Attentats en Allemagne : vague mortelle

Article publié le 27 juillet 2016
Article publié le 27 juillet 2016

L’Allemagne vient d'être frappée par un attentat terroriste. Pourtant, je ne réalise pas vraiment.

J’aurais dû ressentir autre chose. C’est ce que je pensais jusqu'ici. J’aurais dû ressentir ce que j’ai ressenti au moment de Charlie Hebdo, des attentats à Paris en novembre dernier, à Istanbul, à Bruxelles, à Nice… Mais non. Je me sens juste… vidée.

L’Allemagne vient de connaître, selon toute vraisemblance, un attentat islamiste. Un jeune homme s’est fait exploser dans un Festival à Ansbach, dans le sud du pays. Cela se produit juste après Wurtzbourg, après Munich et Reutlingen. L’Allemagne vient de connaître un attentat terroriste, et je ne réalise toujours pas. 

Wurtzbourg, Munich, Reutlingen, Ansbach

Trop de choses se sont passées en trop peu de temps. Trop de gens ont perdu la vie, ont été sévèrement blessés ces derniers jours. En tant que journaliste, je suis habituée à traiter ce genre de nouvelles et à garder le recul nécessaire. Mais là, c’est trop. Me voilà dépassée : Ansbach, c’était l’attaque à la hache ? L’agresseur du train, il avait une machette ? Ou c’était celui de Munich ? Les noms des lieux, des hommes, tournent et s’embrouillent dans ma tête. Je n’arrive plus à y mettre de l’ordre. 

Je savais, bien sûr, que cela pouvait arriver. N’importe où. J’habite à Berlin, la capitale allemande. Ma famille s'inquiète : « Et si Berlin était visée ? ». Mais en vérité, la prochaine cible pourrait tout aussi bien être la Ruhr, là d’où je viens. La région abrite des millions de gens. Et si Berlin n’est pas la prochaine cible, si la Ruhr ne l’est pas non plus, alors ce sera peut-être Cologne, Hambourg. Ou même Wurtzbourg, Munich, Reutlingen, Ansbach.

Ne pas confondre crise de folie meurtrière et attaque terroriste

Cette façon qu’a François Hollande, le président français, de conclure si rapidement à un « acte terroriste », me gêne profondément. Je suis reconnaissante aux autorités et au gouvernement allemands de traiter ce sujet avec bien plus de précaution. Ils communiquent les faits avec prudence, prenant garde de ne tirer aucune conclusion hâtive. Je suis reconnaissante envers les médias allemands qui, pour la plupart, tiennent à faire la distinction entre une « attaque terroriste » et une « crise de folie meurtrière ». L’Allemagne a toujours eu un peu de mal avec le sujet quand elle est directement concernée, et pour le moment je trouve que c’est tant mieux.

J’ai toujours cru que quand l’Allemagne serait touchée, je resterai rivée à l’écran de mon ordinateur, télévision allumée, que je m’abrutirai d’articles, les dévorant un par un, choquée, électrisée. Comme pour Paris, comme pour Bruxelles. Mais non. Je m’oblige à ne lire la presse qu’une fois par jour, j’évite Twitter, et la télévision reste éteinte. Résignation ? Autoprotection ?

Simplement vidée

J’ai fondu en larmes quand j’ai appris ce qui s’était passé à Nice. Et j’ai pleuré à nouveau quand j’ai vu cet homme à la télévision, dans un reportage sur l'attentat qui a frappé Bagdad début juillet. Il n’avait pas seulement perdu son fils, mais plusieurs de ses neveux également. Il était désespéré, pleurait sur lui-même en silence. 

Je n’ai pas pleuré quand l’Allemagne a été touchée. Comme si je n’avais plus de larmes à verser. Comme si j’étais vidée. Comme si tout cela ne me concernait pas, ne concernait pas mon pays. Pourtant demeure ce sentiment : je suffoque. Comme si l’on m’obligeait à respirer la tête plongée dans l’eau. Je sens mon crâne sur le point d’éclater, mes yeux me brûlent.

Et cette sensation ne me quitte pas : j'aurais dû ressentir autre chose.