« Anstandswauwau » : le teneur de chandelle sous les buissons de groseille

Article publié le 21 mars 2013
Article publié le 21 mars 2013
« Ce que la loi n'interdit pas, la morale l'interdit », un débat à propos des coutumes et de la décence au 21ème siècle, apparaît aussi vieux jeu que cette citation d'Ovide.
Mais en Allemand certains mots portent encore les traces de cette pensée désuète : « derAnstandswauwau », qui fait référence à la troisième personne présente comme gardienne des bonnes mœurs lors des rendez-vous amoureux, en est l’illustration.

Et comment se porte la bienséance? Aujourd'hui la morale à des limites très arbitraires. Ce qui était considéré du temps des lumières comme de l'orgueil, de la surestimation de soi, de l'égocentrisme et de la bestialité, est aujourd'hui totalement accepté et fait partie des caractéristiques (parfois même souhaitées) des individus de notre société de consommation moderne.

Et malgré tout, dans la langue allemande le concept du « petit gardien de mœurs poilu » à survécu : on l'appelle  « Anstandwauwau ». Il tient le rôle de ce que l'on nommait en France « le chaperon » ( « Anstandsdame » ). Généralement une femme d’un certain âge, le chaperon avait pour mission d’accompagner les demoiselles, de garder un œil sur la conduite des jeunes couples et de jouer le rôle de surveillante. Cette convenance se perpétua jusqu’à la fin de 20ème siècle et eut le don d’en agacer plus d’une.

Elle ne fait pas seulement partie du paysage allemand : en Pologne la « pryzwoitka », du polonais « przywoity » qui signifie « honnête », a aussi terrorisée de jeunes couples lors de leurs rendez-vous prénuptiaux.Aucune chance de pratiquer le Frenchkiss aussi longtemps que la Dame surveillait l’intégrité de sa protégée. Avec le temps, le chaperon sera nommé ironiquement « chienne de garde » (Anstandwauwau).                « Wauwau » signifie dans le langage des enfants « un chien »,_donc un fouineur muet qui surveille le terrain.

Dans la langue anglaise on continue de surveiller ce qui se passe derrière les buissons. Dans un proverbe, l'encombrant surveillant joue « les groseilles aux maquereaux » (« play the gooseberry ») Nom qui a été attribué soit à cause de la couleur (rougir de honte comme une groseille ), soit à cause de la nature de la baie (épineuse).

EXCUSE ME ? M'a demandé mon collègue espagnol, légèrement irrité quand je lui ai demandé l'équivalent de cette expression dans sa langue. Mais nous trouvons aussi l'équivalent de « Anstandsdame » dans les langues latines. On appelle cela « tenir la chandelle » en français - en espagnol on dit « sujetavelas » et « fare la candela » en italien -. L’histoire raconte que la tradition remonte au 19ème siècle lorsqu’un employé, lors d’ une nuit de noce, était chargé de tenir une chandelle, le visage face au mur et de sorte à ce que les jeunes mariés puissent voir clairement ce qu'ils faisaient au lit.

Une autre théorie assure que l'on voulait permettre au mari par la même de vérifier à la suite du coït si l'élue était en effet encore vierge. Mais alors, pour quelle raison le « reggimoccolo » italien (teneur de mouchoirs) était présent ? D'un point de vue actuel, c'est un « cockblocker » (un empêcheur de coït). Oui, c'est ainsi que se nomme le nouveau « Anstandswauwau » en Amérique.

Photo Une © Henning Studte /studte-cartoon.de ; Texte (cc) Jesse Draper/flickr