Atlantisme : la zizanie qui divise la droite

Article publié le 29 novembre 2004
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Article publié le 29 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

On a l’habitude de dire que, en politique étrangère, la droite est réaliste et se base sur des idées claires. Ce sera de moins en moins vrai à l’avenir. Surtout après la confirmation de Bush.

En Italie on a coutume dire qu’en politique étrangère, la droite a les idées beaucoup plus claires de la gauche. Les élections américaines l'auraient démontré : Bush aurait gagné parce qu'il avait des positions plus nettes, surtout sur la guerre contre le terrorisme, leitmotiv de l'actuelle politique étrangère américaine. Kerry, par contre, qui voulait engranger les votes des opposants à la guerre en Irak sans toutefois apparaître trop « soft », se serait montré peu rassurant avec une ligne plus floue. Mais au-delà de l'exemple américain, est-il vrai que la droite européenne a les idées si claires ?

Elles l’étaient sûrement jusqu'en 2001, année de l'intervention en Afghanistan lorsque, au moins pour l’électorat et l’opinion publique, on pouvait affirmer que la gauche était contre la guerre et tendanciellement contre les Etats-Unis et la droite toujours avec eux.

Ils sont plus européen ! - Non, tu non !

Le refus franco-allemand de participer à l'aventure irakienne a ensuite introduit un élément extrêmement déstabilisant dans ce jeu : l'Europe. Paris et Berlin ont intelligemment profité de la crise irakienne pour se faire valoir comme plus « européens », et ont cueilli la balle au bond en jetant les bases, avec la Belgique et le Luxembourg, d’une collaboration européenne plus intense en matière de politique étrangère et de sécurité. Avec leur « non à la guerre », ils sont devenus les idoles de l'Europe pacifiste et la gestion catastrophique de l’après-guerre n’a fait que renforcer leurs positions.

Dans les années 90, dans les allées du pouvoir des pays européens, on ne pouvait que se montrer amis des Etats Unis, désormais seule super-puissance encore debout ; aujourd'hui il est de mauvais ton de se présenter comme anti-européen. Même pour les droites du continent. Dans futur il ne sera pas plus aussi facile pour la droite de dire « Nous sommes avec les Etats-Unis », parce qu'outre la position de leur pays, les leaders nationaux devront aussi tenir compte de la position européenne. Avoir le pied à deux étriers, (atlantique et européen) deviendra probablement de plus en plus difficile pour la droite : elle risquerait de céder les droits d'auteur de l’européisme à la gauche façon Schröder et Cie.

L’impopularité de Bush : le casse-tête des atlantistes

Si une bonne partie des États qui ont signé à Rome la Constitution européenne partagent l'exigence d'arriver graduellement à des formes de coopération plus étroites en matière de politique étrangère entre les différents pays de l'Union, cela ne pourra pas ne pas avoir de conséquences sur les rapports entre les gouvernements de droite. Washington n’a jamais vu d’un bon œil l’émergence d’une Europe forte, et cherche au contraire à la diviser, selon la célèbre formule « diviser pour mieux régner ». Berlusconi lui-même, à l’heure actuelle l’un plus fidèles d'alliés des Etats-Unis, a fait preuve d’un grand enthousiasme pro-européen à Rome et mène une campagne en faveur d’un siège pour l’Union au sein du Conseil de sécurité de l’ONUU. Il n'est pas à exclure que l’ami italien, une fois sa mission accomplie en Irak, se voit éconduit de la Maison Blanche sans trop de remerciements.

Ainsi, il semble que pour la droite se profile le même problème que pour la gauche en matière de politique étrangère : les modalités de la relation avec les Etats Unis. Si dans le futur, l’UE dispose d’une politique étrangère commune, la droite comme la gauche devront sacrifier quelques unes de leurs valeurs. La réélection de Bush pourrait accélérer ce processus : son impopularité en terre européenne rend difficile pour qui que ce soit d’afficher son amitié avec lui.

Mais, à se ranger avec les USA, se vainc-il ?

Mais la politique étrangère, habituellement un point fort de la droite, contribue-t-elle (encore) à son succès ? Si en Italie beaucoup tremblent à l'idée qu'une gauche confuse puisse guider la politique étrangère du Pays, que dire de l'Espagne ? Si les conservateurs du Parti Populaire réfléchiront à deux fois avant de se lancer dans une direction à laquelle 80 % de la population est opposée, comme ce fut le cas pour la guerre en Irak, les Tories britanniques en feraient probablement de même s’ils devaient revenir au pouvoir à Londres, la position de l'opinion publique anglaise sur les mensonges de la campagne irakienne étant du reste connue. En Allemagne, des sources diplomatiques ont révélé que pendant la campagne électorale de 2002, alors que la victoire des conservateurs de la CDU semblait probable, le candidat-chancelier Stoiber s’est rendu à Paris pour étudier l’éventualité d’une intensification des relations avec la France ; comme on le sait, ce sont les sociaux-démocrates du SPD de Schröder qui l’ont emporté, et ont relancé une politique s’appuyant sur la France dans l’opposition aux Etats-Unis.

Du reste, il ne faut pas oublier que le cas allemand est parmi les plus symptomatiques de la confusion dont pourraient pâtir à l’avenir les droites européennes : si le leader des conservateurs, Angela Merkel, s’est montrée inconditionnellement philo-américaine pendant la crise irakienne, dans les rangs de la CDU, les critiques des Etats-Unis ne manquent pas. Un