Antonello Faretta: “Grâce au cinéma je marche à nouveau”

Article publié le 26 octobre 2007
Publié par la communauté
Article publié le 26 octobre 2007
Après un été volatile, l'automne campe à l'aise dans les rues de la capitale catalane. Il fait frais sur la place du MACBA.
Dans son auditoire, sous terre, quelques 40 personnes attendant qu'un nous transporte sur la poésie de , poète contemporain newyorquais qui a choisi les derniers jours de septembre pour présenter à Barcelone , un film qui illustre en images, voix et miroirs les gestes de ce rapsode.

Antonello Faretta, le réalisateur de Nine poems in Basilicata, un film autour des poèmes de l'écrivain newyorquais John Giorno, se confesse à nous et nous parle ciné, vers et vie en plein automne sur la place du MACBA à Barcelone.playJhon GiornoNine poems in Basilicata

La polivalence de Giorno (acteur, performer, activiste infatigable, etc) pourrait nous faire croire qu'il s'agirait encore d'une de ses initiatives, lui qui a transformé la poésie presque en un art de masses. Mais non. est l'oeuvre d'un jeune réalisateur italien très enthousiaste, , qui assure que tout est né spontanément: “Je connaissais déjà la figure de Giorno, mais le hasard voulut qu'on se connaisse personnellement dans la région de la Basilicata, pendant qu'il faisait des recherches sur ses origines familiales italiennes”.

Faretta et Giorno pendant le débat au MACBA (Photo, Silvia Bel)Nine poems in BasilicataAntonello Faretta

Ainsi commencèrent-ils leur collaboration. ¿Le résultat principal? 50 minutes et neuf poèmes (quelques uns inédits) qui nous promènent dans des rues désertes et nous font rentrer dans une chambre vide illuminée que par une lampe de lumière faible et jaunâtre. Neuf poèmes qui nous répandent, nous font rêver et tirailler sous l'écorce d'un arbre. On finit trempés avec Giorno, réfugié sous un gran rocher, on sent la mort de William Burrouhgs mitraillé dans un bled perdu au fin fond d'une campagne, on prie dans une petite église pour les amis qui restent et ceux qui sont partis; on monte la pente vers un château éblouissant, et fatigués comme le propre Giorno, on se retrouve entourés d'une lumière qui nous rappelle qu'“aucune action reste impunie” et que même si on insiste a donner des “coups de marteau contre le goudron le poing trempé d'eau” nous finirons tous habillés en terre avec un géranium pour tout chapeau.

Deux femmes en Basilicata

Neuf poèmes et neuf emplacements qu'ils trouvèrent par pur hasard, racconte Faretta. “La Basilicata est une région tre`s réceptive à la poésie. Chaque matin on se réveillait, on prenait quelque chose à manger, on prenait la voiture et on s'arrêtait là où notre intuition nous l'ordonnait. C'étaient plutôt les emplacements qui nous trouvaient à nous.” Il n'y a que deux personnages extras dans ce film: l'un pendant le premier poème et l'autre dans le dernier. ¿Le hasard égalment? -trop de hasard qu'en plus les deux personnages soient féminins-. Pendant le premier poème, la protagoniste se maintient presque immobile dans un deuxième plan: c'est une vieille dame assise sur le seuil de sa maison, qui semble écouter Giorno réciter en premier plan au milieu d'une ruelle. “Je l'avais connue quelques jours avant le tournage. Le lendemain, quand je vins avec Giorno, je l'appelai et lui dit que je lui avait ramené un poète et que, si elle voulait, elle pourrait sortir dans la rue pour l'écouter. Elle était sidérée. Elle souffrait d'artéroschlérose et marmonnait obsessivement tout ce que disait le poète. En cela elle ressemblait à Giorno”, commente Faretta. De la femme du dernier poème il nous révèle qu'elle était une ancienne détenue partie vivre au couvent où ils tournèrent une partie du film. On intue bien de grands secrets derrière sa figure.

Retards et confessions de l'artiste

Faretta a mis trois ans pour tourner le film. “C'est génial de se laisser surprendre par la réalité des choses. Voilà porquoi j'ai décidé de travailler sans scénario. Les distances, les aller-retours en Amérique et en Italie et la difficulté du tournage on fait le reste. J'ai essayé de m'imposer des délais franciscains: ma seule tâche était de paraître absent et de confier dans la générosité de Giorno”, explique Faretta pendant le débat improvisé qui s'ensuit après la projection du film. C'est la confession de quelqu'un de modeste qui entend que le chemin d'un artiste “est dans l'anonymat mieux que dans la popularité”. Pendant que le reste de l'équipe court à la recherche de quelques dans un bar du coin, Faretta me concède quelques minutes et, quand la conversation semblait s'affaisser, commencèrent à pleuvoir les véritables confessions.

cañas

“À 18 ans j'étudiais pour devenir ingénieur, mais c'était la photo ce qui me rendait fou. Donc, je partis vivre à Paris. À 19 ans j'eus un accident qui me cloua au lit pendant très longtemps, et je me vis forcé à regarder le monde à travers un seul cadrage”. Pour la pluspart ça aurait pu être le pire des malheurs, mais pour Faretta ce fut une chance: il commença à dévorer du cinéma, à prendre des notes à concrétiser ses idées. Et pendant ces semaines à l'hôpital il eut la chance de rencontrer trois personnes qui changeraient sa vie. “Grâce au cinéma j'ai marché à nouveau”, nous dit-il encore ému. Ensuite, il connut le cinéaste , qu'il définit comme “un homme qui parle peu, mais qui est génial quand il ose ouvrir la bouche”. Finalement, il rencontra Babak Payami, le cinéaste iranien (prix au meilleur réalisateur au Festival de Venise en 2001).

Abbas Kiarostami

Faretta nes pas radin avec la parole. Au contraire. Il est généruex en mots et en secrèts partagés. Il est plus philosophe que cinéaste. “Je ne recherche que la paix dans moi-même”. Ensuite, quelques vers du poète italien , dont Faretta est un fervent admirateur. Le poème s'intitule et pourrait, pourquoi pas, faire indirectement référence à notre interviewvé:

PasoliniÀ un jeune

Toi, fraîchement pudique et naïvement impitoyable tu découvres pour toi et pour nous ta présence. Avec le sourire embarrassé de quelqu'un qui endure timidité et jeunesse avec joie, tu viens parmi les amis adultes et avec humble orgueuil, ardemment muet, tu t'assieds attentif à nos ironies, à nos passions. (…) Tu restes parmi nous quelques minutes, discret, et quoi que timide tu parles en laisant voir la finesse de la sagesse joviale, paternelle et précoce.

Pier Paolo Pasolini