Attentats à Istanbul : la jeunesse damnée

Article publié le 3 janvier 2017
Article publié le 3 janvier 2017

Un attentat survenu à Istanbul dans la nuit du Nouvel An a fait au moins 39 morts et 65 blessés. Un individu armé s'était introduit dans le club Reina avant d'ouvrir le feu sur des clients. L'attaque a été revendiquée par Daech. Les journalistes se penchent sur les raisons de la recrudescence des attentats en Turquie.

Turquie - Cumhuriyet : « J'entends déjà les laïus »...

La campagne lancée par le gouvernement turc contre le style de vie libéral a pavé la voie du terrorisme, vitupère Tayfun Atay dans le quotidien critique Cumhuriyet : « Au moment même où je prends la plume pour rédiger ce texte, j’entends déjà les laïus des commentateurs de télévision qui s’empresseront d’établir un lien entre le massacre du club Reina et le "facteur syrien", le '"eu des forces étrangères", le "terrorisme international", la "conjuration impérialiste" et des notions de ce même registre. (…) On souhaite le salut à ceux qui ont trépassé et une prompte guérison aux blessés. C’est comme si pour ceux qui voulaient saluer la nouvelle année dans la gaieté, la joie et la réjouissance, le chaudron ne bouillait pas déjà à gros bouillon depuis des jours ! Comme si le Nouvel An, associé à Noël, n'avait pas été déclaré un péché, une chose interdite et impure, une malédiction voire même chose illégitime par les voix les plus officielles ! (…) Le terrain pourrait-il être plus propice au terrorisme djihadiste salafiste ? »

Autriche - Der Standard : Erdogan, sultan fatal

La politique répressive du président Erdoğan a une part de responsabilité dans l’insécurité croissante qui règne dans son pays, croit Der Standard : « La Turquie se trouve en état d’urgence depuis déjà cinq mois maintenant et l’appareil de sécurité est en alerte permanente. Et pourtant, la liste des actes de terrorisme n’en finit pas de s’allonger. La police et les services secrets ont beau avoir réussi à déjouer beaucoup d'attaques, la Turquie n’en reste pas moins instable et elle ne connaît pas la sécurité. C’est pourtant ce que la domination d’un homme "fort" à la tête de la Turquie devrait garantir. Des décisions rapides, un peuple uni, la force et l'estime de soi. Or depuis que Tayyip Erdoğan a accédé à la présidence en 2014, la situation ne cesse de se dégrader. La guerre en Syrie et en Irak explique beaucoup de choses, mais pas tout. La stratégie d’Erdoğan, qui consiste à concentrer sur sa personne de plus en plus de pouvoirs et à diviser la société à cette fin s’avère à présent fatale pour les citoyens. »

Royaume-Uni - The Times : le phare ouest

Après l'attentat survenu dans un club lors du réveillon du Nouvel An, la Turquie a besoin de toute l’aide que l’Ouest puisse lui apporter, fait valoir The Times : « Pour apporter un premier signe de soutien, l’Occident devrait partager pleinement avec la Turquie les informations de ses services secrets portant sur Daech et d’autres groupes terroristes islamistes exclus du cessez-le-feu [en Syrie]. L’Occident a raison de prévenir Erdoğan que la répression indifférenciée des opposants à son régime pourrait s’avérer contreproductive et que s’attirer les hostilités de la classe moyenne libérale de la société ne renforcera pas la sécurité. Mais il devrait bien peser ses mots quand il s’adresse à un président dont la susceptibilité frise parfois la paranoïa. La Turquie est un allié indispensable et en cette heure tragique, elle a besoin de toute notre solidarité et de notre aide. »

Italie - Corriere della Sera : les jeunes doivent continuer de vivre

Le terrorisme ne doit pas réussir à détruire notre mode de vie, met en garde Corriere della Sera : « Dans une continuité tragique avec l'an dernier, on constate la volonté manifeste d’attaquer et de faire taire tout ce que les terroristes associent à notre "vivre ensemble". Les divertissements, les réjouissances, les fêtes religieuses et profanes, les rites de Noël et du Nouvel An, la liberté de mouvement, les rituels du quotidien, surtout ceux qui touchent à l'univers des jeunes : se retrouver, danser, écouter de la musique. Le "vivre ensemble" devient tout simplement la cible mouvante facile à atteindre, plus facile que les cibles dites sensibles ou institutionnelles. (...) Face à un ennemi si perfide, la légitime défense de l’humanité qui incombe à la communauté internationale doit être possible et unanime. Nous devons défendre notre quotidien avec le même état d’esprit que celui affiché par les Londoniens sous les bombes de Hitler : continuer de vivre. »

___

Cet article est publié en partenariat avec euro|topics