Après le pénis illuminé, le collectif Voina boycotte la biennale de Moscou

Article publié le 19 octobre 2011
Article publié le 19 octobre 2011
Ce n’est pas le pays où vous vous attendez à célébrer l’art activiste. Détrompez-vous. Jusqu’au 20 octobre, Moscou organise sa quatrième biennale d’art contemporain. Cependant ce n’est pas exactement un pas vers la liberté d’expression, puisque le célèbre groupe russe contestataire, Voina, proteste paradoxalement contre le festival international d’art activiste de la biennale.
Justement l'un des ses membres les plus influents, Natalia Sokol et son fils de deux ans, Kasper, viennent de sortir de 48 heures de garde à vue. 

Il était une fois en 2005 où la Russie a pratiquement amené l’art contemporain sur la Place Rouge. Dans une tournure ironique réunissant l’art contemporain avec l’ancien régime soviétique qui l’avait réprimé une fois, la première biennale d’art contemporain à Moscou fut tenu près du Kremlin dans l’ancien musée Lénine. Fondé en 2003, il a été organisé en 2005, 2007 et 2009 jusqu’à présent. Huit ans plus tard la biennale de Moscou a grandi. La quatrième édition s’est ouverte le 23 septembre et exposera les stars internationales de la scène de l’art contemporain jusqu’au 30 octobre. Cependant, l’évènement continue de combiner un profil officiel ( par exemple, le partenaire médiatique est la chaîne de télévision Russia 24 contrôlée par l’État) avec une célébration de la critique, remettant en question l’art contemporain. Ce dernier est quelque chose que les autorités russes ne sont pas habituellement toujours si heureux de soutenir.

Ai WeiWei: VIP en Russie

Ce mélange peut engendrer quelques situations étranges. Les paradoxes du style Alice au Pays des Merveilles de la biennale 2011 pouvaient presque être les créations d’une farce mal écrite. Après tout, qui se serait attendu à ce qu’Ai Weiwei, une virulente figure critique de la corruption dans la Chine voisine, soit un invité de marque dans la ville où Mikhail Khodorkovsky (le magnat du pétrole et critique de Poutine) demeure en prison ?

Sur le pont-levis de Saint Pétersbourg.

Depuis la naissance du groupe en 2007, Voina (signifie « guerre » en russe) capte l’attention du gouvernement national et de la presse internationale avec le coup de pub tombé à point nommé tel que l’affaire du pont de Saint Pétersbourg, quand ils ont orné le pont-levis avec un pénis illuminé. Les travaux de Voina sont aussi inattendus que ceux d’Ai Weiwei à l’évènement sponsorisé par le ministère russe de la culture : les membres-clés du groupe, Oleg Vorotnikov et Leonid Nikolaev, ont été arrêtés par les autorités russes en novembre 2010. Ils demeurent sous surveillance policière. Néanmoins, le groupe est présent dans une exposition spéciale qui a eu lieu dans le cadre de la biennale intitulée « L’impact médiatique : le festival international de l’art activiste ».

Les artistes contestataires protestent contre le festival d’art contestataire

Curieux, vous devez penser (mais comme le dirait Alice, ça devient de plus en plus curieux). Voina a ajouté une autre tournure à l’intrigue en annonçant un boycott de la biennale. Ils prétendent avoir été inclus dans le festival d’art contre leur volonté, déclarant que certains des travaux exposés sous leur nom sont faux, tandis que les autres leur ont été volés par - attention - la police russe quand ils ont été arrêtés l’automne dernier. Un communiqué sur le site web du groupe accuse les organisateurs de la biennale de vouloir « discréditer l’opposition et l’art contestataire » et de chercher à « maintenir une façade de la vie artistique en Russie avant la communauté internationale ».

Voina prétend avoir été inclus dans le festival d’art contre leur volonté

La déclaration n’est pas trop différente des commentaires des autres critiques russes. Le duo américain The Yes Men a rejoint Voina dans le boycott, permettant à l’action du collectif russe de retentir outre-Atlantique. Pendant ce temps, le prétendument faux objet en exposition à la biennale est une vidé d’activistes (féminines) embrassant des policières russes dans le métro de Moscou. La vidéo fut lancée en février 2011 par les anciens activistes de Voina après leur expulsion du groupe. Les étreintes sont soudaines, parfois tendres, parfois brutales. Les réactions des officiers de police varient de la perplexité à la colère, un symbole des relations tendues entre l’art activiste et les autorités russes.

Photos: Une (cc) Alles Photos/ Flickr ;  Texte, pont © Trenirofki/ Yandex