Anouk Aïata : « à l'école de la vie »

Article publié le 3 décembre 2012
Article publié le 3 décembre 2012
Après des années à errer dans l'obscurité des petites salles parisiennes, Anouk Aïata voit enfin la lumière. Il y un an la chance l'a frôlée, la chanteuse l'a attrapé. Résultat : un EP aux mélodies colorées, sorti en octobre dernier et qui annonce un album prévu pour 2013, presque terminé. Juste un début pour cette artiste déjantée.

Anouk Aïata a un truc. Un talent de dompteuse pour faire cohabiter flamenco, hip hop, gospel, jazz, rythmes folk ou gipsy en parfaite harmonie. « Me trouver une case c'est le problème de la Fnac, pas le mien », tranche l'artiste dans un éclat de rire. Anouk Aïata a aussi une voix, un timbre grave, profond, « mon arme », sourit la jeune femme en rassemblant ses longs cheveux noirs. Et puis Anouk Aïata a un nom de scène, « la femme mangeuse des nuages du ciel » en langue maorie. Un nom à l'image de ses paroles : candides, mélancoliques et vagabondes. Mais la chanteuse a surtout une détermination en béton, et un sacré grain de folie.

La dernière chance

La toque de trappeur dans le clip de Pourquoi regardes tu la lune ?, elle assume. Sans transition et sans rougir, la chanteuse confesse qu'elle vient de se mettre à l'hypnose « pour arrêter de manger, il paraît que ça peut marcher », s'esclaffe-t-elle. La jeune femme a suivi sa première séance le matin même, mais à l'heure du déjeuner la copieuse salade méditerranéenne n'a rien remarqué. « Il doit y avoir un délai pour que ça fasse effet », articule-t-elle, sourire en coin, entre deux bouchées. Hippy, ésotérique, branchée, la chanteuse est tout sauf guindée. Elle rayonne. Normal, cette année, elle a signé chez Barclay. Pourtant, il s'en est fallu de peu pour que ses mélodies métissées ne nous parviennent jamais.

« Il y a trois ans, j'envisageais sérieusement de me reconvertir dans la décoration d'intérieur »

« Il y a trois ans, j'envisageais sérieusement de me reconvertir dans la décoration d'intérieur », confie-t-elle. A cette époque, la chanteuse a déjà sept années de galère derrière elle. Elle, préfère dire sept ans « à l'école de la vie ». Sept ans à écumer les petites salles parisiennes et à se faire payer en bière. « Avec cette vie là, mon seul horizon c'était l'alcoolisme », lance-t-elle, légère. Pourtant, la trentaine approchant, l'artiste désespère de voir ses mélodies tomber un jour dans la bonne oreille. « On faisait de jolies choses », sourit-elle avant de préciser « mais à Paris et dans ce milieu, on est tellement nombreux à faire de jolies choses ...». En attendant les trompettes de la renommé, Anouk vivote de petits boulots en rêvant d'un métier. « Je chante depuis que j'ai ouvert la bouche, je ne voulais pas lâcher. »

Alors, cette acharnée se donne encore une chance. Sa dernière. Elle met un coup d'arrêt à tous ses projets. Abandonne toutes ces pistes auxquelles elle faisait semblant de croire et se lance tête baissée dans une nouvelle aventure. A deux cette fois. Avec le violoncelliste Amos Mâh. Si ça marche, son premier album s'appellera Anouk Aïata and the last chance. Si ça ne marche pas Anouk ne chantera plus jamais.

Enfant de la lune

Une lune en argent autour du cou, une autre tatouée sur le poignet, Anouk peut remercier le ciel, ou sa volonté de fer, les choses ont bien tourné. Finalement, pour le titre de leur premier EP, sorti en octobre dernier, Anouk et Amos décident d'abandonner « and the last chance ». Trop déprimant. « C'était comme dire aux gens achetez ce disque ou je me pends. » Et avec la sortie d'un album prévue début 2013, le duo n'a plus de raison de douter. De toute façon, il n'a plus le temps.

Le décollage des deux artistes s'est joué à rien. A leur rencontre dans un atelier de chant en langue imaginaire. Un grain de folie, on vous l'avait dit. Et puis, il y a eu ce moment-clé, ce concert au China en juin 2011. « Il y avait quatre maisons de disques présentes ce soir là, j'étais tellement fébrile qu'au premier titre, j'ai chanté complètement faux. » Car derrière son côté volubile, Anouk est à fleur de peau et quand les émotions s'en mêlent, la voix s'en va.

Alt-J ? Jay-Z ? Ou juste un triangle ?

Aujourd'hui plus question d'improviser. Anouk prend des cours de chant, passe de longues heures en studio. A grand renfort de nicotine, elle travaille comme une forcenée. D'ailleurs, elle essaie d'arrêter. Elle pense à la tournée. La jeune femme, a déjà fait la première partie de Zebda et ne compte pas s'arrêter là.

Derrière la légèreté du personnage et de ses textes, Anouk Aïata veut encore creuser. Elle cherche le relief, l'intensité. « Je ne peux rien écrire si je vis en vase clos, si je ne sors pas, ne vois rien, n'écoute rien », explique t-elle. Elle admire les grandes dames « Barbara parce que c'est beau, Dalida parce que c'est frais », et cultive son appétit pour les voyages musicaux. Élevée dans le Val de Marne, exilée à Paris, amoureuse de Belleville, quand Anouk chante « I forgot to love » , elle pense au Mississippi, quand elle entame « Errer », elle se retrouve à Marseille. Car cette illuminée a la voix pour bagages, la musique pour jet privé.

Anouk Aïata sera en concert à La Loge à Paris le 4 décembre prochain puis jouera à La Trinquette dans le cadre des Bars en Trans à Rennes.

Article publié le : 03/12/12

Photos : Une © courtoisie de la page Facebook officielle d'Anouk Aïata ; Vidéos : AnoukAiataOfficiel/YouTube