Andrzej Duda : le président populiste polonais

Article publié le 26 mai 2015
Article publié le 26 mai 2015

La victoire écrasante du conservateur Andrzej Duda aux élections présidentielles polonaises est des plus étonnantes. Le président titulaire, Komorowski, a été trop sûr de lui et a parié sur les mauvais sujets, tandis que Duda a surtout marqué des points avec ses promesses sociales.

En Pologne, le soir du vote a eu sa propre symbolique à sens multiples. La parution des prévisions, à l'origine prévue pour 21 heures, a été reportée d'une demi-heure en raison d'un décès dans un bureau de vote de la partie ouest de la Pologne. À la télévision, les journalistes se sont moqués du fait que le pays entier attendait quelques habitants d'un village pour découvrir ce que les médias savaient depuis longtemps : que le conservateur Andrzej Duda a battu le président titulaire Bronislaw Komorowski avec environ 52% des voix.

C'est également un comportement arrogant qui aurait coûté son poste à celui qui était encore le président, Bronislaw Komorowski. L'homme de 62 ans est, avec seulement 38% des voix, bon dernier dans la Pologne rurale. Il n'a réussi ni durant son mandat, ni durant la campagne éléctorale à comprendre les inquiétudes des citoyens, qui suivent tant bien que mal les changements économiques et sociaux incessants.

Duda, également candidat de la jeunesse

Varsovie, la capitale, est en plein boom, mais cela fait longtemps qu'elle n'est plus représentative du pays. Duda, le jeune candidat de 42 ans du parti conservateur Droit et Justice (PiS), patronné par Jaroslaw Kaczynski, a marqué des points non seulement chez les ruraux, mais également chez les 18-29 ans. Les jeunes votants, qui avaient majoritairement voté au premier tour pour le chanteur de rock Pawel Kukiz, n'ont rien pu tirer des déclarations de Komorowski sur la « liberté » et la Pologne « rationnelle » qu'il est censé représenter, tandis que Duda représenterait une Pologne « radicale ».

La victoire d'Andrzej Duda est également un succès pour le chef de parti Jaroslaw Kaczynski. Ce dernier ne s'était pas montré de toute la campagne électorale, afin de ne pas irriter les votants les plus modérés. De plus, même lors de son discours, Duda n'a pas du tout mentionné le chef du parti, mais a seulement remercié les votants, son équipe et son adversaire Bronislaw Komorowski pour son fair-play.

Pourtant, les craintes que Duda ne devienne aussi radical que son chef de parti durant son mandat sont exagérées. Alors que Jaroslaw Kaczynski, lorsqu'il étaitpremier ministre, s'était dressé contre les homosexuels, les communistes et le conspirateurs étrangers, Duda devrait être plus modéré. Même chose en ce qui concerne la politique intérieure et extérieure. Exemple : Duda condamne plus fortement les nationalistes en Ukraine que son prédecesseur et revendique auprès de la Russie qu'elle rende enfin l'épave de l'avion qui s'était écrasé en 2010 à Smolensk. Avion dans lequel Lech Kaczynski, qui était président à l'époque, avait perdu la vie.

Eurosceptiques

On attend aussi un peu plus de distance symbolique vis-à-vis du gouvernement allemand. En ce qui concerne l'UE, Duda a annoncé que l'adhésion de la Pologne à l'euro sera remise à plus tard, « aussi longtemps que les Polonais gagneront moins que les habitants d'Europe de l'Ouest ». Plus que la politique extérieure, ce sont ses promesses sociales qui ont permi à Duda, juriste et parlementaire au sein de l'UE, venu du deuxième rang du PiS, de marquer des points. Ce n'est pas par hasard qu'il ait réussi à rallier les deux grands syndicats du pays à sa cause. Duda entend annuler la retraite à 67 ans, détestée, qui augmente d'environ 750 euros le montant non imposable et introduit des allocations familiales de 120 euros.

On peut se demander jusqu'à quel point il pourra respecter ses promesses. Le président polonais n'a pas autant de pouvoir que ses homologues américains ou français. Il peut néanmoins, dans le système semiprésidentiel polonais, décider de la politique extérieure, proposer des lois au Parlement – et même bloquer des propositions de loi du gouvernement.

Jusqu'aux élections parlementaires d'automne, Duda devra cependant composer avec la ministre-présidente Ewa Kopacz de la Plate-forme civique (PO) au pouvoir. Le PO, qui était jsuqu'alors aux responsabilités, doit espérer que la gauche divisée formera un possible partenaire de coalition. Et le PiS de Kaczynski pourrait draguer le parti de protestation pour récupérer le chanteur de rock Pawel Kukiz.

L'auteur de cet article, Jan Opielka, est correspondant n-ost pour le magazine d'Europe de l'Est ostpol.