ApoDec Thessalonique – le design dans un esprit d’échange

Article publié le 30 août 2014
Article publié le 30 août 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les temps difficiles requièrent des mesures drastiques. La question « que puis-je faire » est devenue le mot d’ordre de toute une génération. Marianna et Tenia de Thessalonique n’essaient même pas de trouver ne serait-ce qu'un début de réponse, mais tournent la question en un concept de business: celui d’apporter quelque chose de nouveau à l’échelle de toute la communauté.

Il est difficile de distinguer précisément ce que l’on voit en entrant pour la première fois dans la pièce réservée à ApoDec sur la rue Stratigou-Sfetsou-Thoma à Thessalonique. Une galerie d’art ? Un bureau de projets ? Une salle de séminaire ? Un espace de travail partagé ? Mais c’est tout l’attrait de l’entreprise : d’apporter quelque chose de complètement nouveau dans cette deuxième grande ville de Grèce. En effet,  ApoDec combine différents concepts et offre refuge à  tous ceux qui cherchent la possibilité de développer leurs propres projets.

La diversité comme caractéristique

Marianna et Tenia sont des designers industriels. Après avoir étudié à Thessalonique et Barcelone elles se sont demandées – comme tant de jeunes européens lors de la crise- « qu’est-ce que l’on pourrait bien faire ? ». Inspirée par des projets dans d’autres villes réparties sur le continent, l’idée de créer un espace dans lequel cette question est la base conceptuelle a germé peu à peu dans leurs esprits. « ApoDec est un espace multifonctionnel. Nous accueillons des séminaires, des expositions et des présentations de livres. Nous travaillons également avec une équipe qui organise des débats ouverts au public » explique Marianna. Tenia décrit que le projet est « un endroit regroupant des gens faisant des choses très différentes dans leur vie. De cette façon, nous essayons de combiner les arts et la culture avec notre expérience en tant que designers ». 

Cela fait plus d’un an et demi que la salle, qui s’étend sur deux étages, offre un environnement pour des pionniers créatifs. En plus d’un séminaire de 7 jours sur l’architecture paramétrique, de diverses présentations de livres et business ainsi que des expositions, elles ont aussi accueilli les deux premiers évènements de l’initiative à financement participatif de Feast Thessalonique (que l’on a couvert), une représentation non-narrative et le shooting d’une vidéo Punk-Rock pour laquelle Marianna et Tenia ont créé le design. « Nous offrons de l’espace à tous les projets qui reflètent notre idée de façon adéquate. Tenia explique que « la partie la plus intéressante de son travail est de rapprocher les gens les uns des autres ».

La coopération mise en avant

L’esprit du travail d’équipe n’a pas toujours été aussi notable qu’aujourd’hui pendant la crise. Les anciennes hiérarchies et l’organisation stricte des business familiaux ne laissaient que peu de liberté pour un développement innovateur. Et la plupart des problèmes les plus urgents du pays reposent encore là-dessus. En effet, l’opacité et l’inflexibilité de l’administration ainsi que le fait que les banques grecques n’accordent pas de prêts pour ce nouveau type de projets créent de gros obstacles pour les jeunes entrepreneurs. « Les lois changent constamment et nous avons vraiment besoin d’un comptable pour nous assister pendant les procédures » explique Marianna sur son expérience comme fondatrice d’ApoDec. « Mais d’un autre côté, il est aussi important de voir toutes les opportunités que cette ville a à offrir et de trouver des solutions aux nombreux problèmes. »

« Nous sommes dans une situation où de nombreuses choses peuvent être créées. Quand je suis revenue de Barcelone à Thessalonique, j’ai trouvé une ville nouvelle » se souvient Tenia qui souligne les nombreux développements qui ont eu lieu pendant les années de crise. Et les jeunes, plus particulièrement, sont à la recherche de nouvelles possibilités. « Contrairement au passé, les gens aujourd’hui ne sont pas aussi réticent lorsqu’il s’agit de demander de l’aide. Il y en a beaucoup qui viennent et posent des questions comme ‘pouvez-vous m’aider ?’, ‘pouvons-nous faire ceci ensemble ?’ ou encore ‘est-ce vraiment faisable ?’ explique Marianna. Mais ce n’est pas seulement la crise qui déclenche ce nouvel esprit de collaboration. Les expériences de vie à l’étranger et les échanges culturels qui en découlent sont toutes aussi importantes.

Continuer à se réinventer

Dans beaucoup de milieux il n’est pas facile de se concentrer uniquement sur une chose et acquérir une indépendance financière. Les entreprises créatives requièrent plus particulièrement un grand savoir-faire, des connaissances dans d’autres domaines et des spécialisations qui renforcent les compétences-clé et aident ainsi à affranchir les barrières entre les domaines comme entre l’art et le design.  Mais c’est principalement ce besoin de penser de façon différente qui nourrit l’attrait de ces jobs. « Quand les gens me demandent ce que je fais exactement, je ne sais pas quoi leur répondre »  déclare Tenia sur sa situation. « Je ne suis pas seulement une designer ou femme d’affaire ou une artiste et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. De nos jours, nous avons constamment besoin de changer de domaine d’activité et cependant nous gardons toutes nos expériences professionnelles et nous nous en servons à chaque fois. » 

ApoDec s’adapte précisément à cette nouvelle forme de multi-professionnalisme. L’espace de projets offre une terre fertile pour tous ceux qui sont intéressés à évoluer via cet échange et, ainsi, aller à la rencontre de nouveaux standards. Lorsqu’ il est plus que jamais temps de faire rupture avec les anciennes structures, cette stratégie apparaît comme l’approche nécessaire. Les définitions trop rigides sont remises en question, les idées évoluent dans un environnement ouvert et, de ce fait, une nouvelle façon de penser s’épanouit. Néanmoins, la communication face à face n’est pas la seule réalisation d’ApoDec car sa façon de procéder montre qu’une confrontation productive face à la crise est déjà en train de se produire car tout part de la communication. « Nous sommes là », dit Marianna, « avec un café et nous envisageons ce que nous pourrions accomplir ensemble. »

Contactez-les via Facebook: https://www.facebook.com/apodecdesign