Au-delà du genre Noir Nordique: Petit Guide du cinéma danois à l'attention des étrangers

Article publié le 3 mars 2016
Article publié le 3 mars 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Like with good vine, the biggest and most famous manufacturers usually produce the highest quantity of vine, but hardly never the highest quality. In the same manner, the glamorous and extravagant Hollywood film industry, recently praised and honored in the worldwide transmitted Academy Awards are not the only, or even the most outstanding, feature films in existence.  

Beaucoup de pays sont connus pour leurs approches caractéristiques et innovantes de l’art du cinéma. Malheureusement, le Danemark n’en fait pas partie. Selon l’industrie internationale du film, le Danemark n’a véritablement contribué au monde du cinéma que sur deux points : les séries noires nordiques et Nikolaj Coster-Waldau. Néanmoins, les longs-métrages danois ont beaucoup plus à offrir que la seule résolution de crimes perpétrés par des psychopathes. Etant donné la taille relativement petite du Danemark, le pays a des capacités limitées en ce qui concerne la distribution des rôles. Ainsi, certains penseront que ce sont continuellement les mêmes acteurs qui sont mis à contribution. A ce jour, le monde entier connait nos trois plus grands acteurs, à savoir Mikkelsen, Coster-Waldau et Lie Kaas.  Ils interprètent généralement des rôles d’étrangers aux tendances psychopathes ou bien des héros aux traits vikings, mais dans le cinéma danois, ils ne sont d’ordinaire ni l’un ni l’autre.

Les films présentés dans ce petit guide sont ceux que les Danois eux-mêmes affectionnent, peut-être parce qu’ils décrivent l’étrange réalité de la vie danoise de manière très cruelle en utilisant l’humour noir et une quantité troublante de recours politiquement incorrects. Un public maximal d’environ 6 millions de personnes pour la version 100% danoise d’un long-métrage laisse beaucoup de place à l’expérimentation sur des thèmes provoquants, voire embarrassants, dépeints de manière cruellement honnête.

De grønne slagtere (Les Bouchers verts)

REALISATEUR: ANDERS THOMAS JENSEN (2003)

Ce chef d’œuvre a été réalisé par Anders Thomas Jensen, avec Mikkelsen et Lie Kaas dans les rôles principaux. Malheureusement aucun viking n’apparait dans ce film, mais soyez prêts à hocher la tête d’étonnement et à serrer les doigts de pieds d’embarras alors que l’humour noir à la danoise vous embarque dans un voyage entre raison et folie. Le film se déroule dans une petite ville danoise bien typique où deux amis décident d’ouvrir leur propre boucherie. Obsédés par l’idée du succès et la reconnaissance, un événement malencontreux va s’avérer être exactement ce dont ils avaient besoin pour que leur affaire se développe. Une mauvaise décision en entraînant une autre, guidée par un déni justifié et qui transpire le remord, ce film décrit magnifiquement en quoi les choses ne sont jamais ce qu’elles paraissent être, et qu’une certaine dose de démence fait définitivement partie de la vie.

Drengene fra St. Petri (Les garçons de St. Petri)

REALISATEUR: SØREN KRAGH-JACOBSEN (1991)

Alors que la Seconde guerre mondiale fait des ravages au Danemark, sept jeunes amis résistent à l’occupation allemande en procédant à de petits actes de sabotage. Mais quand le groupe accueille un nouveau membre, les choses commencent à changer, et sans qu’ils s’en aperçoivent, leur initiative de travail amateur se transforme en un véritable groupe de résistance. Défiant une des plus grandes armées au monde, leur importance en tant que saboteurs dépasse les limites de leur imagination. Le film montre de belle manière à quel point les populations locales sont touchées par le conflit et la guerre, et comment ils se soulèvent et restent solidaires dans les moments difficiles.

Harry og kammertjeneren (Harry et le majordome)

REALISATEUR: BENT CHRISTENSEN (1961)

Voici une histoire qui fait chaud au cœur : Harry, un vieil homme pauvre, hérite soudain d’une considérable somme d’argent. Harry n’a jamais été très attaché aux choses matérielles, il décide donc de tout dépenser en faisant appel aux services d’un majordome, au grand étonnement de ses amis. Ayant l’habitude d’être au service de comtes et de barons, le majordome ne peut cacher sa surprise lorsqu’il est convoqué dans l’humble demeure d’Harry. Si cette histoire semble très banale, elle offre en réalité une perspective extraordinaire sur la dignité humaine et l’humilité. C’est aussi le seul film dans ce guide à avoir été effectivement nominé aux Oscar, dans la catégorie Meilleur film étranger, en 1961.

Charles Tante (La tante de Charles)

REALISATEUR: PAUL BANG (1959)

Le film est une adaptation danoise de la farce du dramaturge britannique Brandon Thomas, avec en tête d’affiche le comédien préféré de tous les temps au Danemark : Dirch Passer. Trois jeunes étudiants en droit, Charles, Peter et Ditlev se réjouissent d’aller passer l’été à la campagne dans un cadre enchanteur. Peter et Charles sont tous deux prêts à tout pour courtiser deux charmantes femmes, et l’arrivée annoncée de la tante de Charles qui vient du Brésil, Donna Lucia d’Alvadorez, leur fournit une excuse parfaite pour passer du temps avec les jeunes femmes, puisqu’ils seront dorénavant accompagnés d’un chaperon. Mais alors que la tante de Charles n’apparaît pas, les garçons supplient leur ami Ditlev de se déguiser et de prendre la place de la tante de Charles, un rôle que Ditlev incarne avec talent et passion, à la surprise de tous. Le film est un pot-pourri des meilleurs acteurs danois des années 1950 et vous fera rire des personnages aussi bien qu’il vous donnera envie de rire avec eux.

Mænd og Høns (Des hommes et des poules)

REALISATEUR: ANDERS THOMAS JENSEN (2015)

Voici sans doute le retournement de situation le plus cinglé jamais vu dans un film danois à ce jour. Si vous avez envie de vous promenez dans la version noire et dérangeante du Pays des merveilles, ce film est fait pour vous. Rassemblant les meilleurs acteurs du Danemark, ce film fait rire les Danois, même s’ils ne l’admettront sûrement jamais. Le film capture la beauté du raisonnable au sein de la folie, de l’extraordinaire au sein de l’ordinaire et vous amènera sans doute à reconsidérer le concept de « normalité ». Alors qu’ils découvrent qu’ils ont été adoptés, les deux frères Elias et Gabriel cherchent à découvrir leur vraie identité, ce qui les conduit sur une île danoise perdue qui ne compte que très peu d’habitants. Découvrant par ailleurs l’existence d’autres frères et sœurs habitant sur l’île, les deux frères sont faits complices d’un secret qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. Questionnant l’ordinaire, cette comédie noire dévoile de belle manière de nouvelles perspectives sur des thèmes existentiels tels que l’amour, la fraternité et l’identité.

Blinkende lygter (Lumières dansantes)

REALISATEUR: ANDERS THOMAS JENSEN (2000)

Un autre grand film d’Anders Thomas Jensen que vous ne pouvez absolument pas manquer. Alors que quatre amis d’enfance tentent d’échapper à la rage d’un chef de gang à qui ils viennent de voler 4 millions de couronnes, ils sont obligés d’aller se cacher à la campagne dans une vieille maison, pendant plusieurs semaines. Là-bas, piégés ensemble, ils sont  confrontés les uns aux autres et doivent surtout faire face à leurs propres problèmes et aux fantômes du passé. Déguisé en film d’action comique, dans lequel l’action est presque inexistante, cette belle histoire montre comment un passé troublé n’empêche pas de changer son futur en mieux. Avec ses dialogues remarquables et cruellement honnêtes, souvent ironiques, ce film est incontournable.

Fri os fra det onde (Délivre-nous du mal)

DIRECTOR: OLE BORNEDAL (2009)

Malgré un titre affreux en français, qui annonce selon toute vraisemblance un vrai mauvais film d’horreur, il s’agit d’un thriller danois qui vous fera vous demander pourquoi vous êtes venus au Danemark. De plus, vous ne vous approcherez plus jamais des recoins obscurs de la campagne danoise. La caricature grotesque de la vie d’une petite bourgade dans le Danemark moderne vous donnera sans doute la nausée, mais le film représente néanmoins une contribution remarquable et caractéristique au cinéma danois. Alors qu’il revient s’installer dans son village natal avec sa femme et ses enfants, Johannes est non seulement confronté à la violence de son frère ainé Lars, mais aussi au scepticisme lié à son retour et à son statut de «  nouveau venu dans la ville ».

Italiensk for begyndere (L’italien pour débutants)

REALISATEUR: LONE SCHERFIG (2000)

Ce film du Dogme95 [mouvement cinématographique lancé en 1995 par plusieurs réalisateurs danois] est unique en son genre étant donné qu’il s’agit d’une comédie. Avec ses caméras portées et sa lumière naturelle, associées à des dialogues enjoués, le film crée une image particulière qui donnera le sourire au public, tout en offrant une nouvelle vision sur la manière de tourner une comédie. Ayant désespérément besoin de changement, 6 célibataires originaires de la même banlieue, chacun devant faire face à ses propres dilemmes existentiels, s’inscrivent au même cours d’italien. Le cours ouvre à chacun une nouvelle perspective sur la vie. Alors que le professeur décède, ils entreprennent finalement un voyage dont ils avaient tous bien besoin vers ce mystérieux pays qu’est l’Italie.

De fem benspænd (Les cinq consignes)

REALISATEUR: JØRGEN LETH et LARS VON TRIER (2003)

Cet étrange film est le résultat d’une coopération entre deux des personnalités les plus célèbres du Danemark, à savoir Jørgen Leth et Lars von Trier. Le film s’inspire d’un film antérieur de Leth, Det perfekte menneske (L’homme parfait) et comprend de longues séquences expérimentales, réalisées par les deux cinéastes. Lars von Trier met Jørgen Leth au défi de faire des remake de son film L’homme parfait de 5 manières différentes, en respectant pour chacun d’eux une consigne différente imposée par Lars von Trier. En renouvelant l’art de la réalisation, ce film vous laissera quasi-certainement beaucoup d’images en tête ainsi que matière à réflexion. D’un point de vue cinématographique, ce film est unique en son genre, dans la mesure où il remet constamment en cause les normes régissant le domaine de la réalisation.

Solkongen (Le roi du soleil)

REALISATEUR: THOMAS VILLUM JENSEN (2005)

Dans cette comédie honnête et plaisante, Nilkolaj Lie Kaas s’éloigne autant que possible de son rôle de méchant mystérieux dans Anges et démons. Cette histoire d’amour légèrement décalée entre une veuve riche et seule et un jeune homme avec une légère déficience mentale est l’exemple remarquable d’un cinéma danois enjoué et sans prétention, n’ayant jamais peur du ridicule.

Sandheden om mænd (La vérité sur les hommes)

REALISATEUR: NIKOLAJ ARCEL (2010)

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’aurait été votre vie si vous aviez pris des décisions différentes, voire meilleures ? Alors qu’il emménage dans une jolie maison de banlieue, Mads découvre soudain une lettre qu’il avait écrite pour lui-même alors qu’il était adolescent. Il y décrivait ce que devait être sa vie future. Réalisant qu’il n’est pas devenu celui qu’il souhaitait être à l’âge de 17 ans, il quitte Marie, sa femme charmante et attentionnée dans le but d’avoir la vie qu’il mérite, selon lui. Il part retrouver la fille mystérieuse et magnifiquement perturbée dont il était amoureux au lycée, devenue dans son esprit toujours plus belle et intéressante au fil des années. Ce film est une histoire intéressante sur ce qu’aurait pu être la vie, dans quelle mesure les rêves d’adolescent restent à l’état de rêves, et comment le consumérisme engendre des individus gâtés et insatisfaits, incapables de profiter de la vie telle qu’elle s’offre à eux.

Kunsten at græde I kor (L’art de pleurer en choeur)

REALISATEUR: PETER SCHØNAU FOG (2006)

C’est l’histoire tragique d’Allan, un garçon de 11 ans qui essaie désespérément de maintenir sa famille unie, mais plus encore, d’empêcher son père de se suicider. Ce film a reçu de nombreux prix nordiques, et il est en outre à noter qu’il est toujours projeté avec des sous-titres en danois. En effet, il a été tourné dans le Sønderjylland, une région connue pour son fort accent campagnard, ce qui donne au film encore plus d’authenticité.

                                                                                          Publié précédemment dans le Jutland Station