe. Et il n'y a pas que les par­ti­ci­pants au bal qui cé­lèbrent les pé­chés pa­ra­di­siaques pour une bonne cause. Des mil­liers de Vien­noises et de Vien­nois se sont ras­sem­blés comme cha­quée année sur la place de l'Hô­tel de Ville pour as­sis­ter gra­tui­te­ment à la cérémo­nie d'ou­ver­ture.

"Je trouve ce spec­tacle vrai­ment im­po­sant. Cela me plaît. En plus de cela, le thème qui est traité est vrai­ment im­por­tant : la to­lé­rance, la lutte contre le sida. Si on peut le soutenir ainsi, d'une ma­nière amu­sante, c'est super !" dit Flo­rian, parmi le pu­blic sur la place de l'Hô­tel de Ville. De nom­breuses person­na­li­tés se joignent chaque année aux mil­liers de vi­si­teuses et vi­si­teurs du spec­tacle divertissant. Le Li­fe­ball est un re­père fixe de l'agenda de Bill Clin­ton, pour le­quel la Fon­da­tion William J. Clinton réunit chaque année une im­por­tante somme d'ar­gent. Cette année, Ricky Mar­tin, Court­ney Love, Mar­cia Cross, Kesha, Vi­vienne West­wood et plein d'autres ont éga­le­ment foulé le tapis rouge.

Lorsque le Li­fe­ball a eu lieu pour la pre­mière fois en 1993, le sida était en­core perçu par le pu­blic comme la ma­la­die in­gué­ris­sable qui tou­chait les ho­mo­sexuels, dont on ne par­lait pas. Il y avait peu de com­pré­hen­sion pour la ma­la­die. La si­tua­tion a entre-temps certes un peu changé. Mais l'ho­mo­pho­bie et l'in­com­pré­hen­sion sont en­core un grand pro­blème. "Le mot to­lé­rance a été ex­trê­me­ment rabâ­ché ces der­nières se­maines. Mais il ne s'agit pas du tout de to­lé­rance. Il s'agit d'ac­cep­ter que nous sommes tous dif­fé­rents. Chaque in­di­vidu est une pièce unique... Bien­ve­nue au Jar­din de la Di­ver­sité !" dit Gery Kesz­ler, fon­da­teur et or­ga­ni­sa­teur du Lifeball lors de son dis­cours d'ou­ver­ture.

Il y a eu déjà beau­coup de dis­cus­sions à ce sujet avant le bal, d'une part à cause du grand suc­cès rem­porté par Conchita Wurst au concours Eu­ro­vi­sion de la chanson et d'autre part à cause des af­fiches pu­bli­ci­taires re­pré­sen­tant le mo­dèle trans­genre Car­men Ca­rerra, ins­pi­rées du trip­tyque Le Jar­din des Dé­lices de Jé­rôme Bosch.

Les opi­nions sont par­ta­gées lors des dis­cus­sions sur ces af­fiches. "J'ai d'abord songé à ce qu'al­laient pen­ser les en­fants à pro­pos de cela. Et à com­ment leurs pa­rents leur ex­pli­que­raient", dit Ma­ri­nella, une vi­si­teuse de la place de l'Hô­tel de Ville. Elle n'est pas la seule à penser cela. Cet ar­gu­ment a été sou­vent avancé dans le débat au­tour de l'af­fiche. Simone, qui as­siste éga­le­ment à l'ou­ver­ture, est d'un autre avis : "On de­vrait beau­coup plus sou­vent bri­ser les images tra­di­tion­nelles des rôles. Nous sommes au vingt-et-unième siècle et on de­vrait accep­ter qu'il y a plein d'autres choses en de­hors de cette norme. Mais ce n'est mal­heu­reu­se­ment pas le cas."