Au-Delà des Murs: un pont de l'art à Naples

Article publié le 11 juillet 2014
Article publié le 11 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Toujours bondée, la station de métro de Chiaiano/Marianella fait office de point névralgique, de lien entre le centre et la banlieue nord de la ville de Naples. C’est ici que les artistes et les associations ont uni leurs forces, donnant de la couleur au ciment, transformant la dégradation en beauté et les murs en piliers d’humanité.

Il y a un mois, lorsque vous sortiez du métro de Chiaiano, vous faisiez invariablement face à la dégradation et à l’abandon typique des banlieues. La grisaille et la fragmentation de l’espace amplifiaient la sensation de gêne et de danger pour tous ceux qui transitent ici chaque jour. Présent sur les murs de la station, le logo rouge de l’association Let’ Think Living An Idea annonçait le changement à venir. Quelques jours après, les premiers coups de pinceaux coloraient le ciment gris, inaugurant le début des travaux qui ont transformé le pont du métro de Chiaiano en Un Pont Au-Delà des Murs.

« Un jour où nous passions en voiture sous le pont du métro de Chiaiano, en levant les yeux j’ai réalisé que ce lieu pouvait générer de l’anxiété et de l’angoisse », explique Gianluca Di Mato, président de Let’s Think.

Au cœur de l’association, active depuis quelques années sur le territoire napolitain, se trouve un groupe de volontaires guidé par la nécessité d’intervenir dans les « non lieux » de la ville avec des projets et des ateliers portant sur des sujets comme « la loi, l’art, l’éducation et l’intégration sociale dans le respect de l’Homme et de l’environnement ». « Au-Delà des Murs » cherche surtout à conjuguer la participation de différentes strates de la société, des jeunes à risque aux personnes handicapées, en utilisant l’art comme moyen d’exprimer ce que les paroles ne peuvent énoncer. Tout ceci prend forme sous le pont de Chiaiano, où la semaine dernière j’ai vu les murs colorés par l’effort et l’enthousiasme des personnes impliquées. La contribution d’artistes non seulement locaux mais aussi européens, a été cruciale et a pu être constatée sur tous les murs. Lelia Andreoli, Marco Matta, Raro, Omar Mohammed, Snervantes, Valerio Tuccillo, Teso et Gola sont ceux qui ont apposé leur marque bénévolement et de façon originale, tout en suivant le thème « de la banlieue vers le centre » et en utilisant les images d’un passé préindustriel. Les piliers du métro ont presque été transformés en arbres et le ciment a été soudainement peuplé de représentations de vaches, de motifs floraux mais aussi de systèmes d’engrenages mécaniques complexes.  

Le but de ce projet était « d’intégrer diverses réalités artistiques, ce que nous avons réussi à faire malgré les difficultés techniques que nous avons rencontrées », explique Raro. « Conjuguer le peu de moyens à disposition avec le temps restreint accordé était difficile. Nous avons travaillé de nuit pendant 15 jours, une course contre la montre nécessaire, sans laquelle tout ceci n’aurait pas pu être réalisé ». En effet, comme le souligne Di Maro « les artistes ont contribué gratuitement et volontairement. Nous n’avions pas de contrat formel, ainsi nous ne bénéficions pas de fonds publics. Nous avions seulement l’autorisation de la Commune de Naples et du Métro de Naples, lesquels nous ont fourni les moyens minimums indispensables pour réaliser cette œuvre. Le peu d’argent dont nous disposions a été obtenu grâce à des sponsors qui ont investi directement dans l’achat de peintures. »

Mais la diversité représentée sous le pont de Chiaiano va au-delà du pastiche artistique. « Nous nous enrichissons de nos différences mutuelles » est le message écrit par les jeunes handicapés de l’Association AugurAbile sur le mur situé en face de l’entrée du métro. « Travailler avec les peintures et les couleurs suscite toujours un grand enthousiasme chez les jeunes. L’art est immédiat, il permet de surmonter l’obstacle de la parole », explique Valentina Maisto, président d’AugurAbile. Ce n’est pas un hasard si « Un Pont Au-Delà des Murs » a également décidé d’allouer 50 mètres carrés pour les activités artistiques des enfants à risque, ainsi qu’à la réinsertion des autres jeunes « assignés à résidence» et suivis par l’Association Set Me Free (à Giugliano in Campania) et l’association Let’s Think.

« Abandon, différence, indifférence, refus et doute ». Voici quelques obstacles surmontés par « Un Pont Au-Delà des Murs » et, à un peu plus d’un mois de l’inauguration du projet, les changements commencent à être tangibles. Raro n’est pas inquiet. « Je pense que, malgré les difficultés techniques, nous avons réussi à toucher des gens qui, jusqu’à hier, étaient enfermés dans leur routine, en leur montrant combien de choses positives pouvaient être réalisées dans notre pays. Grâce à nous, ils ont mis un nouvel éclairage et ont réparé la route. Dorénavant, c’est aux citoyens de s’occuper de cet espace ». Valentina Maisto s’est également montrée satisfaite des réactions obtenues. « Les passants, curieux, s’arrêtaient pour nous observer pendant que nous travaillions, et, plus d’une fois, ils nous ont proposé un coup de main ».

Les difficultés techniques rencontrées par les artistes, ainsi que l’absence de réponse après la collecte de fonds pour le projet illustrent comment les institutions et la population sont peu préparées au changement. C’est précisément pour cette raison que le pont de Chiaiano représente un exemple précieux de réhabilitation du territoire, et démontre comment les réalités les plus fragiles et les plus marginales peuvent constituer les ressources premières d’une ville. Le pont « des banlieues vers le centre » est ouvert, à nous désormais de le traverser.