ALTHEA : l’Union européenne gère la paix

Article publié le 11 octobre 2004
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Article publié le 11 octobre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’immobilité de l’UE face à la guerre en ex-Yougoslavie fut sérieusement décriée. Aujourd’hui, l’Europe a l’opportunité de réparer ses erreurs grâce à ALTHEA, l’opération militaire la plus grande jamais menée par l’UE.

Des milliers de victimes mortes sous nos yeux. C’était la guerre en ex-Yougoslavie. L’Europe a tourné le dos au conflit, poussée par les intérêts particuliers des Etats Membres « pacifiques » et le chaos mortel qu’était devenue la Fédération Yougoslave de Tito. Cette attitude a cessé le jour où les troupes de l’OTAN bombardèrent l’armée serbe qui encerclait Sarajevo.

Une histoire tourmentée

La Bosnie médiévale chrétienne vécut durant 4 siècles sous l’Empire Ottoman, avant de passer aux mains des Autrichiens en 1908. C’est également en Bosnie que commença la Première Guerre Mondiale ; c’est encore elle qui endura la persécution nazie, et entra finalement dans la Yougoslavie Communiste (Bosnie-Herzégovine, Serbie, Croatie, Monténégro, Macédoine et Slovénie) sous la poigne de fer de Tito. La traditionnelle cohabitation religieuse – entre musulmans, catholiques et orthodoxes – qui durant des siècles avait dessiné les traits de caractère de ses fidèles, endurait l’oppression d’un régime qui confinait la pratique religieuse et interdisait les nationalismes du dernier siècle.

Le nationalisme resurgit après la mort de Tito, avec le rêve de Milosevic de créer la « Grande Serbie ». La Slovénie fut la première à échapper, pratiquement indemne, à cette vue de l’esprit nationaliste serbe. Pour le nationalisme de Milosevic, l’indépendance de la Slovénie fut un moindre mal (c’était la seule république sans minorité serbe) dans son désir de contrôler, sous la baguette du « grand peuple serbe » - supposé défavorisé sous le régime de Tito – le reste des républiques yougoslaves.

L’UE prend la relève

L’indépendance est le rêve de la Bosnie-Herzégovine, qui assiste aux ravages commis par les délires du gouvernement serbe sur les minorités de la fédération (surtout au Kosovo, berceau de la culture serbe et habitée par 90% de yougoslaves d’ethnie albanaise). Le 5 avril 1992, juste après le plébiscite où 70% de la population de Bosnie-Herzégovine dira oui à l’indépendance, commence à Sarajevo une guerre qui mènera des milliers de personnes au désespoir et à d’interminables souffrances.

Lorsqu’il a fallu se mettre d’accord sur une action conjointe contre la barbarie en Bosnie-Herzégovine, même après que celle-ci ait été reconnue comme Etat indépendant par l’UE et les Etats-Unis, le manque de réaction et de volonté politique des institutions européennes a été criant. Ce manque est désormais remplacé par une volonté de prendre de bonnes résolutions. Le Conseil des Ministres de l’Union européenne s’est mis d’accord, sous la forme d’une Action Commune, pour qu’à partir du 31 Décembre 2004, sept mille soldats d’armées européennes remplacent les troupes de l’OTAN chargées jusque là d’assurer le respect de l’Accord Cadre Général de Paix. Ce sera la mission de Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) la plus vaste jamais menée à bien par l’Union sous son seul commandement, dans le cadre de l’opération ALTHEA.

Un grand projet

ALTHEA n’est pas seulement la mission militaire la plus grande jamais menée par l’UE, c’est aussi le point culminant d’une stratégie de remplacement dans laquelle l’Union tient les rênes pour faire respecter les accords de paix et suivre le chemin d’un Processus d’Association et de Stabilisation (elle avait déjà remplacé les forces de police de l’ONU). Pour cette zone, l’UE souhaite la stabilisation de la région à travers trois principes : la promesse d’adhésion à l’UE comme principal moteur de réformes politiques et économiques ; l’établissement de relations diplomatiques avec l’UE ; la flexibilité du processus qui permettra à chacun de suivre les étapes à son rythme.

Cette stratégie signifie également un pas important dans l’intégration politique de l’Union. La désunion au sujet de la guerre en Irak, lorsque aucun accord n’avait pu être atteint au sein des institutions européennes, semblent se refermer grâce à cette Action Commune.

Au-delà de sa portée politique, ALTHEA représente aussi une occasion de roder la gestion et la coordination d’une opération de grande envergure, aux nombreux participants et aux structures de prise de décisions souvent complexes, comme celles qui se chargent de mener les actions de maintien de la paix. On peut cependant regretter que le Parlement européen (PE), qui représente les citoyens de l’Union, n’ait pas été associé à la définition d’ALTHEA. Le PE s’est saisi, dans un projet de résolution qui doit encore être soumis au vote, de la question de son information. Tout porte donc à croire que la « plainte » sera formelle d’ici peu.

Dans un monde en conflit, il est de prime importance que le « nain politique » qu’est l’UE fasse, ce que le commissaire Loyola de Palacio appelle de « petits mais solides pas » vers une intégration majeure, où elle aurait une voix indiscutable sur la scène internationale.