Art, musique et beauté : l'Australie entre les lignes

Article publié le 6 février 2013
Article publié le 6 février 2013
Planche de surf, didgeridoo et kangourou : l'idée que se font les Européens de l'Australie se réduit souvent à quelques clichés touristiques. Difficile de penser que l'Australie ait plus à offrir que ses merveilles naturelles, sa faune et sa flore surprenantes. A tort, comme nous allons le découvrir sur la côte Est. Un plaidoyer contre l'eurocentrisme culturel.

L'Européen qui a grandi dans l'ombre des cathédrales, bercé par de la musique classique et rassasié de cuisine française, devenue en 2010 patrimoine culturel de l'humanité, n'a pas toujours conscience de l'exception culturelle européenne. Ce n'est qu'après un séjour assez long dans un pays d'Occident assez jeune comme les États-Unis ou l'Australie que son propre eurocentrisme culturel devient sensible. Ces deux pays, âgés de quelques centaines d'années seulement, ne disposent ni de somptueux bâtiments de pierre, ni de peintures à l'huile du XVIIe siècle, ni d'une tradition littéraire et philosophique raffinée.

De Vinci, sonates et foie gras versus soleil, surf et saucisses

L'Australie nous le fait particulièrement comprendre. Colonisée seulement en 1770 par les Anglais suite au débarquement du Capitaine Cook sur la côte Est, l'Australie est culturellement plutôt orientée sur le mainstream américain. Certes, les Australiens vivent sur une mine d'or culturelle, grâce à la tradition millénaire des Aborigènes, mais l'hybris européen, cet orgueil démesuré, de mauvaises décisions historiques et des excès de violence inimaginables ont eu raison de ce « temps du rêve » mythique, transformant ainsi au XXIe siècle la mine d'or en terrain miné.

Laissons un instant de côté notre point de vue eurocentriste et intéressons-nous à la scène culturelle implantée à Melbourne et Sidney, qui en vaut vraiment la peine. Depuis le succès international du groupe de rock psychédélique de Perth, Tame Impala, c'est surtout la scène musicale de Melbourne qui s'est fait une place dans le paysage européen. « L'Australie possède la sixième plus grande industrie musicale au monde et représente 3% du marché musical mondial. », souligne Sunni.

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La musique australienne n'est pas vraiment connue pour un son particulier qu'elle apporte, mais je sais, par mes propres voyages, que l'Europe passe encore à côté de quelques perles musicales australiennes. » Sunni Hart, qui travaille comme stagiaire pour le label musical Chapter Music, fondé en 1992 et comme Dj dans plusieurs clubs de Melbourne, s'enthousiasme : « En ce moment, l'Australie est comme électrisée par des groupes incroyablement bons : Bushwalking, Twerps, Dick Diver, Galaxy Folk, The Stevens. » Des noms encore inconnus des clubbeurs de Berlin, Londres et Barcelone. « Contrairement à l'Europe et à l'Amérique, ici, nous sommes très isolés et ne sommes pas influencés de la même manière par la mondialisation. C'est pour cela que nous avons dû inventer notre propre son. »

Autour d'un café latte, on discute du nouvel album des Twerps ou du sushi à l'avocat du meilleur restaurant japonais de la ville.

Les Wurundjeri, la palette de couleurs australiennes et l'incontournable hipster

« Les matériaux que j'utilise, mes palettes de couleurs et mes méthodes de construction sont marqués par mon identité d'artiste australien. »Même quand on voit un tableau pointilliste des Wurundjeri, une tribu aborigène vivant dans la province de Victoria, datant du « temps du rêve », on pense automatiquement à l'Australie. Et on oublie souvent qu'il y a là-bas également une scène artistique s'inspirant des tendances européennes. « L'art des Aborigènes est notre bien culturel le plus important pour l'export. Il est donc compréhensible que le reste du monde assimile l'art australien avec les peintures du "temps du rêve" », affirme Heath Newman, qui travaille comme artiste indépendant à Melbourne et New York. Ses peintures, des motifs géométriques dans des combinaisons de couleurs très travaillées, sont fondamentalement inspirées par son pays : « Utiliser des bois locaux, des couleurs australiennes ou simplement regarder par la fenêtre, tout cela contribue à cette  "identité" complètement australienne. » A côté de quelques artistes impressionnants du XXe siècle tels que Sidney Nolan et John Brack, les artistes modernes ne sont pas en reste : « John Nixon, Freddie Timms et Debra Dawes, trois artistes toujours en vie, sont à mon avis d'importants porte-flambeaux de l'art australien. »

Dolce vita à Melbourne

Bien que l'Australie soit aux antipodes géographiques de l'Europe, les bobos se retrouvent aussi à Melbourne. Portant jeans moulants, jupes plissées démodées et T-shirts délavés à l'effigie de groupes de musique, ils peuplent les cafés des quartiers branchés de Fitzroy et Collingwood où ils boivent leur petit lait sous forme de latte macchiato.

Collecting Melbourne

Alexandre Schoelcher, qui vient en fait de Londres mais a fait de Melbourne sa ville d'adoption depuis trois ans, photographie depuis un an ces icônes de la mode pour son blog Collecting Melbourne. Ses modèles ne sont pas nécessairement bobos ou hipsters, mais la plupart du temps, leurs coupes de cheveux asymétriques et leurs bottillons de cuir R.M.Williams, qui passent pour être cultes en Australie, donnent les meilleures photos : « La plupart des gens qualifient mon travail de street fashion ou mode de la rue. Pour moi, il s'agit plutôt de célébrer la diversité, l'amabilité et la créativité des habitants de Melbourne. Cette ville a été le point de départ idéal pour moi parce qu'ici les gens sont tellement sympathiques et détendus. Si j'avais commencé mon projet photo à Londres ou Paris, j'aurais sans doute rencontré beaucoup plus de difficultés. »

Le patrimoine de la mode et les traditions philosophiques teintées de mélancolie qui prévalent en Europe peuvent en effet très vite devenir écrasants. Europe et Australie gagnent toutes deux à ce qu'on élargisse son horizon et saisisse à l'occasion l'inspiration venue des antipodes. La quête de trésors culturels est une recherche palpitante surtout parce que ces trésors sont relativement rares. Quiconque en veut davantage peut évidemment, en se tournant vers Ayers Rock et le Parc national de Kakadu, admirer un millier de merveilles offertes par la nature.

Photos : Une ©collectingmelbourne, Twerps  © page Facebook des Twerps; Vidéo (cc)modularpeople/YouTube; Hipster à Melbourne  ©collectingmelbourne