Asymétrie

Article publié le 27 février 2002
Publié par la communauté
Article publié le 27 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le déséquilibre des relations culturelles tchéco-slovaques

Selon le calendrier tchèque, cela devrait être la fête le premier janvier. Au début de lannée 1993, la République Tchèque a été créée, ou bien « rétablie » si on utilise le terme du calendrier, après que la Tchécoslovaquie ait été divisée en deux partie. Mais presque personne ne célèbre cet anniversaire en République Tchèque. Néanmoins avec cet anniversaire, on peut se poser la question de létat des relations tchéco-slovaques, au niveau culturel et politique.

Ce nest dailleurs pas surprenant que les Tchèques ne célèbrent pas cette date. Ils se montrent assez hésitants en ce qui concerne la plupart des fêtes. Ce ne sont dans la plupart des cas que des jours de congé pour eux. Il importe peu de savoir quel est lexact contenu dun jour férié et national. En plus, après la fête du nouvel an, les Tchèques se sentent trop épuisés pour pouvoir penser à une autre fête. On pourrait alors penser quil était mal réfléchi de la part des hommes politiques tchèques et slovaques davoir choisi le premier janvier comme date de la séparation. On voit cependant que le choix du 1er janvier était plutôt un choix raisonnable. Même si la division sest faite assez vite après 1989, le choix de telle date « rondie » montre que les politiques qui souhaitaient la séparation pouvaient patienter encore quelques jour et se montrer raisonnables.

Les relations tchéco-slovaques ont été marquées depuis le création de la Tchécoslovaquie par une asymétrie a évolué et changé dans le temps mais qui persiste encore aujourdhui. Premièrement, cétait une sorte de relation entre une « grande » et « petite » nation. Les Tchèques jouissaient dun rôle politique et culturel dominant et la décentralisation de létat ne se déroulait quà petits pas. À lépoque, il y avait des Tchèques qui voulaient même nier lexistence de la nation et de la langue slovaque. Deuxièmement, le développement économique était différent en Tchéquie et en Slovaquie et ne sharmonisait que lentement. En conséquence il y a une tradition chez les Slovaques de chercher un emploi dans les zones frontalières mais aussi à Prague et ailleurs en République Tchèque.

Même les enfants sont habitués à lire en tchèque

Le nombre de Slovaques qui travaillent ou vivent en Tchéquie est assez significatif, tandis que les Tchèques ne sont pas nombreux en Slovaquie. Les Slovaques sont à la première place dans les statistiques des travailleurs étrangers en Tchéquie. Une des causes principales de leur présence marquante aujourdhui est le taux de chômage plus élevé en Slovaquie. La même asymétrie se trouvent chez les étudiants. Depuis deux ans, des accords tchéco-slovaques ont facilité laccès aux études universitaires mais ce sont surtout les étudiants slovaques qui entreprennent leurs études en Tchéquie.

Mais même les Slovaques qui ne se déplacent pas à lautre bout de lex-Tchécoslovaquie sont confrontés à la culture tchèque. On constate une orientation stable et continuelle vers la culture tchèque. En Slovaquie, on regarde souvent des chaînes de télévision, on lit des livres, des journaux ... tchèques. Quand on entre dans une librairie à Bratislava, on peut acheter presque tous les livres qui sont publiés en Tchéquie. Même les enfants sont habitués à lire en tchèque, ce quillustre bien la traduction des « Harry Potter », comme lécrivait lhebdomadaire Respekt en octobre dernier : si les traductions de ces livres en slovaque font leur apparition après les traductions tchèques, elles auront de la peine à être vendues. Les maisons déditions slovaques ont tiré les leçons de pareils échecs et savent quil faut se précipiter pour établir les traductions.

Les Tchèques sont plutôt ignorants de la culture slovaque. On nadmire que quelques acteurs ou musiciens qui sont des célébrités. On ne lit que rarement dans cette langue. Par manque de pratique, il nest pas étonnant quen 2001 un tiers des jeunes aient exprimé leurs difficultés à comprendre le slovaque. On ne peut quenvier les Slovaques qui sinspirent dune telle façon dune autre culture, et voient ainsi leurs sources culturelles élargies.

Même sil y a aussi des Tchèques qui sintéressent à la culture slovaque et veulent préserver et nouer des liens ente les cultures, ils ne sont quune minorité. Aujourdhui, ce sont les Slovaques qui sont le plus proche de lesprit du « tchécoslovaquisme ». Cela peut paraître paradoxal que se soient finalement les Slovaques qui, autrefois accusés de nationalisme et de la destruction de la république commune, gardent des liens culturels et sociaux assez profonds avec la Tchéquie. Jadis les Tchèques se croyaient plus civilisés et éduqués. Est-ce que en réalité ce serait le contraire aujourdhui? Il faut espérer quil y ait une colonisation culturelle par les Slovaques. Les horizons culturels des Tchèques pourraient ainsi sélargir...