Analyse de la position française en Égypte

Article publié le 6 février 2011
Article publié le 6 février 2011
Par Angélique Berhault Sommet européen, 4 février 2011, Bruxelles : Nicolas Sarkozy donne une conférence de presse où il expose la position de l'Union européenne et de la France face à la situation en Égypte : « les 27 États membres condamnent les atteintes au droit de la presse, apportent leur soutien au peuple et souhaitent que cette transition se déroule pacifiquement.
» Pendant ce temps là, au Caire...

...des centaines de milliers d’Égyptiens sont dans la rue pour le « vendredi du départ ». A la place Tahrir (Libération), une banderole géante affiche leurs revendications : départ du président Hosni Moubarak, dissolution du Parlement et mise en place d’un gouvernement de transition.

Retour à Bruxelles, un journaliste demande à Nicolas Sarkozy si c’est le "Vendredi du départ pour Moubarak ?" à quoi celui-ci répond: "Je ne suis pas égyptien, ce n'est pas à moi de dire ce que je pense de cette question. Nous laissons aux Égyptiens le soin de déterminer qui doit conduire le mouvement de contestation et comment. "

Lorsqu’on entend une telle réponse, nous pouvons nous demander pourquoi celui-ci a réagi si différemment avec Gbagbo en Côte d’Ivoire lorsqu’il l’a exhorté à “partir avant la fin de la semaine” en décembre dernier. Si la politique française était vraiment la non-ingérence au niveau international, comment Michèle Alliot-Marie aurait pu se permettre de suggérer, devant l’Assemblée Nationale en France, de former les policiers tunisiens et algériens à maintenir l’ordre ?

De même, lorsque Sarkozy explique que les Égyptiens auront le droit de déterminer qui doit conduire le mouvement de contestation et comment, on est loin d’être dupe. Il est clair que l’Occident (ou plutôt ses dirigeants) n’ont aucune envie de voir Moubarak quitter le pouvoir. Moubarak et son administration sont un pion stratégique au Moyen-Orient comme l’explique le journaliste Alexandre Buccianti pour RFI, “Les manifestants de la place Tahrir, qui reprochaient justement au président Moubarak d’être l’agent des Américains, ne veulent pas aujourd’hui du soutien de Washington, que certains perçoivent comme une tentative de récupération de leur révolution. Ils n’apprécient pas la préoccupation américaine pour leur sort qui permet aux partisans de Moubarak de les traiter de traîtres à la Nation.” Et effectivement, lorsque l’on sait que Moubarak a été mis en place par les Occidentaux et soutenu à coup de milliards de dollars par l’administration américaine, on se demande comment les journalistes de cette salle de presse à Bruxelles peuvent rester silencieux face à une telle hypocrisie.

S'il arrive que le mouvement de contestation s'affaiblisse en Égypte, on gardera néanmoins le souvenir de ce peuple qui a bravé la peur pour tenter de se libérer. La démocratie n'est-elle pas simplement ce qui se déroule sur la Place Tahrir en ce moment même?