Après Copenhague, comment l’Union européenne peut-elle agir en faveur de l’environnement ?

Article publié le 6 février 2010
Article publié le 6 février 2010
Par Bénédicte Guibard Retour sur le débat organisé par Café Babel et les Jeunes européens le 19 janvier au Club de la presse en présence des eurodéputées française Sandrine Bélier (Europe Ecologie - Verts/ALE) et Corinne Lepage (Modem – ALDE). Copenhague a été pour l’Union européenne un échec.
D’abord parce qu’elle n’a pas pris part aux discussions ayant conduit au texte final ; et ensuite parce qu’elle n’a pas su imposer la mise en place d’objectifs chiffrés et d’un système de contrôle de leur respect par les Etats. Sandrine Bélier et Corinne Lepage ont regretté l’invisibilité de l’Europe lors de cette conférence et les stratégies très personnelles des chefs de l’Etat qui ont eu pour conséquence d’exclure l’UE des négociations finales. Des regrets exprimés également par d’autres députés européens lors de la communication du Conseil et de la communication sur la Conférence de Copenhague. Au cours de ces rencontres, des eurodéputés ont proposé des pistes pour permettre à l’Union européenne de mettre en place des politiques réellement efficaces contre le réchauffement climatique et de devenir un acteur international important.

Quel objectif fixer pour les réductions d’émissions de CO2 ?

La question se pose à l’Europe puisque, pour respecter l’accord de Copenhague, ces objectifs devaient être définis avant le 31 janvier 2010. Pour de nombreux députés, l’Union européenne doit se montrer exemplaire si elle veut être audible dans les négociations internationales. Comme Corinne Lepage l’a souligné lors de la conférence du 19 janvier au Club de la Presse de Strasbourg, si les objectifs fixés par l’Union européenne pour 2010 ont été atteints, c’est principalement du fait de la crise économique. Aussi, elle exprime la volonté du groupe ALDE de « non seulement maintenir les objectifs mais les augmenter et aller jusqu’à 30% de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Pour Yannick Jadot (Verts-ALE, France), « 20 %, c'est tout simplement faire moins d'efforts dans les dix prochaines années qu'on en a fait dans les dix dernières, c'est réduire l'effort climatique européen ». Dan Jorgensen (Socialistes et Démocrates, Danemark)(1) souhaite même que l’UE se fixe un objectif de 40% de réduction. Pour certains, cela risque de compromettre la compétitivité européenne comme le souligne Martin Callanan, eurodéputé britannique qui s’exprimait pour son groupe, le ECR : «en l’absence d’accord mondial, (…) il serait fou de décider de nouvelles réductions (...) qui rendraient l’industrie lourde et les gros consommateurs d’énergie particulièrement non-compétitifs dans l’environnement mondial ».

Une taxe aux frontières ?

Telle est la solution proposée par Corinne Lepage (ALDE, France) Rachida Dati (PPE, France) ou Andrzej Grzyb (PPE, Pologne). Selon Madame Lepage, il s’agit d’innover en imposant « un prix plancher, innovant sur les modalités de financement. Sans que cela engage mon groupe, à titre personnel, je pense que la question d'une taxe carbone aux frontières devra être posée ». Sandrine Bélier a effet précisé que l’OMC ne considérerait pas ce type de mesures comme une atteinte à la concurrence. De plus, une telle mesure éviterait une exportation du problème. Néanmoins, cette proposition consiste à utiliser le poids du marché européen pour imposer à nos partenaires de respecter nos normes pour importer en Europe. Cela risque d’être considéré par certains pays, voire par des organes internationaux (l’avis de monsieur Lamy n’engageant pas forcément son organisation) comme une forme de protectionnisme ou une entorse à la concurrence et de générer des conflits internationaux.

Développer les « technologies vertes » ?

Lors de la conférence, Madame Bélier a souhaité voir le Parlement européen se saisir des nouveaux instruments que lui confère le traité de Lisbonne pour avoir une politique vertueuse, à l’exemple de la réglementation en préparation sur les émissions des véhicules utilitaires légers. Pour éviter une perte de compétitivité européenne, Madame Lepage voudrait que nous accélérions « notre mutation industrielle vers une économie verte, axée sur l'efficacité énergétique, les processus propres et sobres, les énergies renouvelables, les nouvelles synthèses entre technologies de l'information et technologies de l'environnement, car la bataille qui s'est engagée à Copenhague est celle également de l'industrie et des leaderships sur les industries du XXIème siècle ». Les eurodéputés Fiona Hall (ALDE, Royaume-Uni), Nessa Childers (S et D, Irlande) et d’autres encore, se refusent eux aussi à être distancés par la Chine et les Etats-Unis, leaders sur ces marchés. Mais, s’il s’agit d’une nouvelle fiscalité, elle sera vraisemblablement difficile à mettre en place.

Quelles actions internationales écologiquement responsable ?

L’exemplarité étant utile mais n’étant pas suffisante pour peser dans les négociations, Krzystof Lisek et Catherine Souillié (PPE, Pologne et France) proposent des alliances avec des pays vertueux ou ambitieux tels que le Japon ou le Costa Rica. Ce dernier s’est fixé pour objectif d’avoir un bilan carbone nul dans les années à venir. Corinne Lepage considère qu’il faut avoir un comportement juste vis-à-vis des pays en développement notamment « vis-à-vis de l'Afrique en créant un fond destiné à les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sans réutiliser des fonds de l'aide publique en les baptisant sous le nom de fonds carbone », ce qui nécessite que les premiers financements soient versés avant la Conférence de Mexico (2) comme l’exige Jo Leinen (S et D, Allemagne). Certains souhaitent aussi inciter les autres pays à participer à cet effort : ils auraient l’obligation d’accueillir des réfugiés et à prendre en charge les coûts liés aux déplacements de population en proportion de leurs contributions passées et présentes au réchauffement climatique. On peut se demander si une telle proposition, qui nécessite un accord international, peut vraisemblablement se concrétiser. Réaliser ces projets suppose de trouver les financements nécessaires et donc une prise de position commune entre européens quant au financement des réductions d’énergie dans les pays les plus pauvres de l’Union européenne. Pour cela, il faudrait augmenter les financements existants pour des projets respectueux de l’environnement, par exemple accroître le pourcentage des fonds de la politique régionale attribuée aux problématiques liées au développement durable.

Retrouvez les textes des débats en ligne ici.

(1) Suite aux dernières élections européennes, le Parti Socialiste Européen (PSE) est devenu le Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S et D)

(2) La Conférence de Mexico, qui fait suite à la Conférence de Copenhague, aura lieu à la fin de l’année 2010 et a pour objectifs, comme celle-ci, de fixer un cadre clair pour l’après Kyoto et d’aboutir à un accord juridiquement contraignant.