Angela Merkel, une politicienne hors normes

Article publié le 12 septembre 2005
Article publié le 12 septembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La chef de file de l'opposition à Gerhard Schröder, 51 ans, meneuse de l'Union Démocratique Chrétienne (CDU) semble bien partie pour devenir la première chancelièrE outre-Rhin. Un grand succès pour l'ambitieuse scientifique est-allemande.

L'histoire de la montée en puissance de la candidate conservatrice n'a rien d'une histoire conventionnelle. Durant les hostilités larvées de la guerre froide, elle entame à 19 ans des études à l'Université de physique de Leipzig. Après sa licence, elle choisit de rester dans le monde universitaire en devenant chercheuse pour l'Institut Centrale pour la Chimie Physique. La prétendante de la coalition CDU-CSU (Union Démocratique Chrétienne-Union Sociale Chrétienne) à la chancellerie n'est entrée dans la sphère politique qu'en 1989, lors de son adhésion au « Réveil Démocratique », un parti nouvellement créé en Allemagne de l'Est. Objectif affiché, instaurer des réformes démocratiques. Ce n'est que deux mois après la réunification du pays en 1990 qu'elle rejoint la CDU. En quelques mois, Merkel est nommée ministre des Femmes et de la Jeunesse dans le gouvernement Kohl. Elle occupera successivement les postes de ministre de l'environnement - de 1994 à 1998 -, secrétaire générale de la CDU - de 1998 à 2000 - et leader de la CDU (depuis 2000). Elle est aujourd’hui en bonne position pour devenir la première femme à diriger l'Allemagne depuis l'Impératrice Théophanie au X ème siècle.

Chrétienté et communisme

Fille d'un pasteur luthérien, la religion a été inculquée à Merkel dès son plus jeune âge et sa foi chrétienne joue un rôle prépondérant dans les décisions qu'elle prend sur le plan politique. Être athée aurait rendu la tâche de mener à bien son ultime responsabilité politique « plus difficile », aurait-elle confié au journaliste allemand Hugo Müller-Voggs. Néanmoins, Merkel se comporte de manière plutôt libérale quand il s’agit de résoudre des questions concernant la bioéthique ou les mariages homosexuels. Au delà de l’enseignement protestant de Luther, Merkel est familière des croyances de Karl Marx, un autre provincial célébre. Petite fille dans la RDA communiste, elle possédait une bicyclette volée par l’armée russe. Les expériences de Merkel sous le régime totalitaire eurent ainsi un grand impact sur sa vie. Le journaliste Rogey Boyes ne manque jamais de rapporter : « Merkel est un pur produit du communisme…Ses instincts, son manque de confiance en l’homme, son sens de la conspiration, jusqu’à sa carrière qui semble suivre un plan quiquennal personnel

Malgré cette description, cette « Ossie » (Allemande de l’est) semble aussi loin que possible du communisme. La coalition de la CDU et de la CSU a toujours été opposée à mort au communisme, socialisme et autres idéologies « rouges ». Une position résumée par une vieille affiche électorale du parti proclamant « Le chemin qui mène au marxisme est celui de Moscou »

Politiques

Sans surprise, Merkel se définit donc à l’antithèse de tout ce que peut revendiquer l’actuel gouvernement social - démocrate. Même si elle et les siens ont largement appuyé les réformes « antisociales » pour lesquelles le chancelier Schröder a essuyé tant de critiques de la part de son propre camp. Les priorités de la maîtresse femme du CDU ? Introduire une logique commerciale dans le système de santé, baisser les coûts du travail et simplifier le système d’impôts. En d’autres termes, Merkel espère que diminuer la présence étatique aidera à booster l’économie allemande défaillante.

L’élection de Merkel donnerait par ailleurs naissance à une nouvelle ère dans les rapports géopolitiques. Lors d’une réunion informelle, la tête de l’opposition outre-Rhin a confié à Jacques Chirac, que même si elle pensait que la France et l’Allemagne étaient unies par de forts liens, cela ne pouvait se faire « au frais des autres pays ». Une allusion à peine voilée aux relations avec la Pologne, les Etats-Unis et le Royaume Uni, les deux derniers ayant été soumis à de fortes pressions diplomatiques durant la deuxième guerre du Golfe.

La vision européenne de Merkel pourrait en outre s’assimiler à celle de Blair. Elle souhaite que l’Union européenne s’affirme comme un complément, et non un rival de Washington. Concernant les liens avec l’est, Angela Merkel a laissé entendre qu’en cas de victoire, elle n'hésiterait pas à confronter Vladimir Poutine à son comportement anti-démocratique. Elle serait non seulement le premier chancelier susceptible de dialoguer directement en russe avec Moscou, mais son criticisme contrasterait singulièrement avec les relations amicales qui unissaient jusqu’alors Poutine et Schröder.

Maggie Merkel?

En de nombreuses occasions, Merkel a été comparée à Margaret Thatcher, Premier Ministre de la Grande-Bretagne de 1799 à 1990. La presse allemande n’a pas tardé à l’affubler du surnom de « Dame de Fer », « Fille de Fer » ou même « Maggie ». Il est vrai que les points communs entre Merkel et Thatcher sont effectivement frappants. Toutes deux ont commencé leur carrière en tant que scientifiques, Thatcher étant diplômée en Chimie de l’université d’Oxford. Elles ont chacunes opté pour un conservatisme néo-libéral et ont également réussi à s’imposer dans un parti traditionnellement dominé par les hommes. Margaret Thatcher a réussi à redonner la main aux conservateurs alors qu’ils avaient perdu deux élections consécutives. Attendons de voir si Angela Merkel peut réitérer le même exploit...